Luis Bunuel ressurgit. Belle de Jour et six autres de ses films, dont Le journal d'une femme de Chambre avec Jeanne Moreau, ressortent en salles. De quoi redécouvrir le maître de la liberté et du désir...



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LE REALISATEUR CONTRARIE





Mathieu Amalric fait ses débuts au cinéma par hasard : un ami de la famille, le réalisateur géorgien Otar Iosseliani, est alors à la recherche d'un adolescent pour son film Les Favoris de la lune. Dès cette première expérience cinématographique, le jeune Mathieu s'intéresse davantage au travail de réalisateur qu'à celui d'acteur qu'il juge alors "pas terrible". Fasciné par le cinéma, il abandonne ses études en hypokhâgne pour fréquenter assidûment la Cinémathèque. Il regarde alors un maximum de films sur lesquels il rédige des critiques qu'il garde pour lui. Dès cette période, il est passionné par des auteurs tels que Bergman et Polanski ou encore Louis Malle dont il a adoré Le Feu follet.
Parallèlement, il prend des cours de japonais afin de faire plaisir à sa mère et prépare l'Idhec. Recalé, il décide de réaliser un court-métrage en super-8 avec des amis.
Il enchaîne ensuite les petits boulots, de peintre en bâtiment à vendeur au rayon " vie pratique " de la Fnac, en passant, bien sûr, par la figuration. C'est d'ailleurs en étant figurant sur Aria de Robert Altman qu'il fait une rencontre très utile : l'assistant d'Altman. Ce dernier, quelques temps plus tard, devient l'assistant de Louis Malle sur Au revoir les enfants et lui propose un stage de réalisation.
Après cette première expérience technique, il s'essaie à tous les postes d'une équipe de tournage : assistant réalisateur, assistant monteur, régisseur. C'est ainsi qu'il travaille sur les films de Danièle Dubroux, Romain Goupil, Joao Cesar Monteiro.

Il réalise également son véritable premier court-métrage, Sans rire, l'histoire d'un vieux clown qui retourne dans le quartier de sa jeunesse et qui n'y retrouve plus l'atmosphère d'autrefois. Le film est sélectionné au festival Premiers Plans d'Angers, où il sympathise avec Arnaud Desplechin, venu présenter sa Vie des morts.
C'est dans La Sentinelle, de son nouvel ami Desplechin, que Mathieu Amalric fait de nouveau l'acteur. La même année, il tourne pour Danièle Dubroux et incarne l'apprenti séducteur tordant et volubile du Journal du séducteur.

Avec Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Mathieu Amalric tient pour la première fois le rôle principal, celui du fameux Paul Dédalus. Ce rôle est emblématique des personnages qu' il incarne. Pas loin de Luchini, intello parisien typique, chez lui le verbe et le doute sont omniprésents : il parle beaucoup, s'interroge, prône des certitudes puis doute, se contredit. Il représente finalement parfaitement une certaine tendance du cinéma français : le cérébral introspectif.

Selon lui, il n'est pas un bon acteur, contrairement à Jeanne Balibar, sa compagne, dont il loue la liberté de jeu. Même s'il est flatté que des réalisateurs comme Assayas ou Desplechin fassent appel à lui pour incarner leur double à l'écran, il se trouve souvent gauche et très proche de ce qu'il est dans la vie.

Bien qu'il soit parvenu à réaliser son très beau long métrage (Mange ta soupe, une histoire de famille intellectuelle et malhabile avec les sentiments), il ne réussit pas à se consacrer totalement à la réalisation et à abandonner le travail de comédien qu'il dit exercer par imposture. Après Alice et Martin d'André Téchiné, il était décidé à refuser tout nouveau rôle pour pouvoir commencer à écrire sur son prochain film. Mais Olivier Assayas lui propose de jouer dans Fin août, début septembre, ce qu'il ne peut s'empêcher d'accepter. Toujours cette famille héritière de la Nouvelle Vague dont il n'arrive pas à se détacher...

Ce dilemme entre jeu et réalisation semble être parfaitement décrit par la voix off de Comment je me suis disputé : "Comme Paul s'est retrouvé à enseigner sans l'avoir voulu, il désire quitter ce travail provisoire depuis déjà deux ans, mais il n'y arrive pas. Ainsi, il vit une moitié de vie en attendant de commencer ce qu'il serait bien en peine de nommer, sans doute, sa vie d'homme. Comme Paul, Mathieu Amalric s'est retrouvé acteur sans l'avoir voulu et il désire en vain abandonner ce travail provisoire depuis seize ans déjà pour commencer sa véritable vie de cinéaste.

On ne sait pas s'il va arrêter de jouer pour les autres mais en tous les cas, son nouveau long-métrage en tant que réalisateur, Le stade de Wimbledon avec Jeanne Balibar et Adriana Cesti raconte l'histoire d'une jeune femme qui est obsédée par un intellectuel italien qui est mort sans n'avoir jamais rien publié. Sa plus grande peur? Ce film est tiré d'un roman de Daniele del Giudice et, dixit Mathieu Amalric, "est un truc sur les freins". Vaste programme ! A quand l'accélérateur?

laurence


 
 
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