Cinq ans après Nymphomaniac, Lars von Trier est de retour avec un film perturbant. Normal pour un cinéaste perturbé? L'artiste n'est-il pas le psychopathe du film? Toujours est-il que 7 ans après son bannissement de Cannes, le réalisateur danois est revenu sur la Croisette avec The House That Jack Built, hors compétition. A 62 ans, LVT a encore la vie devant lui mais aussi des scandales de harcèlement aux trousses.



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LIBERTÉ POUR LA ROUSSE





Elle un prénom celte presque imprononçable. Saoirse (on le prononce en fait Sir-cha). Il est aussi original que son physique peut l’être, loin des stéréotypes glamour, mais pas dénué de séduction. Cette jeune irlandaise est tout juste entrée dans la vingtaine et elle a déjà une carrière solide, avec, en bonus, deux nominations aux Oscars. Alors que les jeunes filles de son âge enchaînent les teen movies, les bit movies et autres films formatés par Hollywood, Saoirse choisit avec intelligence et prudence ses projets.

Le grand public la découvre en peste jalouse dans le beau Reviens-moi de Joe Wright (réalisateur qu'elle retrouvera trois plus tard pour le film Hannah) aux côtés de James McAvoy et Keira Knightley, déjà vedettes reconnues. Dans ce mélo, elle est une adorable peste, sœur jalouse et envieuse, qui va culpabiliser après avoir commis un mensonge atroce. Jusque là Saoirse Ronan avait joué face à Michelle Pfeiffer dans un film oublié (Trop jeune pour elle !), un film de Noël tout aussi vite effacé des mémoires (Jonathan Toomey : le miracle de Noël) et en fille de voyante dans un film directement sorti en vidéo (Au-delà de l’illusion). 9a ne s’annonçait pas forcément bien pour elle…
Irlando-new yorkaise, qualifiée aujourd’hui d’actrice prodige, elle a commencé au cinéma grâce à son père, qui baignait dans le milieu. Elle fait ses débuts dans un soap irlandais, The Clinic, et enchaîne avec une série locale, Proof. C’est une jeune fille de sa génération. Pro mariage pour tous, résidant plutôt à Manhattan qu’à Hollywood, deux passeports en poche. Elle est née dans le Bronx, a grandit en Irlande. Mais surtout, elle a très vite gagné son émancipation. Pourtant, elle souvent été auditionnée pour de grandes sagas, n’a jamais été prise.

Mais ses choix ont finalement été plus judicieux. Bon, on mettra à part le mystérieux City of Ember (La Cité de l’ombre) avec Bill Murray et Tim Robbins, film SF qui a laissé tout le monde de marbre. Peter Jackson l’enrôle pour Lovely Bones, pas forcément son film le plus réussi, mais assurément l’un des plus beaux personnages pour la comédienne. Jeune fille assassinée dans ce conte fantastique, elle rappelle une autre jeune comédienne révélée seize ans plus tôt par le cinéaste : Kate Winslet (Créatures célestes).
Au milieu de prisonniers du goulag s’évadant à travers steppes et désert vers l’Inde, elle est le seul personnage féminin des Chemins de la liberté, de Peter Weir.

A l’aise dans le drame et la tragédie, Saoirse acquiert vite cette image d’actrice qui sourit peu mais sait illuminer un plan. C’est sans doute ça qui frappe dans la performance qu’elle livre dans Hanna, film d’action où elle manie les arts martiaux et affiche une froide détermination, entre Nikita et Jason Bourne. Ce film est sans doute charnière tant elle prouve, pas encore majeure, qu’elle est capable de porter un thriller de qualité sur ses épaules. Du coup, on ne lui propose plus que ça (tueuse à gage dans Violet & Daisy, vampire dans Bizantium) et des films pour ados comme Les Âmes Vagabondes (The Host), adaptation cinématographique de la mormone Stephenie Meyer, écrivaine de la saga vampirique bonbon acidulé Twilight. Fan de l’Exorciste, elle a du se sentir hyper-cool avec l’extra-terrestre qui était en elle.
Car étrangement, c’est bien avec le fantasy qu’elle a des affinités. Dans Maintenant c'est ma vie de Kevin MacDonald, elle y incarne une jeune New-yorkaise superficielle et « boring » fraîchement débarquée dans la campagne anglaise et qui va devoir survivre en pleine Troisième guerre Mondiale. Elle ne s’épargne rien, aime les errances « survival » et les ennemis invisibles qui veulent sa peau.
Il était temps de changer de registre. D’une part, les grandes franchises du genre ont été squattées par Kristen Stewart, Jennifer Lawrence et autres Shailene Woodley. D’autre part, elle n’a pas le physique pour jouer les femmes fatales sexys façon Emma Stone.

Agrémentée d'une tâche de vin sur la joue, elle devient docile, timide et romantique chez Wes Anderson dans The Grand Budapest Hotel. Ce n’est pas elle qui fait rire, elle sourit toujours aussi peu, mais au moins elle montre qu’elle peut se fondre dans d’autres univers. Pas étonnant alors qu’elle soit choisie par Ryan Gosling pour être sa voisine étrange, un brin morbide, un zest nostalgique et sérieusement barrée, affublée d’un rat et prête à changer de monde dans Lost River, premier long métrage de la vedette de Drive.

C’est bien son étrangeté qui fascine. Sa facilité à passer d’une atmosphère violente à un récit mélancolique, à être mademoiselle tout le monde comme une super-héroïne, à se métamorphoser au gré de l’histoire et à rester elle-même au fil des ans. Avec Brooklyn, elle rappelle d’où elle vient (l’Irlande), où elle est (New York) et ce qu’elle vaut (une comédienne plus que douée, qu’elle soit romantiquement amoureuse de deux garçons à la fois ou féministe qui s’ignore dans un monde patriarcal).

Car Saoirse l'a dit sans détour. Pour elle jouer, ce n’est pas un travail mais une passion. C’est surtout du divertissement. Qu’elle prend soin de travailler avec perfectionnisme. Pour elle, son métier est une évidence et elle ne recherche que de belles histoires à raconter.

cynthia, vincy


 
 
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