Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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La reine des neiges 2 (Frozen II)


/ 2019

20.11.2019
 



SISTERS PACTE





« Quand les esprits de la nature sont en colère, ça se termine rarement bien. »

Autant le dire tout de suite : La Reine des neiges 2 est sans aucun doute l’un des films les plus attendus de l’année. Pour les hordes de fans du premier film – il y eut ce qu’on appelle un phénomène mondial – et pour Disney qui compte bien assommer la concurrence avec ce blockbuster forgé avec précision pour être redoutablement efficace.

Les jeunes spectateurs vont être libérés et délivrés : ce deuxième opus parvient à remplir son contrat du début à la fin. Il s’agit d’une vraie suite, soit un récit qui s’enchaîne chronologiquement et psychologiquement au premier film. On y retrouve une myriade de chansons (chacun a la sienne, même le renne Sven, dans un duo avec Kristoff parodiant les clips des love songs pop-rock à la Bryan Adams). Il y a ce qu’il faut d’action (parfaitement réalisée), d’émotions (pour les plus sensibles) et de burlesque (essentiellement grâce à Olaf, le bonhomme de neige, qui fera rire les plus petits). L’humour est aussi assez présent avec quelques running-gags. Les enjeux sont assez dramatiques pour nous captiver du début à la fin.

Finalement, il ne manque qu’une seule chose à cette belle mécanique : une forme de naturel, ce petit je-ne-sais-quoi qui lui donnerait un charme fou. Mais, passé cette exigence, il n’y a pas grand chose d’autre à lui reprocher. Le scénario est bien cousu, les personnages bien ciselés, les chansons bien foutues et l’esthétique nordique bien reconstituée.

Dans un autre monde

Elsa et Anna ont grandit. Elsa règne sur son royaume. Anna profite de sa jeunesse. Mais les éléments se déchainent. La terre tremble, le feu disparaît, le vent souffle fort… Alors que ces dérèglements naturels feraient hurler Greta d’un bon « How Dare You ? », les deux sœurs vont en fait être contraintes d’explorer un territoire inconnu et un passé qu’elles ignoraient. Une voix appelle Elsa, qui en profite pour chanter la très lyrique « Dans un autre monde » (belle réussite musicale qui rentre bien dans les têtes) et lancer l’aventure.

Car au-delà d’une allégorie aux bouleversements climatiques, les scénaristes ont également imaginé une ode aux peuples autochtones (versus les conquérants-exploiteurs-dévastateurs). Non seulement il ne faut pas fâcher la nature (avec un barrage par exemple qui détruirait l’écosystème) mais en plus il faut respecter ceux qui ont un autre mode de vie (et un autre rapport à la nature).

Autant dire que Disney a bien senti l’air du temps. Avec ces deux sœurs fusionnelles et complices – la blonde et la rousse, la célibataire dominante et la fiancée indépendante – le studio s’offre en supplément de girl power. Elsa peut vivre sans prince charmant. Anna en a bien un, mais on ne peut pas dire que ses déclarations d’amour soient très adroites. Les hommes sont des soutiens, des défenseurs, mais surtout ils ne sont que des seconds-rôles. En revanche, les femmes ont le beau rôle. Il est loin le temps où elles étaient sauvées par un bellâtre. Désormais, elle mène non seulement leur destin à leur guise, mais en plus elles jouent les leaders de peuples.

Je te cherche

En plus de tout cela, La Reine des Neiges 2 s’offre à certains moments, entre deux séquences très Disney (avec de mignonnes créatures ou des chansons à voix de tête), de belles scènes visuelles. Celles qui justifient le recours à l’animation pour filmer une histoire de contes et légendes presque « fantasy » (qui rime ici avec ecstasy tant certains délires vont loin). Les dons magiques d’Elsa contribuent souvent à cet émerveillement surgelé. La plus saisissante reste celle où elle affronte seule la mère sombre, froide et déchaînée à la manière d’une surfeuse se lançant à l’assaut de « la » vague. De la plage à l’île mystérieuse, avec la plus belle chanson du film (« Je te cherche »), la magie opère dans un rythme assez effréné et s’autorise même quelques clins d’œil amusants à l’épisode originel. Aussi psychédélique que psychanalytique.

En ne multipliant pas les personnages secondaires, en se recentrant sur les deux sœurs, en se focalisant sur une belle intrigue à la fois familiale et universelle, La Reine des neiges 2 évite tous les écueils habituels d’une suite. Bien sûr, il s’agit d’un film américain, avec ses codes (dont la répétition d’un message qui a son importance, de peut qu’on ne le retienne pas : « l’eau a de la mémoire ») et ses invraisemblances hollywoodiennes (elles sont toujours impeccables côté brushing et maquillage même après quelques jours de périple et pas mal de bains d’eau froide dans les fjords, océans et rivières).

En remontant aux racines des deux reines-héroïnes-métisses, La Reine des neiges 2 est ancré dans une modernité qui obsolète pas mal de Disney d’antan. « C’est de nos peurs qu’il faut se méfier » rappelle le film. Ne pas se sentir coupables des crimes de nos anciens, mais savoir les réparer. C’est finalement un film très politique qui s’adresse à la nouvelle génération. Nous avons le devoir d’être responsables pour l’avenir, sans répéter les erreurs du passé.
 
vincy

 
 
 
 

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