Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Le mystère Henri Pick


France / 2019

06.03.2019
 



PIQUES ET CŒURS





« Les impostures littéraires finissent toujours par être dévoilées. »

Rémi Bezançon prolonge son envie de nous faire croire que la vie est belle. Même si Le Mystère Henri Pick est une adaptation d’un roman de David Foenkinos, le réalisateur retrouve ici des thèmes qui lui sont chers : le changement de vie, la famille, une quête de sens. Si bien que ce film, comme ses précédents, réussi à manier le « feel-good » si rare dans le cinéma français, la comédie, le mélodrame et l’enquête policière sans affaiblir un genre ou un autre.

Cette fois-ci, il y a pourtant une différence. Les personnages, toujours obsessionnels, sont matures. L’animateur – journaliste un brin cynique et vaniteux incarné par Fabrice Luchini, qui a récupéré sa bicyclette d’Alceste, est au croisement de sa vie : sa femme le plaque, sa productrice le vire, son milieu (littéraire) le chasse. Sa traque de la vérité le pousse au bout du monde (Crozon dans le Finistère), mais l’oblige aussi à changer. Imbus de lui-même, fort de sa puissance médiatique, il doit repartir de zéro, ou presque.

« Êtes-vous certaines que c’est votre mari qui a écrit ce roman ? »

Si la romance est moins aboutie d’un point de vue scénaristique avec la fille (Camille Cottin, décidément impeccable) du mystérieux Henri Pick, pizzaiolo breton qui aurait écrit un chef d’œuvre littéraire entre une Reine et une Napolitaine, avec une connaissance de Pouchkine digne des plus grands spécialistes, tous les autres aspects du film s’enchaînent avec fluidité, légèreté et drôlerie.

Cet hymne à la littérature – de la bibliothèque rurale aux archives de Gallimard, de l’importance de la Bibliothèque nationale de France à la parodie sérieuse d’une émission littéraire (qui est surclassée par le faux reportage de FR3 Bretagne), des coulisses de l’éditeur (Grasset ici) à la misère des jeunes écrivains – démontre qu’un manuscrit grandiose ne peut pas être refusé, qu’un écrivain génial ne peut pas être ignoré. Cela donne d’ailleurs la scène la plus jouissive du film, quand Luchini, dans un grand show improvisé dans un pavillon de province, lit une lettre médiocre d’Henri Pick à sa fille en la transformant en texte « à la Marguerite Duras ».

« Tu ne crois plus en rien. Tu ne vois plus la beauté des choses. »

Car il s’agit bien de jubilation. L’acteur amène la fébrilité et le tempo nécessaires pour transformer cette enquête « agatha christienne » enlevée et intrigante. Entouré d’une galerie de personnages – les parisiens ambitieux et les provinciaux tranquilles – il déjoue la prévisibilité parfois appuyée de certaines séquences (la musique anticipe parfois la révélation) grâce à des répliques cocasses qu’il savoure comme on se régale de mises en bouche.

Chez Foenkinos, il y a toujours cette envie de beauté et de décalage, ce besoin de faire sourire et cette aspiration à aimer. Le film n’échappe pas à son style, à l’instar de La délicatesse ou des Souvenirs, deux de ses romans déjà adaptés avec succès. Mais ici, Rémi Bezançon ajoute du mordant. La croisade devient incisive avec ce portrait de mecs abimés et largués, vivant les dernières heures de leurs histoires d’amour, à l’instar du titre du livre qui sert d’énigme, et les premiers jours du reste de leur vie, face à des femmes puissantes et déterminées qui dictent plus qu’elles ne subissent leur destin. La supercherie littéraire s’efface alors devant la mascarade du pouvoir masculin. Le mâle est obligé d’être malin et menteur pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire à trouver sa place dans un monde où ils sont en perte de vitesse.

« Depuis que tu sers la soupe à la télévision, tu es tout petit. Et pourtant on a un grand écran. »

Film sur la mystification, le jeu, le hasard et l’amour vont bouleverser les certitudes de chacun dans une société où le récit émotionnel est plus fort que la vérité, où l’argent et le marketing dominent l’authenticité.

Et comme toujours chez Foenkinos, les hommes seront chevaleresques, et tairont le secret d’Henri Pick pour le bonheur de ces femmes qu’ils aiment. Soumis à leur besoin d’être aimés, de ne pas être seuls, ils devront se résigner, sans se vanter. C’est sans aucun doute là que le réalisateur, avec élégance, inverse le code du romantisme. Le héros ne peut plus terrasser le dragon ou rapporter la chaussure de vair pour être flatté. Son égo doit se faire petit s’il veut conquérir le cœur de ces femmes fortes.
 
vincy

 
 
 
 

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