Sara Forestier passe derrière la caméra pour son premier long métrage M, un film bancal, imparfait, naïf, fragile mais empli d'une irrépressible envie de faire du cinéma. La jeune comédienne a fait du chemin depuis L'Esquive et son prix de jeune espoir féminin en... 2004.



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Foïs ingénue





Elle n'est pas grande, plutôt plate, et n'a rien d'une Monica. Pourtant, osons le dire : Marina nous plaît. Du vingt-six carats comme le chantait Pierre Perret, chanson préméditée en vue d'un hommage inévitable : Elle me fait boire dans sa main / Je broute les fleurs de sa robe / Moi le minus moi le microbe / Tout comme un roi mérovingien / Cette môme elle a pas son pluriel / Elle dit y a qu'toi qui m'déboulonne / Faut en avoir dans la Sorbonne / Pour vous sortir des trucs pareils.
Tout y est : notre libido ludique à son égard, sa grandeur charismatique, son rapport étrange à l'histoire de France, sa singularité particulière, ses expressions étranges et cocasses, son éducation bourgeoise. Pierre Perret avait du la rencontrer avant.
Nous, cela fait dix ans qu'elle croise notre regard et et nous rend hilare. 20 ans qu'elle arpente les planches de Paris, Avignon et d'ailleurs. Sur scène, par petit écran interposé, puis au cinéma. De sa troupe, elle est la seule, avec Jean-Paul Rouve, a être parvenue à exister en solo, dans des registres variés. Qui aurait pu prévoir que cette fille aux allures de gamine un peu demeurée, membre d'un collectif au nom impossible - The Royal Imperial Green Rabbit Company - allait devenir une vedette du cinéma français? A part Pierre Perret...? Le nom du groupe de comédiens n'étant pas très prononçable par les animateurs sexagénaires de la télévision hexagonale, ils devinrent Les Robins des Bois, parrainés par l'un des Nuls. Improvisations et parodies, débilités et nullités, en firent un succès culte d'abord sur le câble puis sur Canal +. Car ne vous y trompez pas : elle y joue les abruties, les potiches, les naïves, les "blondes", mais elle ne se résume pas à ces sketches scato, sados ou gores... Sophie Pétoncule, "foun de" Hélène ségara, femme de chambre espagnole, candidate de jeu, trophée empaillé, norvégienne incompréhensible ou présentatrice de "Je fais ce que je veux et je vous emmerde" (ce qui est la meilleure synthèse de tout ce que nous pourrons écrire sur elle), elle goûte à tout, d'autant plus qu'elle était la reine du rubik's cube. Voilà pour la partie scolaire de son CV.

Entre Casque Bleu (Jugnot) et Trafic d'influence (Farrugia), elle expérimente, joue de cette tonalité vocale, mélange de rapidité helvétique et de gargarismes infantiles, explore son jeu décalé, rendant plus déjanté une apparente normalité. Elle est dans le biaisage, prenant tout au second degré, ou, mieux, mettant en avant les arrières pensées. Sincère malgré elle, piégée par une franchise involontaire, elle triomphe dans La Cape et l'Epée, pastiche de Rois Maudits et autres aventures de la Table Ronde, aussi absurde que "montypythonnesque". Le cinéma s'intéresse doucement à elle. Courts métrages, apparitions. Puis le rôle féminin d'une comédie catastrophe, La Tour Montparnasse infernale. 2 millions de spectateurs. Encadrée par des stars télé made in Canal +, elle pourrait se laisser enfermée dans ce cinéma si pauvre, transfuge télévisuel pour financements faciles. Elle incarne Sucettalanis dans l'Astérix de Chabat. Canal again. Elle n'est qu'un faire valoir?
Son sens de la dérision, son aptitude au dramatique, entre rôles lunatiques et personnage lunaire, vont séduire le culte cinéaste de courts, Claude Duty, qui la transforme en Fille perdue, cheveux gras. Elle sort ainsi de sa cage canalienne. Et commence à se glisser dans sa propre peau. Quitte, là encore, à s'emprisonner dans une image fausse. On la choisirait pour faire du Marina Foïs? Le souci pour elle, c'est que cela fonctionne parfaitement. Ré-édition avec Duty dans Bienvenue au Gîte, aimable comédie où elle dévore tous ses partenaires. Puis elle devient Guy, à ne pas confondre avec Pierre, dans RRRrrrr!, tentative filmique de l'humour des Robins, avec comme grand père Rochefort, comme papa Depardieu, et comme frère Rouve. Là encore, rien d'étonnant : les deux comédiens sont les seuls à avoir été nommés aux Césars, à date. Les seuls à poursuivre une carrière éloignée de leurs racines. Mais pour revenir à RRRrrrr!, le film lui permet de rejouer avec les cheveux gras et de mettre un terme à sa caricature.

Et tout arrive à qui sait attendre : l'année qui suit, elle enchaîne une participation dramatique dans A Boire (en femme qui plaque Edouard Baer), un second rôle peu sympathique dans Un petit jeu sans conséquence (en manipulatrice amoureuse) et surtout en célibataire comique et romantique dans J'me sens pas belle. Elle cherche un coup , multiplie les coups tordus, et se retrouve avec des croissants le matin. Jolie comédie qui remporte un succès inattendu. Marina Foïs existe pour son seul talent. Elle revient sur les planches et se fout à poil dans une pièce trash et drôle, où elle joue les méchantes égoïstes. Entre temps elle aura fait un enfant, et sera filmée par son compagnon dans le nouvel essai de Kad et Olivier.
Il ne lui reste plus qu'à trouver un rôle à sa mesure. Pas sûr que producteurs et réalisateurs n'aient assez d'imagination pour lui proposer un projet qui la sortirait de cette image de ravissante idiote.

vincy


 
 
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