Isabelle Huppert n'en finit plus de jouer les femmes maléfiques, veuves ou seules, perverses ou simplement manipulatrices. Si on peut se lasser de ces rôles répétitifs au cinéma, elle sait aussi créer l'admiration avec ses performances au théâtre (en ce moment mise en scène par Bob Wilson dans Mary said what she said). A l'écran, on la reverra dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, une comédie policière, et Luz de Flora Lau.



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LE MONDE EST STONE





Il a fallu 12 ans au mannequin de l'agence Ford pour atteindre le firmament. 12 ans de séries B, voire Z, de navets, de flops, où elle était utilisée comme faire-valoir, blondasse californienne sans saveur, comme jolie fille plutôt que comédienne.
Comme Sigourney Weaver, elle a débuté avec un petit rôle chez Woody Allen. Mais c'est 10 ans plus tard qu'elle obtiendra un vrai second-rôle majeur dans un film de science-fiction avec Schwarzzy. Un film de Verhoeven. Ce cinéaste lui proposera alors un rôle en 92, celui de Catherine Tramell.
Une blonde superbe, froide, calculatrice, intelligente, écrivain et suspecte de meurtre, bisexuelle et manieuse de pic à glace. Rarement image collera autant à son interprète. Basic Instinct lui fait monter les marches à Cannes et la propulse au niveau des stars. La fusion parfaite entre un rôle et son actrice. Elle devient l'actrice la plus hot d'Hollywood. Et pas seulement parce qu'elle ne porte rien sous sa jupe, quand elle croise et décroise les jambes.
Elle devra alors se battre contre son image de sex-symbol et essayer de monter des projets ambitieux et sérieux. Bref, casser son image, trop collante. Car il est indéniable que Stone est bien plus qu'une comédienne à Hollywood. Il s'agit d'un mythe. De LA star. C'est Marylin version années 90: moderne, individualiste, charitable, belle, la tête sur les épaules, passionnée, caractérielle... Luttant contre la chirurgie esthétique, essayant de monter des projets personnels, faisant monter les enchères à Davos pour que le monde soit un peu plus solidaire.
Certes, elle n'a pas misé sur les meilleurs films des années 90, mais elle a essayé de conserver son indépendance vis-à-vis du star système. Aucun de ses films n'a eu le succès de Basic Instinct, mais certains lui ont apporté une crédibilité dans son talent.
Notamment le magnifique (et lyrique) Casino de Martin Scorsese, le premier cinéaste à avoir enfin su l'utiliser. Face à De Niro et Pesci, elle souffre, hurle, se lâche et détruit enfin sa couche de glamour. Elle apparaît rieuse et flamboyante en jouant à la roulette. Et meurt, visage défait, surdose dans les veines, dans un couloir sordide. Ange déchu. Destruction implacable de la blonde hitchcockienne. Scorsese n'a jamais donné de plus beaux personnages féminins à son cinéma.
98 sera donc une année où elle devra remporter la mise capitalisée depuis sa nomination aux Oscars: 4 films auront son nom sur l'affiche. Science-fiction, drame, remake et dessin animé.Pourtant c'est le plantage intégral, le mur en pleine face. une comédie nécessitera de l'envoyer hors des plateaux. Dans The Muse, justement, où Stone s'amuse à jouer les inspiratrices, femme-enfant capricieuse... Le film est un échec. Fiasco qui intervient après ceux de Diaboliques en caricature de Signoret, Gloria en simili Rowlands, Simpatico en pseudo Dunaway.
Alors, Sharon Stone, productrice admirée, femme vénérée (par les magazines people en tout cas), se détourne du cinéma, et semble prendre le chemin d'une Adjani, en se consacrant à sa vie privée. Elle frôle la mort, fait toujours la une, mais refuse les projets, ou quand ceux-ci semblent tentants, ils avortent, comme par malédiction.
Son come-back s'avère laborieux. Si l'étoile est intacte, la marque mondialement réputée, c'est plus pour ce qu'elle dégage dans le réel que pour ce qu'elle a incarné sur celluloïd. Catwoman la remet un peu sur les rails. Mais le film est qualitativement un désastre.
Heureusement, 2005, sera sans aucun doute sa plus belle année depuis des lustres. Son talent est intact (elle a gagné un Emmy pour sa participation dans "The Pratice" à la TV). Nous allons aimer de nouveau Sharon Stone. Et pas parce qu'elle reprend son personnage de Basic Instinct face à David Thewlis et Charlotte Rampling. Elle renoue avec un cinéma de prestige : Jarmusch, Shekhar Kapur, Nick Cassavetes... A Bientôt 50 ans, Miss Stone is rolling ever and ever...

vincy


 
 
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