Cate Blanchettréélue présidente. mais cette fois-ci elle le sera à Venise et non pas à Cannes. En attendant de la voir dans Bernadette a disparu de Richard Linklater et dans les séries tv Mrs America et Stateless... On l'attend aussi dans le prochain Guillermo del Toro, Nightmare Alley. Bref, la grande Cate a du temps. Venise est un agréable passe-temps.



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IN THE MOOD FOR HIM





Souvenez-vous. Il marchait sous la pluie sur la musique ennivrante de Shigeru Umebayashi. Toujours une cigarette à la main, le regard lointain, il avait l'air perpétuellement perdu, absent, sauf lorsqu'il raccompagnait une jolie femme en robe soyeuse et aux talons cliquetants. Bien des spectatrices, alors, avaient rêvé d'être à la place de la belle inconnue. C'était à l'automne 2000, et les cinéphiles découvraient avec stupéfaction Tony Leung déambuler avec grâce et ironie dans le nouveau film de Wong Kar-Wai, In the mood for love. Quoique l'acteur soit loin d'en être à son coup d'essai, aux yeux du public occidental, ce fut une révélation, et son personnage de mari blessé le propulsa du jour au lendemain parmi les plus grands.

Débuts prometteurs
Sa carrière commence pourtant bien des années plus tôt, en 1982. Agé de seulement vingt ans et ayant fini ses études, Tony Leung Chiu-wai (à ne pas confondre avec Tony Leung Kar-fai, qui a joué dans L'amant de Jean-Jacques Annaud et que l'on verra prochaînement dans Election de Johnnie To) entre à la télévision, où il anime un programme pour enfants. Il apparaît ensuite dans plusieurs films dits "d'auteur" qui lui valent la réputation d'un "acteur plein de ressources maitrisant le sens de l'improvisation".

Il joue notamment sous la direction de Stanley Kwan (Love Unto Waist, pour lequel il obtient sa première nomination au Hong Kong Films Awards du meilleur acteur en 1986), de Hou Hsiao-Hsien (La cité des douleurs, 1989) et de John Woo (Une balle dans la tête, 1990). Débuts réellement prometteurs, puisqu'il gagne deux prix d'interprétation pour un second rôle dans People's hero de Yee Tung-Shee et My heart is that eternal rose de Patrick Tam.

C'est toutefois sa rencontre avec le réalisateur hongkongais Wong Kar-Wai qui donne l'impulsion décisive à sa carrière. Après un petit rôle dans Nos années sauvages en 1991, il explose en chevalier errant peu à peu gagné par la cécité dans Les cendres du temps (1994). La même année, il est à l'affiche de Chungking Express, toujours de Wong Kar-Wai, où il incarne un policier anonyme, n°663, qui essaye de se remettre d'une déception amoureuse. Dans son uniforme strict, avec son air d'une infinie tristesse, il donne l'envie aux spectateurs, comme à Faye Wang dans le film, de prendre soin de lui. Peut-être est-ce là toute la force de l'acteur, cette capacité à mettre sa fragilité en avant sans jamais se départir de son allure éminemment séduisante.

Six collaborations avec Wong kar wai
Sans doute Tony Leung est-il conscient d'avoir trouvé en Wong Kar-Wai un mentor, peut-être même une sorte d'âme sœur, car il se plie pour lui à bien des exigences. Le réalisateur hongkongais est connu pour travailler sans scénario, en communiquant le moins d'informations possibles à ses acteurs et en refaisant des dizaines de fois les prises. Du jour au lendemain, il peut tout à coup avoir une vision totalement différente des personnages. C'est donc un travail de longue haleine, qui implique une patience infinie et une confiance absolue. Le comédien a beau toujours jouer le jeu avec succès, il avoue quelquefois à quel point cette collaboration peut être pesante. "Il arrive à Kar-Wai de me demander de rejouer une scène exactement de la même manière que la dernière fois, mais comment est-ce possible ? Parfois, je ne me souviens même plus d'avoir déjà fait cette scène, parfois je l'ai jouée six mois avant… Donc il y a des fois où c'est vraiment douloureux et lui me mets la pression pour que je recommence à l'identique… Et après, c'est tout à fait possible qu'il revienne avec une autre idée : "finalement, on devrait le faire dans la rue et plus dans le restaurant". Encore ?! On ne peut vraiment pas travailler avec d'autres réalisateurs comme avec lui, conclut-il. On en mourrait."

Pourtant, Tony Leung remet toujours ça et en est déjà à six collaborations avec Wong Kar-Wai. Masochisme ? L'acteur sait surtout où est son intérêt. Après lui avoir confié le rôle probablement le plus difficile de sa carrière, celui d'un homosexuel amoureux de Leslie Cheung (Happy Together), le réalisateur lui offre le personnage-clef d'In the mood for love qui lui vaut un prix d'interprétation à Cannes. Quatre ans plus tard, c'est au tour de 2046 où Tony Leung se voit proposer le défi d'être et de ne pas être M. Chow tout à la fois… "Le premier jour, se souvient-il, Kar-Wai m'a dit qu'il voulait que je joue le même personnage que dans In the mood for love, mais d'une manière différente, comme un nouveau personnage, une sorte de play-boy cynique." Bien sûr, Tony Leung s'en sort avec les honneurs. Il parvient à jouer de cette ambigüité tout au long du film, donnant l'impression d'être un M. Chow métamorphosé et désabusé par la vie, comme ayant tiré un trait sur tout ce qui faisait autrefois sa personnalité. Malgré l'aspect antipathique de ce nouveau M. Chow, on retrouve cette dignité tourmentée qui est la marque de fabrique de l'acteur. Et l'on adhère sans restriction au personnage.

Mais qui est donc Tony Leung ?
Entre deux collaborations avec son réalisateur fétiche, Tony Leung tourne énormément, fidèle en cela à la tradition hongkongaise. On le voit ainsi multiplier les films d'action, les parodies, les comédies et bien sûr les séries Z et les histoires de fantômes… à mille lieues de l'image classique et intellectuelle que lui vaut sa collaboration avec Wong Kar-Wai. Autant de films passés plutôt inaperçus en France qui contribuent à asseoir son statut d'acteur de premier plan en Asie. Tour à tour tueur sanguinaire et poète, agent double et haut fonctionanire client des maisons de fleurs, Tony Leung touche à tout, est partout et semble prendre un énorme plaisir à cette débauche de rôles. Il poursuit même une carrière sporadique de chanteur pop et interprète avec Andy Lau la chanson titre du film Infernal Affairs.

Mais, en définitive, qui est réellement Tony Leung ? S'il est bien un personnage sur lequel il reste particulièrement secret, c'est lui-même, et l'on en sait finalement peu sur sa vie intérieure. Comme pour perpétuer la légende autour de sa personne, l'acteur se drappe dans une timidité assumée, rechignant à parler de lui-même. "Je ne sais pas comment parler de moi ; je garde tout pour les films", déclare-t-il très simplement. C'est sans doute ce mystère savamment entretenu qui lui permet d'être aussi crédible en costume antique chez Zhang Yimou qu'en cuir dans Infernal affairs. A chaque apparition, il n'est pas Tony Leung incarnant un personnage, mais ce personnage s'étant emparé des traits de Tony Leung. Totalement au service de son art et effacé derrière lui. Reste sa présence, inoubliable, féline et indéniablement sexy.

MpM


 
 
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