Lupita Nyong'o arrive cette semaine dans le nouveau film horrifique de Jordan Peele, Us. Cette fois-ci elle ne partage pas l'affiche. Oscarisée pour 12 Years a Slave, son premier long, il y a 5 ans, la mexico-kenyane a intégré la saga Star Wars et l'écurie Marvel, avec Black Panther. Une ascension aussi rapide que méritée.



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LA DISCRETE





Un charme vaporeux, de délicieux yeux verts aux éclats enfantins, une voix douce, envoutante, un talent grandissant, la jeune actrice à la carrière branlante refait surface depuis qu'un magicien nommé Darren Aronofsky s'est penché sur le potentiel véritable de la belle en lui offrant son ticket vers le succès à travers un douloureux voyage en enfer : Requiem for a dream.
Mauvais génie, génie tout court, le réalisateur de cette oeuvre forte et dérangeante donne à Jennifer Connelly l'occasion de prendre des risques indéniables avec un rôle déchirant de junkie brimée par une déchéance qui l'entraîne dans la prostitution. Dernier tour de manège pour Marion, son personnage dans le film, et retour à la vie pour Jennifer.

La jeune femme voit le jour en 1970 à New York, devant le pont de Brooklyn qu'elle ne quittera jamais bien longtemps des yeux pendant son enfance. Née d'une mère antiquaire et d'un père spécialisé dans le textile pour enfant, la jeune fille décroche sa première audition dans une agence de casting à l'âge de 10 ans grâce aux conseils avisés d'un ami de la famille.
Jennifer gagne ses premiers dollars en enchaînant quelques contrats publicitaires plutôt lassants, car elle doit jongler avec son programme scolaire et les séances photo interminables pour l'agence Ford qui mettent à l'épreuve sa timidité naturelle.
Tout change pourtant en 1982 quand Sergio Leone, qui prépare le tournage de son dernier et plus grand film, Il était une fois en Amérique, se penche sur le minois de la jeune adolescente pour lui proposer d'incarner la fiancée de Noodles enfant (celui-ci sera interprété ensuite à l'âge adulte par Robert De Niro).
Ce choix s'explique, d'après l'actrice elle-même, par une similitude parfaite entre son propre nez et celui d'Elisabeth McGovern, qui joue le personnage de Jennifer adulte. Exact ou non, et bien que Jennifer n'apparaisse que cinq minutes à l'écran, c'est le pas décisif pour la jeune fille qui fait ainsi son entrée dans le milieu du cinéma sous la direction d'un monstre sacré.
Pourtant, si ce tournant est primordial pour la suite de la carrière de l'actrice, ce rôle va également jouer en sa défaveur, la cloisonnant dés lors (et à 11 ans) dans la catégorie « femme fatale » dont le reflet brûlant enflamme le coeur des hommes et gomme ainsi toute chance d'explorer d'autres types de partitions, peut-être plus personnelles et gagnant en épaisseur.
En 1985, c'est le maître de l'horreur italien Dario Argento qui fait appel à Jennifer Connelly pour jouer le rôle principal dans Phenomena, l'occasion pour Jennifer de retourner en Italie où le film va remporter un réel succès, ainsi qu'un peu partout en Europe. Toujours affolante, et seulement âgée de quinze ans, l'actrice laisse éclater un réel talent pour la comédie en interprétant une jeune fille poursuivie par un tueur sanguinaire, mais qui, fort heureusement, pourra compter sur ses relations psychiques avec les insectes pour lui échapper. Gore et plutôt réussi, Phenomena est le dernier film de qualité que la pauvre Jennifer se verra proposer avant bien longtemps. Toujours en 1985, elle joue l'adolescente fleur bleue dans Seven minutes to heaven, puis doit sauver son petit frère du mal intentionné magicien David Bowie qui hante le Labyrinth de Jim Henson en 1986, enfile un jupon de petite danseuse dans le très mauvais Etoile en 1988, et enchaîne la même année sur Some Girls, un film pour collègiens boutonneux. Que des nanars. En 1990, Jennifer tourne pour Dennis Hopper et aux côtés de Don Johnson dans Hot Spot, paradoxalement "le" plus gros navet de l'actrice, mais aussi celui qui signe l'heure de la révélation face au grand public.
Erreur grossière s'il en est, puisque Jennifer Connelly n'y apparaît que comme une jeune ingénue aux prises avec le « charme » corrosif de l'ex-flic de Miami. Le scénario au ras des pâquerettes axé sur une histoire de voleur de banque ne laisse à Jennifer que l'occasion mémorable de dévoiler sa poitrine généreuse.
Consciente de l'image peu valorisante qu'elle renvoie d'elle-même et désireuse d'évoluer dans son jeu, Jennifer Connelly migre sur la côte Ouest et s'inscrit aux cours d'art dramatique de l'Université de Yale. Ainsi débute la période sombre de la vie de Jennifer, qui découvre le visage cruel de l'univers hollywoodien. Seule, sans amis, elle finit par abandonner l'Université au bout de la seconde année pour réintégrer le giron familier de la Grosse Pomme. Malgré les doutes personnels qui pèsent désormais sur Jennifer Connelly et sur son avenir en tant que comédienne, elle accepte la proposition des studios Disney en se joignant au casting de The Rocketeer, une grosse production distrayante qui rend hommage aux films d'aventures des années 30. L'homme volant, amoureux de la belle Jennifer Connelly (toujours une bien jolie potiche en robe de feutre rouge) n'est autre que Bill Campbell, lequel partagera la vie de l'actrice jusqu'en 1995. Le succès relatif du film au box-office ne persuade pourtant pas Jennifer de revenir au grand écran pendant une période de repli de plus de trois ans. Elle prend le temps de mettre de l'ordre dans sa vie, rencontre le photographe Dave Dougan, et, après s'être stabilisée, reprend le chemin des studios. La jeune fille est devenue femme, qui plus est une actrice exigeante et plus intransigeante.

Ses choix dorénavant répondent à une volonté personnelle de dépasser l'image de jolie plante qui teinte sa renommée, et elle tourne donc dans des productions plus modestes, au succès critique enthousiasmant mais pauvre en nombre d'entrées. Parmi ces films, on peut noter Mulholland Falls, Far Harbor, Inventing the Abbots et plus tard Pollock en jeune maîtresse d'Ed Harris. Sortie de route à la fin du film. Et nouveau virage pour la comédienne.
Deux évènements majeurs vont néanmoins bouleverser la vie et la carrière de Jennifer Connelly : la naissance de son fils Kai en 97, et sa participation au film culte d'Alex Proyas, Dark City en 1998. Ce film de science-fiction sombre au suspense haletant et au scénario bien ficelé fait la part belle à la sensualité chaude de Jennifer Connelly, utilisée cette fois avec intelligence face aux spectrals Strangers, ces créatures froides et effrayantes qui peuplent la « Cité obscure ». Ce rôle fait basculer Jennifer dans le coeur d'un public de cinéphiles qui tombe sous le charme.
Enfin, aboutissement final d'un travail d'actrice parsemé de couloirs tortueux aux issues incertaines, le scénario de Requiem for a dream se présente à Jennifer. Darren Aronofsky s'en remet à l'actrice pour interpréter Marion, la jeune héroïnomane aux portes de l'enfer aux côtés de Jared Leto, Ellen Burstyn et Marlon Wayans. Malgré la difficulté du rôle (sexe drogue et pas de rock n'roll), Jennifer Connelly sait que s'offre à elle la chance tant désirée de laisser exploser au yeux du public le talent qu'elle renferme, et que la suite de sa carrière pourrait en dépendre.
Le résultat : un diamant noir où se côtoient les nuages de poudre blanche et une odeur de mort omniprésente.

L'actualité de l'actrice donne raison à cette implication risquée dans le film d'Aronofsky, puisqu'elle partage aujourd'hui l'affiche avec Russel Crowe dans A Beautiful Mind. Elle y incarne Alicia Nash, l'épouse du mathématicien surdoué. Le rôle est proche de sa véritable nature, cérébrale et maternelle et lui permet même, pour la première fois à l'écran, de vieillir avec son personnage, brisant ainsi l'immuabilité apparente de sa beauté. On notera qu'elle incarne aussi Betty Ross, l'assistante du Docteur Bruce Banner, alias Hulk, par le très oscarisé Ang Lee.
Si le succès est enfin au rendez-vous pour Jennifer Connelly, sa vie de famille et son fils sont prioritaires sur sa carrière et l'actrice préfère se tenir à l'écart de la faune hollywoodienne qui l'a déjà rejetée une fois.
Elle se cantonne à tourner un ou deux films par an et se permet enfin de choisir ses projets selon ses intuitions et ses propres désirs de comédienne. Entre Walter Salles et des films indépendants américains, toujours bien accompagnée.
Le cinéma a tout à y gagner, si elle parvient à affirmer son identité dans ce milieu qui ne laisse aucune chance, même à une belle brune oscarisée.

romain, vincy


 
 
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