Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
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Chambre 212
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Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
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Papicha
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Le Roi Lion
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Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
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Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
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Playmobil, le film
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Roubaix, une lumière
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De sable et de feu
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Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
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Gemini Man






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Yuli


Espagne / 2018

17.07.2019
 



DIAMANT NOIR





« Tu aimes tortiller du cul ? »

Iciar Bollain et son compagnon-scénariste Paul Laverty (collaborateur de Ken Loach) n’allaient évidemment pas faire un film biographique comme les autres. En se penchant sur la vie du célèbre danseur, toujours vivant et en activité, Carlos Acosta, ils reprennent la règle du récit chronologique, mais détournent les codes de la narration en mêlant à la fois une chronique politico-sociale du Cuba castriste, un portrait psychologique d’un prodige de la danse (malgré lui) et un hymne à l’art chorégraphique.

Yuli, surnom du danseur, est autant une enfance cubaine que des souvenirs de jeunesse, le tableau d’un pays pétri de blessures et de contradictions que le portrait de descendants d’esclave méprisés.

Dès le générique, Iciar Ballain met en mouvement son histoire : la ville est un ballet en soi. Car c’est bien une marche en avant un peu forcée qui va être filmée. Un jeune garçon, indiscipliné, qui rêve de football, va être inscrit à une école de danse par son père, personnage le plus complexe entre autorité violente et rêves d’émancipation. Son fils a un don et son fils s’en fout.

« Papa je peux pas être danseur. Je veux être normal. »

Toute la dramaturgie repose sur cette dualité entre père et fils, dont la racine est la colère. Un père qui s’obstine pour offrir une vie meilleure à sa progéniture. Une preuve d’amour souvent contrariée par sa tyrannie. Un fils, un peu voyou, qui comprend tardivement la chance qui lui est donnée. Jusqu’à accepter son destin, qui sera « royal ».

Yuli est sans doute trop riche par certains moments. A explorer les luttes de classes, le racisme latent, l’utopie communiste qui a échoué, tout en racontant le parcours d’un gamin noir, né dans la misère, qui va être propulser sur les plus grandes scènes du monde en jouant les plus beaux rôles du répertoire, le film est parfois inégal, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer le reste de la famille (une mère dépressive, une sœur schizophrène). Mais sa puissance et sa sensualité, avec ses deux personnages aussi virils que vulnérables, amènent une tonalité plus intime, plus singulière.

C’est bizarrement un parcours davantage semé d’erreurs que d’embûches que l’histoire nous raconte. Ce Cendrillon au masculin, où le prince charmant n’est autre que la danse, prend toute sa dimension en déviant du récit traditionnel. Plutôt que de nous filmer les étapes de sa vie (même si c’est le cas), tout en offrant des décors symboliques à son propos, Iciar Bollain fait respirer son œuvre avec des numéros chorégraphiques (en intégralité) qui servent d’allégorie et traduisent les sentiments et certains moments de sa vie. Que ce soient ses douleurs ou sa gloire.

« je t’ai dit de couper le cordon. Je te dis de nous oublier. Et toi tu aimes cette porcherie ? »

Ces « ballets » contemporains sont captivants. Aux trois acteurs qui incarnent Yuli (Carlos Acosta en personne, Keyvin Martinez et le très jeune Edilson Manuel Olbera Nunez), il fait ajouter le danseur Mario Sergio Elias qui interprète Acosta dans cette partie biographique dansée. La démultiplication des incarnations d’un seul homme sert finalement le film, qui cherche une manière de mettre en lumière toutes les facettes d’un homme, né dans un Cuba communiste, en révolte contre l’impérialisme et l’esclavage.

Iciar Bollain a eu raison de déployer toutes ces performances dansées pour filmer l’envol du jeune homme, en lui permettant de déployer toutes ses ailes.

Il y a bien sûr quelques ellipses brutales, un montage parfois incertain. Mais ce film n’a rien d’un éloge classique. Yuli est une œuvre passionnelle, d’amour et de haine, d’adoration et de rejet. Le seul fil conducteur est finalement la solitude d’Acosta, et son attachement à Cuba. Pour le reste, il a été sauvé par l’instinct du père, à qui il veut pardonner, et le flair d’une professeure, à qui il doit beaucoup. La fin justifie-t-elle tous les sacrifices ? Une famille disloquée contre le statut d’icône dans son pays ?

Son destin lui a échappé. On ressent le poids sur ses épaules. Tout le monde a décidé à sa place, mais où est sa place ? Pourtant la seule chose dont il est maître, c’est son art. On comprend l’intérêt de Bollain et Laverty : un diamant trouvé dans la boue, qui garde sa pureté originelle, un joyau artistique, avec la culture comme échappatoire à la misère, un homme qui aura réussi à faire oublier sa couleur de peau, ses origines sociales tout en redistribuant ses richesses avec la transmission.

Pourtant, ce qu’on retiendra de Yuli c’est bien cette relation bouleversante et clivante entre le père et son enfant. On naît quelque part mais pas de n’importe qui.
 
vincy

 
 
 
 

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