Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



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CELLE QU'ON ATTENDAIT





Regard "menthe à l'eau", cheveux qui lui mangent le visage, mention énergique, douceur feinte dans l'harmonie des traits… plus on regarde Mélanie Laurent et moins l'on est capable de la décrire. D'où sans doute ce parfum de mystère qui l'entoure et que l'on cite à tout bout de champs à son propos. Pourtant, sans la connaître, on devine qu'elle a horreur des étiquettes et des petites cases dans lesquelles on classe les actrices. A défaut d'être la mystérieuse de service, elle est donc juste elle-même, jeune femme de 25 ans à la présence évidente, qui promène de film en film un mélange de fragilité et de bravade. De quoi faire craquer les plus endurcis. On ne sait pas pourquoi, mais Mélanie Laurent pourrait réciter l'annuaire téléphonique, il y aurait encore des amateurs pour assister au spectacle. A cause de son indéniable beauté ? Pas seulement. Son pouvoir d'attraction dépasse de loin les seuls arguments physiques. Ses yeux sont sublimes, mais ce que l'on retient, c'est son regard, profond, comme venant de très loin, qui semble vous mettre à nu en un battement de cils. Désarmant. Le reste est à l'avenant : on se souvient plus de sa voix légèrement rauque que de la perfection de ses traits, moins elle est mise en valeur et plus elle nous séduit par sa seule manière d'être. Ses gestes, son intonation, une manière bien à elle de rajuster une mèche de cheveux suffisent à nous la rendre à la fois proche et aimable.

Heureusement, ses choix de personnages nous permettent de ne pas renier cette inclination spontanée. On connaît la légende : repérée par Gérard Depardieu sur le tournage d'Astérix et Obélix contre César où elle accompagne une amie, elle enchaîne entre 1999 et 2006 de petits rôles de plus en plus remarqués. Un Pont entre deux rives co-réalisé par Frédéric Auburtin et Gérard depardieu, Ceci est mon corps de Rodolphe Marconi, Snowboarder d'Olias Barco… mais surtout Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc et De battre mon cœur s'est arrêté de Jacques Audiard où elle s'impose en très peu de scènes. C'est toutefois Je vais bien ne t'en fais pas, réalisé en 2006 par Philippe Lioret d'après le roman éponyme d'Olivier Adam, qui lui apporte véritablement succès et reconnaissance. Elle y est Lili, jeune fille écorchée vive par la disparition soudaine et inexpliquée de son frère jumeau. Son pauvre corps décharné par le chagrin nous met les larmes aux yeux, son refus de baisser les bras nous remue, sa rédemption fragile nous bouleverse. Sa seule présence transforme une adaptation sans génie en vraie bonne surprise cinématographique : on ne voit qu'elle. Effet jackpot garanti, avec à la clef un César de la révélation féminine et une rencontre amoureuse avec l'acteur Julien Boisselier.

Par la suite, on l'a aperçue dans Indigènes de Rachid Bouchareb et Dikkenek d'Olivier Van Hoofstadt, tournés avant le film de Philippe Lioret, et retrouvée avec plaisir dans La chambre des morts d'Alfred Lot et Paris de Cédric Klapisch. Deux premiers rôles qui lui ont permis de se glisser tour à tour dans la peau d'une jeune stagiaire de la police criminelle confrontée à l'enlèvement de fillettes et d'une étudiante faisant perdre la tête à son très sérieux professeur (Fabrice Luchini). Dans les deux cas, elle est lumineuse et troublante sans pourtant jamais jouer de son physique. Non maquillée et camouflée dans des vêtements peu féminins, elle s'abandonne entièrement derrière son personnage, resplendissant de naturel et de spontanéité. Klapisch n'hésite d'ailleurs pas à jouer sur sa facette la plus "carnassière" pour lui faire endosser un rôle ambigu et parfois cruel. Elle est la jeunesse incarnée, pleine d'énergie et de fougue, mais également de dangers : ceux qui s'y frottent prennent le risque de s'y brûler.

C'est ainsi qu'on la préfère, ni bimbo décérébrée, ni nymphette fragile et rassurante, mais femme dans la pleine possession de ses moyens, assumant ses fêlures comme ses désirs… tout simplement moderne. Il n'est alors pas étonnant que les jeunes spectatrices qui voient ses films se reconnaissent dans ses personnages et s'identifient à eux. De la sorte, elle échappe à la ronde des jeunes actrices interchangeables de sa génération et fait un peu office de comédienne incontournable. Normal, puisqu'elle est celle que le cinéma français semblait attendre.

Même Hollywood lui tend les bras, et elle devient l’héroïne assoiffée de vengeance du Inglorious basterds de Quentin Tarantino en 2009. On se souvient de la montée des marches endiablées de l’actrice et de son réalisateur lors de la présentation du film à Cannes ! Peut-être pour la première fois, on lui imagine une carrière de star.

Deux grands succès publics viennent renforcer sa position : Le concert de Radu Mihaileanu et La rafle de Roselyne Bosch. Elle prouve à la fois qu’elle peut être populaire, et qu’elle sait tout jouer : jeunes premières, violonistes, religieuses… Non seulement elle se coule avec talent dans chacun de ses rôles, mais elle semble en avoir besoin, pour ne surtout pas se laisser enfermer dans une posture, ou une case.

Déjà, certains lui reprochent cette polyvalence. Sur le premier semestre 2011, elle aura été par deux fois à l’écran, en tueuse à gages dans Requiem pour une tueuse (excellente idée de personnage, gâchée par un scénario approximatif et une mise en scène caricaturale) et en jeune femme ayant des rapports conflictuels avec son père (Et soudain tout le monde me manque), puis aura fait ses premiers pas de chanteuse avec l’album En t’attendant, avant d’être la maîtresse de cérémonie de Cannes.

Pour la première fois de sa carrière, Mélanie Laurent essuie des critiques négatives. La presse a mal accueilli En t’attendant, ce qui provoque sa colère. Elle est encore peu habituée aux déchaînements de fiel à son égard… C’est vrai que le disque n’a rien d’exceptionnel avec ses mélodies un peu basiques mais entrainantes et ses textes souvent naïfs. On sent malgré tout qu’il a quelque chose de personnel et de sincère. Quoi qu’il en soit, au vu de la production musicale française actuelle, l’apprentie chanteuse n’a vraiment pas de quoi rougir… Ce qui agace, c'est son succès, son omniprésence.

On espère que son premier long métrage (Adoptés, prévu en novembre 2011) marquera la fin de cette campagne anti Mélanie Laurent. Et surtout qu’il sera jugé pour ses qualités intrinsèques plutôt que pour la notoriété de sa réalisatrice.

Car le risque, pour la jeune réalisatrice-actrice-chanteuse est de perde aux yeux des médias et des producteurs de sa fraîcheur et de sa grâce. Qu’on se lasse d'elle, comme d'autres jeunes femmes devenues trop populaires d'un coup, et qui étaient soudainement de tous les tournages. Mais on fait confiance à son instinct, qui jusqu'à aujourd'hui ne l'a pas souvent trahie, pour ne pas plus se laisser enfermer que récupérer. Tous les possibles lui appartiennent, elle n’a qu’à choisir.

MpM


 
 
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