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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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Les étendues imaginaires (A Land Imagined)


/ 2018

06.03.2019
 



SINGAPOUR BLUES





« C’est comme s’ils avaient disparu. Et personne ne les cherche. »

Les étendues imaginaires est de ces films qui contraignent l’esprit à lâcher prise. Peu importe si l’on finit par ne plus savoir distinguer le rêve de la réalité, ou le rêveur du rêvé. C’est même tout le principe de ce film noir envoûtant où tout le monde souffre d’insomnie, traversant la réalité comme dans un songe, et les songes comme une forme améliorée de la réalité.

Les deux personnages principaux, Lok le policier et Wang l’ouvrier, rêvent ainsi l’un de l’autre, et nous entraînent dans une intrigue aux reflets changeants, entre fond social appuyé et tonalité onirique confuse. Le film fait en effet l’état des lieux sans fard d’un territoire (Singapour) dont le dynamisme ostentatoire dissimule mal les failles béantes. Dans ce pays qui se bâtit non pas sur du vent, mais sur l’eau, à grands renforts de sable et d’ouvriers venus d’ailleurs, les « étendues imaginaires » sont à la fois ces parcelles de terre arrachées à la mer, et ces lieux mentaux où errent les individus livrés à eux-mêmes, en proie à l’impossibilité du repos, réel et symbolique. Le réalisateur nous emmène de l’autre côté du mirage économique de la région, dans les dortoirs surpeuplés (« Comment font-ils pour dormir ? » s’interroge Lok), les chantiers épuisants, les cybercafés emplis de solitude. Autant de décors fascinants pour ce polar insomniaque baigné par la lumière artificielle des néons.

Car esthétiquement, Les étendues imaginaires est une splendeur, avec ses larges plans ultra composés, ses lumières vertes et rouges, sa musique envoûtante, qui ajoutent à la fascination qu’exerce sur le spectateur un récit imbriqué et mouvant, sans cesse surprenant et singulier. On se délecte ainsi de chaque image, et surtout de l’ambiance sublimement désespérée des nuits sans fin qui se succèdent de manière de plus en plus floue. Cette complexité formelle est celle d'un cinéma de la sensation, voire de l'impression la plus fugace, qui ne cherche pas tant à raconter qu'à faire écho en nous. La mélancolie qui nimbe le récit est alors comme un signe de reconnaissance entre les personnages, et finit par contaminer lentement tout ce qui se passe à l'écran, et même au-delà.
 
MpM

 
 
 
 

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