Daniel Day-Lewis est évidemment impeccable, formidable, parfait dans le rôle de Reynolds Woodcock. Phantom Thread sera (peut-être) son dernier film. L'acteur triplement oscarisé a en effet décidé de jeté le dé (à coudre) et de prendre sa retraite. A s'investir pleinement dans ses personnages, ils se sent lui aussi hanté par trop de fantômes et ne supporte plus la souffrance qu'il s'inflige.



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LA DISCRETE





A peine majeure, Emilie Dequenne apparaît en fille jeune mal dégrossie, col bleue et même précaire d’une société en désindustrialisation, hurlant contre son patron, cherchant un coin de ciel bleu dans l’horizon gris de sa Belgique. Son regard mélancolique, sa bouche déjà un peu tombante, sa jeunesse qui paraît presque fanée, lui vaut un prix, contesté, d’interprétation au Festival de Cannes, en plus de la Palme d’or pour le film, Rosetta. Cela faisait déjà six ans qu’elle jouait, au sein d’une troupe. Elle a décroché le rôle parmi 2 000 candidates. Les frères Dardenne connaîtront alors leur plus gros succès. Pas Dequenne. Elle est choisie dans la foulée pour faire partie de l’aventure du Pacte des Loups, blockbuster français, où les costumes d’un autre siècle n’empêchent pas les arts martiaux.
Bachelière précoce, la voici vedette de cinéma à même pas 20 ans. On est loin de la menuiserie de son père.

Bizarrement, elle quitte le registre dramatique pour jouer dans des comédies. Oui mais avec Gérard Jugnot, assez ratée ; Une femme de ménage, avec Jean-Pierre Bacri – un film de Claude Berri où elle est touchante et s’essaie au sensuel ; Mariées mais pas trop, avec Jane Birkin, flirte avec les comédies pétillantes où le veuvage est toujours affaire de cupidité. Emilie dévoile ainsi des talents jusque là insoupçonnés, où elle cherche à charmer le spectateur. Mais le public ne la suit pas, et encore moins dans L’Américain, de Patrick Timsit, énorme four de l’année 2004. Entre temps, elle a affronté les planches avec une pièce d’Aristophane, avec Philippe Torreton. Elle sera plus appréciée en Mademoiselle Julie, de Strindberg, joli succès de la saison 2006.

Emilie Dequenne accepte alors de se retirer du haut de l’affiche. Dans L’équipier, de Philippe Lioret, elle joue les seconds rôles (nommée aux César quand même) aux côtés de Sandrine Bonnaire. Plus problématique, sa participation en dame espagnole dans une série z en costumes, Le Pont de San Luis Rey, avec un casting international plus soucieux de payer ses impôts avec leur cachet que de lire le scénario. Elle y est la femme de Samuel Le Bihan, son partenaire du Pacte des Loups.
On oublie certains films sortis discrètement ou seulement dans leur pays d’origine, comme Les Etats-Unis d’Albert, film québécois méconnu ailleurs qu’au Canada. Même dans La ravisseuse, de Antoine Santana, son personnage qui agit comme le miroir de cette folle d’Isild Le Besco, ne parvient pas à la faire exister.
Mauvais choix, malchance, peu importe. La jeune Dequenne fait déjà partie des promesses inachevées. Dans Le Grand Meaulnes, les amateurs de chair fraîche ne remarque que Clémence Poésy, et elle doit se contenter d’être un faire valoir de ce pudding cinématographico-littéraire. Elle touche le fond avec Ecoute le temps, qui sort de l’affiche après quelques jours d’exploitation.

Condamnée aux films d’auteurs sans succès, elle se tourne vers la télévision. Elle incarne notamment une magnifique Charlotte Corday.
Et alors, Téchiné arriva. La repêcha. Il l’enrôle pour être La fille du RER, et accessoirement celle de Deneuve. Une mytho qui créa un fait divers antisémite de toute pièce. Un fait réel. Une fiction réaliste. C’est la première fois depuis Rosetta et les Dardenne, qu’elle porte un film réalisé par un grand cinéaste, avec un sujet aussi fort, et un personnage habité.
Car, elle s’est amincie, s’autorise à être coquette, et malgré son visage a priori banal, Emilie Dequenne illumine souvent les scènes dans lesquelles elle joue. Pas le genre d’actrice à films populaires. Elle préfère la liberté, dont le symbole est la salamandre, son tatouage. Actrice se jouant de l'ombre et de la lumière, elle a aussi tout du caméléon. La beauté farouche, qui vient vous conquérir quand vous ne vous y attendez plus. Elle passe de la fille moche que vous croisez au supermarché à la plante vénéneuse, lumineuse. Certains cherchent leur identité en composant un personnage. Elle préfère, à travers ses rôles, troubler son identité. Que personne ne la reconnaisse, qu’on ne la saisisse pas. Qu’elle reste en retrait, discrète.

vincy


 
 
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