Viendra le feu a reçu le prix du jury Un certain regard. Le film d'Oliver Laxe laisse au spectateur toute liberté de se projeter dans le film pour y lire son propre rapport à la nature et ses propres obsessions face à la déliquescence du monde.



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Les Baronnes (The Kitchen)


USA / 2018

21.08.2019
 



WOMEN DO IT BETTER





« Je ne me suis jamais sentie en sécurité. Aucune femme ne s’est jamais sentie en sécurité. Maintenant, si. »

Après avoir écrits les scénarios du World Trade Center d’Oliver Stone et Straight Outta Compton de F. Gary Gray, Andrea Berloff passe pour la première fois à la réalisation d’un long métrage. L’occasion pour elle d’adapter un comic book particulièrement féministe : The Kitchen d’Ollie Masters et Ming Doyle.

Les femmes au pouvoir

A la fin des années 1970, dans l’infernal quartier new-yorkais de Hell’s Kitchen, la mafia irlandaise mène la vie dure au FBI. Mais lorsque le Bureau parvient à faire emprisonner trois gangsters, les épouses de ceux-ci, trop longtemps évincées des affaires du quartier, décident de reprendre la main quitte à changer un peu les règles du jeu pour fédérer davantage et à multiplier leurs ennemis au passage.

Bien que le terme suscite à tort des controverses ces jours-ci, Les Baronnes est un film profondément féministe. Pendant les 102 minutes de son premier long métrage, Andrea Berloff illumine trois personnages féminins particulièrement différents. Il y a tout d’abord Kathy Brennan (Melissa McCarthy), catholique pieuse et mère de deux enfants particulièrement amoureuse de son mari. Vient ensuite Ruby O’Carroll (Tiffany Haddish), jeune Noire américaine loin d’être appréciée par sa belle-mère et utilisée comme la caution « diversité » de son mari. Et enfin, il y a Claire Walsh (Elisabeth Moss), femme battue fermement décidée à reprendre sa vie en main.

Bien que respectant un certain stéréotype de la femme au foyer de l’époque, chacun de ces personnages a ici droit à son moment de gloire, qu’il soit ou non lié à une forme de vengeance sur ceux qui les ont trop souvent humiliées : les hommes. Et c’est sans doute-là qu’une bonne partie de nos confrères mettront le holà : Les Baronnes enchaîne les clichés mais s’avère plus divertissant que bon nombre de films sur des braqueurs masculins !

Plus encore, on ne saurait passer outre le talent indéniable de ces actrices principales. Trop longtemps cantonnée à des buddy movies, Melissa McCarthy rappelle qu’elle maîtrise les scènes dramatiques comme personne. Tiffany Haddish réussit l’exploit de transposer son groove urbain jusque dans les années 1970 tandis qu’Elisabeth Moss, extrêmement fragile, nous fait activement participer à son besoin de revanche.

Portraits d’hommes affligés

En parallèle d’une marre de sang qui a de quoi de faire sourire (voire carrément rire), Les Baronnes s’intéresse à montrer les failles d’un système patriarcal où la femme n’est appréciée à sa juste valeur que quand elle est la matriarcale d’un clan et non une simple épouse. Grâce aux trois mari emprisonnés incarnés par Brian D’Arcy James, James Badge Dale et Jeremy Robb, Andrea Berloff s’amuse des travers d’une masculinité qui n’est pas encore toxique mais avant tout hypocrite.

Et bien que le final semble un peu tiré par les cheveux à bien des égards, on apprécie fortement que la cinéaste soit ici restée fidèle à son idée de base : montrer que des femmes peuvent faire le boulot, souvent mieux que les hommes. Car si ces derniers reconnaissent le besoin d’épanouissement du genre féminin, ils ne sont toujours pas prêts à accepter l’idée que celui-ci les remplace. A la fin de notre décennie et dans ce monde post-#MeToo, Les Baronnes semble particulièrement d’actualité.

C’est dès lors une chance que le personnage de Gabriel O’Malley (Domnhall Gleeson) vienne sauver les meubles. Au moment où Claire s’apprête à être violée, il vole à son secours avant de lui donner les clés qu’il lui manquait pour assurer pleinement sa propre sécurité. A la fois ange gardien et mentor, le personnage ravira tous les amateurs de drame romantique.

Drôle et couillu, Les Baronnes est sans l’ombre d’un doute le thriller le plus divertissant qu’il nous ait été donné à voir cet été.
 
wyzman

 
 
 
 

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