A 55 ans cette années, Benoit Poelvoorde continue de surprendre. Après Au poste! et Le Grand bain en 2018, le comédien ne va plus quitter les cinémas cette année. Cette semaine il est dans Deux fils, premier long de Felix Moati. Mais on l'attend aussi dans Raoul Taburin de Pierre Godeau, Adoration de Fabrice Du Welz et Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac.



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DUTRONC EST ENERVANT





   Après 35 ans d'un parcours atypique, on est en droit de se demander si l'attitude faussement désinvolte qu'il arbore en permanence est révélatrice d'un certain cynisme, ou si elle ne cache pas tout simplement une pudeur excessive, qui se manifeste chez lui par une attitude suffisante que même sa timidité désarmante a du mal a tempérer.
Né le 28 avril 1943 à Paris, Dutronc apprend le piano et le violon dans son enfance, puis se plonge dans la culture du rock à la fin des années cinquante. En 1959 il quitte le Lycée Condorcet pour devenir guitariste du groupe Les Dritons, qui devient rapidement une valeur sûre au Golf Drouot. L'année suivante, le groupe accompagne Daniel Dray et devient El Toro Et Les Cyclones. Signés chez Vogue fin 1961, ils sortent leur premier disque en janvier 1962. Leur deuxième single contient le tube 'Le Vagabond', mais Dutronc est obligé de mettre sa carrière en veille le temps d'effectuer son service militaire. De retour à la vie civile, il joue avec Eddy Mitchell, Vince Taylor et Gene Vincent, mais choisit rapidement de se concentrer sur la composition. Devenu assistant du directeur artistique de Vogue, ses clients sont Zou-Zou (une vedette éphémère de la mode du twist), Les Mods et Francoise Hardy - pour qui il compose 'Le Temps De L'Amour' et 'Va Pas Prendre Un Tambour'. Dutronc se serait sans doute contenté de rester en retrait s'il n'avait pas fait la connaissance de Jacques Lanzmann, le rédacteur de Lui, en qui il trouve un complice des quatre cent coups. De cette association naîtront une série de succès inoubliables, comme 'Paris s'éveille' ou 'L'opportuniste'. La plupart seront reprises dans les années 90 sur scène (Paradis, les Cactus) ou le temps d'une scène (Lambert Wilson chantant 'J'aime les filles' dans On connaît la chanson).

Derrière ses lunettes noires et son cigare marron et en dépit d'une allure résolument anti-strass et d'une silhouette menue, Jacquot possède un charisme sûr qui séduira Françoise Hardy, l'égérie androgyne des années soixante, convoitée un moment par Dylan et Jagger. Avec Françoise Hardy il formera un couple anticonformiste et moderne qui lui vaudra la sympathie du plus grand nombre, contrebalançant l'image d'insolence, véhiculée à travers ses prestations télévisées et scéniques, qui lui colle à la peau. Sentant le vent tourner au début des années 70 et fatigué du décalage grandissant entre son style et les hit parades de l'époque, Jacques Dutronc se dirige progressivement vers le cinéma. Et ne reviendra à la musique que plus tard, ridé, bronzé, la peau patinée comme le vieux cuir, les chansons bien vieillies comme le bon vin.

Malgré des débuts peu prometteurs - Ok Patron de Claude Vital, en 1973 il joue dans de nombreux classiques du cinéma français de l'époque (L'important c'est d'aimer de Zulawski, Violette et François de Jacques Rouffio), et partage l'affiche avec les grandes actrices du moment: Romy Schneider, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve et Isabelle Huppert (avec qui il tournera à trois reprises: Sauve qui peut la vie de Jean-Luc Godard, Le retour de ma bien aimée de Jean-François Adam et le récent Merci pour le chocolat de Claude Chabrol). Inégal tout en téant inégalable, ce chanteur-comédien traîne sa silhouette errante dans des films plutôt dramatiques. Son jeu est parfois inexistant tout en étant, par sa simple présence, terriblement charismatique. Fantômatique, il hante des univers épurés et tourmentés, violents mentalement et calmes physiquement. Dutronc, sur scène comme au cinéma, c'est l'art du mouvement dans l'immobilisme. Un arbre à l'écorce épaisse, au masque imperturbable, avec des racines nomades.

Si sa prestation mémorable, transformatrice, révélatrice, fondatrice dans le Van Gogh de Maurice Pialat lui vaudra le César du meilleur acteur en 1992, son jeu excellera surtout dans Place Vendôme, de Nicole Garcia; il y retrouve Catherine Deneuve vingt après A nous deux de Claude Lelouch. Son rôle lui vaudra une nomination aux César 1999. Ils interprètent deux amant désunis qui se retrouvent 20 ans après, aussi. A la fois éminemment charnel et totalement décharné, leur rendez-vous est un moment de sordide sublime ou de sublime sordide, digne de ce duo totalement atemporel. Dutronc y joue sa propre ombre, son propre reflet. Comme si le vieux se moquait du jeune, et désillusionné, espérait déjà la plénitude de la retraite. Il joue surtout ce qu'il aime jouer : l'absence, la distance, sa présence fantôme. Jamais complètement dans un film, comme il ne fut jamais totalement comédien. Il regarde ce petit monde, ces bourgeois en vacances ou cette communauté gay soi disant subversive, de son fauteuil, vivant de son côté, voyant les ouragans passer, tant qu'on ne vient pas l'emmerder. Il est dilettante.

En douce Jacques Dutronc inscrit son nom dans le Grand Livre du cinéma Français, incarnant des hommes peu sociables et pourtant toujours admirables, à l'instar de son personnage public, et pourquoi pas de lui-même.

morag ann, vincy


 
 
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