Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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L'œuvre sans auteur (Never Look Away - Werk ohne Autor)


Allemagne / 2018

17.07.2019
 



LES MAUX DITS





Plus c'est long plus c'est bon ? L’œuvre sans auteur, accrochez-vous s'étend sur 3h08. Avec l'abandon de la pellicule (et le temps de leur mise en place), les outils numériques ont permis une réduction des coûts de journées de tournage : on filme davantage de séquences, plus vite et pour moins cher. Difficile parfois de ne pas en utiliser certaines dans le montage final...

Ces 188 minutes de Florian Henkel Von Donnersmark ne paraissent pourtant pas être les plus pesantes : le récit romanesque nous fait suivre une poignée de personnages durant une longue période depuis 1937 jusqu'en 1961, entre Allemagne nazie et Allemagne sous domination soviétique. On finit ému d'avoir partagé un bout de vie avec ces personnages.

Le réalisateur allemand de La vie des autres (une réussite indéniable) et de The Tourist (remake raté du film français Anthony Zimmer) est rare. Son film, ambitieux, revient à une thématique familière : une évocation de l'Histoire trouble de l'Allemagne. Cette fois il s'intéresse plus particulièrement à la génération qui a grandi durant la Seconde guerre mondiale, ceux dont les parents ont partagé l'idéologie nazie et ceux dont la famille en ont été victime.

L’œuvre sans auteur parle beaucoup d'art (la pratique, la recherche, la résonance personnelle...) avec en toile de fond l'oppression (la censure, les directives, la précarité...), et surtout l'art face à la douleur de l'intolérable. La créativité pour renaître.

Kurt, joué par l'Allemand Tom Schilling (La femme au tableau, Suite française, Oh Boy) et Ellie, incarnée par Paula Beer (Frantz, Le chant du loup) vivent le grand amour, sous la menace planante du terrible professeur Carl Seeband, interprété par Sebastian Koch (qui était l'artiste espionné dans La vie des autres, et qu'on a aussi vu dans Amen, Black Book, Die Hard 5, Le pont des espions, Danish Girl...). L'ensemble du casting est impeccable, le scénario joue avec des scènes romantiques et d'autres plus tragiques.

Les déchirures

C’est une épopée allemande tout autant qu’un spectacle romanesque, une ode à la création (forcément liée à la vie de l’auteur) tout autant qu’une critique de la culture fabriquée par le système (politique) et l’idéologie.

C’est l’histoire (vraie) de Gerhard Richter, l’un des plus grands plasticiens et artistes allemands d’après-guerre, si ce n’est la plus symbolique. Florian Henkel Von Donnersmark cherche à en faire une allégorie d’une Allemagne tourmentée, détruite par le mal, étouffée par la tyrannie. C’est parfois binaire mais c’est aussi majestueux. L’ampleur du film tient beaucoup à la vanité du cinéaste.

Le plus paradoxal est finalement la recette scénaristique employée, plus proche du film à suspens ou de l’enquête à la Agatha Christie – qui faisait déjà le succès de La vie des autres – où l’auteur énigmatique est « recherché » à travers des indices. Dans ce pays déchiré, au milieu de ces destins croisés, L’œuvre sans auteur aurait sans doute mérité moins de théâtralité, moins de bavardages, plus de jeu et de joies.

Film sur des maudits comme sur une sorte de malédiction globale, d’une froideur parfois trop appuyée, d’une longueur peut-être pas si justifiée, il prend toute sa dimension dans ses contradictions, celles de l’Allemagne, de ses personnages mais finalement celles de sa mise en scène. Le montage ne réussit jamais à s’imposer, comme si l’auteur ne réussissait pas à définir son œuvre.
 
kristofy, vincy

 
 
 
 

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