Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 21


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 0

 
Ema


/ 2019

02.09.2020
 



GANG OF WITCHES





«- Tu sais ce que t’es ? Une gamine mal élevée.»

Pablo Larrain est à une intersection. Il y a son parcours chilien, auquel il revient. Et il y a ce portrait de femme souhaitant se libérer de l’(op)pression, prolongement de Jackie. Ici, Ema est une danseuse, qui vit fusionnellement avec son chorégraphe. Elle est la muse. Il est le pygmalion. C’est une histoire d’emprise. Arrivée à un cap, elle culpabilise de ses choix : l’abandon de son fils, sacrifié pour son art et son amour. « La trahison d’une mère, c’est inhumain».

Ema est le récit de cette passion névrotique. Le cinéaste poursuit dans son amour des récits morcelés, son esthétique terne et réaliste, son montage nerveux. On est dans un réel qui file à toute vitesse.

Le film repose surtout sur le talent de ses comédiens. Car le scénario, relativement énigmatique au début, plutôt banal durant une grande partie de son deuxième tiers, n’a pas la force des précédents films de Larrain. Malgré les drames, la justesse des sentiments et le désastre intime, le film s’imprègne sans doute un peu trop de la toxicité du couple et des atermoiements d’Ema. Il faut dire que le destin n’est pas tendre avec elle.

Pourtant cette histoire de libération nous touche. Les artistes sont écrasés par un système. Les individus sont broyés par les règles de la société. La vie, fluctuante, cherche à contourner ces rigidités et ces jugements. Il faut attendre le dénouement du récit pour s’accrocher de nouveau au film. Deux couples - des adultes engoncés qui se libèrent de leurs carcans – et un enfant comme lien qui renforce. Attirances et perversités, frustrations et colères, injustices et pardons se mêlent pour parvenir à une « morale » généreuse et altruiste, sans forcer.

Car ce qui est sans doute beau chez Ema, c’est la dose d’amour qu’elle a à donner, et le peu qu’elle reçoit en échange. L’émancipation de chacun anéantit le narcissisme de tous. On peut regretter le manque de rythmes, la surdose de névroses. On peut se laisser happer par les scènes de danse et de sexe, admirablement filmées. C’est à la fois vain et dense, brouillon et beau.

De cette femme dysfonctionnelle, Pablo Larrain réussit quand même à nous amener en territoire inconnu et trouble, dans une famille non pas recomposée, mais iconoclaste. Le chemin aura été ardu, pour elle comme pour le spectateur, mais la fin aura justifié toutes les maladresses. Il en reste alors une poésie sereine et apaisante.
 
vincy

 
 
 
 

haut