Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Yesterday


Royaume Uni / 2019

03.07.2019
 



LONG AND WINDING ROAD





«- C’est évident, t’es Mozart et je suis Salieri. »

Rien de neuf sous le soleil de Danny Boyle. Le cinéaste britannique s’offre une comédie musicale et romantique, écrite par un Richard Curtis (Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill, Bridget Jones, Love Actually) qui utilise ses recettes habituelles (jusqu’à un semblant de course-poursuite pour essayer de récupérer son amour).

Rien n’y manque : le dilemme entre ambition et amour, la recherche d’un équilibre personnel, la part de sacrifice nécessaire, le questionnement entre opportunisme et usurpation …

« Dites à la fille que vous aimez que vous l’aimez »

Avec un pitch plus que tentant (et si les Beatles n’avaient pas existé, leurs chansons ne restant dans la tête que de quelques personnes), Danny Boyle déroule ainsi un récit classique sur une Angleterre prolo du Suffolk et une industrie musicale bling-bling à Los Angeles. Cette dualité, ajoutée à la déchirure intime du personnage (quel chemin de vie choisir ?), tient lieu de moteur dramatique à l’histoire. Ça aurait pu être « une histoire minable qui s’arrête là » mais non.

Le talent de Curtis est de rendre ses héros modestes attachants. Certes, il ne renouvelle pas son cheptel. Le mâle n’est pas alpha mais sensible et idéaliste. La dulcinée est plus déterminée et les pieds sur terre. Autour, il y a les parents dépassés, les potes forcément moins beaux ou plus déjantés, … Si les ingrédients sont similaires, le style de Boyle, qui utilise quelques gimmicks de Trainspotting et Slumdog Millionaire, change la formule et file vers un final étonnement humble.

Ode aux Beatles tout autant qu’à l’Angleterre, le film ne s’embarrasse pas vraiment d’une critique sociale, préférant la satire moqueuse d’un milieu musical (qui aurait pu être celui du cinéma). A ce titre, la réunion des équipes marketing révèle bien la puissance du vide qui aliène tout discours créatif ou critique. Paradoxalement, Boyle ne cherche pas à s’opposer formellement à cette uniformisation et produit un film à la narration très classique.

« J’ai passé la moitié de ma vie à attendre que tu m’aimes »

On peut en effet regretter que Curtis et Boyle n’aillent pas plus loin dans leur délire. Car si, à cause d’un blackout mondial de 12 secondes les Beatles ont disparu, il en va de même du groupe Oasis (« logique »), des cigarettes (on tombe sur un village français), Harry Potter, du Coca Cola… les recherches sur Google servent de running-gag épisodique.

Une chose est certaine une fois le film terminé : le génie des Beatles est indiscutable. C’est ce que soutient Yesterday. Peu importe l’interprète, peu importe l’époque : leurs compositions surclassent toute la musique contemporaine (Ed Sheeran lui-même s’incline). Yesterday est une ballade filmée très « Beatles » d’ailleurs, avec ce qu’il faut de mélancolie, de légèreté, et de rythme.

Au moins le duo a apporté un soin particulier au choix des chansons, qui, comme dans toute bonne comédie musicale, sont utilisées à bon escient pour soutenir la narration, traduire des émotions, illustrer les questionnements personnels. Car les chansons des Beatles parlent de la vie, de l’amour, de nous. Cela donne au film une singularité bienvenue dans une romance convenue (on connaît la fin, on attend juste les moyens pour y parvenir).

« Un monde sans Beatles est un monde infiniment plus mauvais. »

Avec une dose d’excentricité, un humour pas avare, des comédiens impeccables dans leur rôle, Yesterday est un produit aussi déjà vu que réjouissant, qui manque de personnalité mais pas de style. On attendait une peu plus de frénésie, mais on s’amuse vraiment avec ces clins d’œil au groupe de Liverpool.

En proie au doute, le personnage de Jack, banal sous tous rapports va devoir choisir entre un amour d’enfance étouffé et une envie de gloire rêvée. Etre l’homme de sa vie à elle ou un produit de consommation de masse ?

Cela ne fait pas un grand film, ni la comédie romantique de l’époque. Mais Yesterday est un divertissement plaisant qui fonctionne de bout en bout. Nulle imposture ici, même si le pitch écrase un peu trop le film. S’il maîtrise toujours aussi bien l’art du scénario, Richard Curtis ne renouvelle pas assez le genre pour nous épater. D’autant que la morale finale, à l’image du film c’est à dire très binaire et surtout pas révolutionnaire, laisse un goût légèrement amer. Ce n’est pas l’accès gratuit au patrimoine musical qui fait une utopie (Boyle producteur n’en ferait pas autant avec ses films). Restons modeste, soyons joyeux, préférons notre place dans les classes inférieures (sans que les élites ne soient trop embêtées).

L’amour est-il si fort qu’il mérite de rester dans sa case et à son niveau ? All you neeed is love semble-t-il… Le bonheur c’est aussi simple qu’un titre de chanson.
 
vincy

 
 
 
 

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