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FROT ZEN





Elle n'est pas la plus connue des actrices du cinéma français, et pour cause, à force de passer du temps sur les planches, le 7ème Art l'a souvent mise à l'écart. mais elle se rattrape depuis son premier César, et enchaîne les comédies poupulaires, les petits films d'auteur pétillants. Bref Frot commence à avoir le statut de star, celui sur lequel un film se monte sur son seul nom (7 ans de mariage).
Car Frot, Catherine de son prénom, a réussi à se faire un nom. En quelques années, elle a conquis les spectateurs avec des seconds-rôles de bourgeoises en tous genres, y compris à la TV. Et cerise sur le gateau, elle sera même le premier rôle constant de cette Dilettante qui fera le bonheur des français à l'été 99.

En fait tout a changé grâce au couple Bacri-Jaoui. Ce n'est pas faute d'avoir joué avant. Peu connue, elle a cependant survécue dans le métier, en jouant pour la télé, le cinéma et avant tout le théâtre. De quoi traverser le temps, discrètement, et se faire plaisir. Si au théâtre, elle peut se permettre de prendre tous les risques, au cinéma, c'est avec des personnages presque caricaturaux qu'elle s'est fait connaître. Le paradoxe se trouve dans le tempréament même de la femme. Une réserve qu'on pourrait croire hautaine, une incommunicabilité pathologique en interviews (c'est cette difficulté à parler d'lle qui l'a conduite à faire de la scène), elle veut bien parler de tout, même d'elle. Mais Catherine Frot ne sait pas qui elle est.

Spectateurs, nous la voyons (imaginons?) pimpante, alerte, vivace, sensible, éperdue, gracieuse, un peu triste, toujours joyeuse. A l'image de ses personnages. Comme cette belle-soeur attachante, naïve, lucide, cette Yolande d'Un air de famille. Ce rôle porte-bonheur lui vaudra un doublé unique du Molière (Théâtre) et du César du meilleur second-rôle. Mérités. Mais cela faisait aussi 20 ans qu'elle arpentait les planches, qu'elle avait cherché à faire son métier, le plus sincèrement possible, avec une troupe, une compagnie. Le cinéma, hormis, Escalier C l'avait boudé jusqu'en 1996.
La voici, sur sa lancée, maquilleuse, mère de famille, et épouse déterminée d'un Timsit un peu lâche, dans Paparazzi. Ou, toujours, cette nympho parvenue cherchant à mettre en laisse un bel homme pourtant marié. On devine la femme seule qui se cache dans cet exquis Dîner de Cons. Coline Serreau a esquissé la battante optimiste, celle qui ne se résout pas à la fatalité, qui se révolte contre la société dans Chaos, gros hit perso. Et Bourdon imagine une femme coincée mais curieuse, conservant ses acquis, mais ouverte aux expériences. Ca marche. Le public suit. Il l'aime dans ses rôles de femmes aux apparences normales et un peu déjantées, ou dans ses costumes de bourges au bord de la crise de nerfs. Lesbienne ou mère tyrannique, même si les films son médiocres, Frot est toujours parfaite, sonne toujours juste, avec peu d'effets. Elle se fout de son image. Et s'amuse avec les excentricités qu'on lui propose : elle aime ses monstres humains qu'elle incarne. Et s'imagine volontiers en Lady MacBeth.

Car toute la force du jeu de Mademoiselle Frot n'est pas dans ce que l'on voit mais dans ce qu'elle laisse deviner. Car il n' y a justement rien de caricatural dans ces bourgeoises : Frot y dévoile des failles, suggère ses sentiments, ses forces comme ses faiblesses. Par petites touches, comme un tableau impressionniste. D'ailleurs ce "visage à la Picasso" (ce sont ses propres mots), est une peintre, figurative. Elle épaissit, ainsi son mystère. Elle n'a rien de l'ordinaire femme au foyer qu'elle incarne à tour de rôles. Il y a trop de poésie dans son jeu, et trop de comédie dans ses propos, sa gestuelle, ses mimiques.
Et maintenant, elle nous la joue nonchalente. Encore une fois, le spectateur ne peut que l'aimer. Elle semble généreuse, aimable. Elle apporte immédiatement un capital sympathie à un film (Chouchou). Tout le monde y voit quelqu'un de son entourage. On peut lui inventer tous les passés. Les femmes qui veulent exister. Comme elle. Sans forcément s'exposer. Comme elle. Et peut être même en s'offrant une quelconque folie. Mais après 20 ans de métier, et un certain air de famille, la comédienne n'est toujours pas facile à cerner. Elle s'adapte à tous les univers, et se moule dans le personnage. A condition qu'elle y ait des scènes fortes. Objet sculpté ou instrument accordé?
Elle ne dit rien, ne se plaint pas. Pourtant on aimerait la voir dans un autre rôle que celui de la bourgeoise qui s'emmerde. Manque d'imagination des cinéastes, certainement.... Pour la scène ou le petit écran, elle a eu plus de chance : La Ceriseraie mise en scène par Peter Brook ou encore Sa dernière lettre (1994) où elle est une mère qui n'en peut plus et se suicide avec le sourire. Elle se libère. On la croit heureuse, et c'est dans le drame le plus insoutenable qu'elle s'illumine.
Il est presqu'étonnant que ce tempérament si singulier ait réussi à se frayer un parcours dans le cinéma grand public. Désormais, elle peut même porter un film sur ses frêles épaules.

Quelqu'un qui a refusé d'entrer à la Comédie Française en préférant la vie collective du Chapeau rouge, compagnie très créative, est forcément fascinant. Intermittente du spectacle ayant toujours eu un emploi. Il y a quelque chose de démodé, ou mieux d'atemporel, chez Catherine Frot. Une gouaille disparue, une simplicté rare, une interrogation existentielle (et donc superficielle) oubliée. Elle se sent vide, comme une héroïne d'un livre de De Beauvoir. Pourtant elle nous renvoie l'image d'une femme française de tous les jours. L'image d'une femme de la Libération, ou celle d'une midinette des années 60, ou même une bouffeuse de vie à la Almodovar.
Et puis peut-être que Frot nous cache son jeu. Cette femme aime les clowns tristes (Tati, Keaton...), admire Giulietta Masina (la femme de Fellini), se laisse vivre. Il y a quelque chose de surréaliste et d'inexplicable. Il faudrait qu'elle trouve son Picasso.

vincy


 
 
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