Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



5 est le numéro parfait
Abominable
Au bout du monde
Braquer Poitiers
Hors normes
L'âcre parfum des immortelles
Les charbons ardents
Les municipaux (mais pas trop)
Serendipity
Sorry We Missed You
Théâtre du radeau, triptyque



Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie
Chambre 212
Joker
Pour Sama
Shaun le mouton le film : la ferme contre-attaque



Once Upon a Time... in Hollywood
Roubaix, une lumière
La vie scolaire
Les hirondelles de Kaboul
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
La fameuse invasion des ours en Sicile
Nos défaites
Papicha
La bonne réputation
Maléfique 2: le pouvoir du mal
Martin Eden
Matthias & Maxime
Queens






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Marie Stuart, Reine d'Ecosse (Mary Queen of Scots)


/ 2018

27.02.2019
 



UNE AFFAIRE DE FEMMES





« L’Angleterre, c’est pas l’Ecosse ! »

Difficile sans doute de faire un film historique sur la cour britannique tant le cinéma et les séries TV ont épuisé le filon, d’Elisabeth avec la formidable Cate Blanchett aux Tudors, pour ne prendre que cette époque où les Stuart régnaient.

Marie Stuart, Reine d’Ecosse veut offrir un point de vue différent : celui de la francophile et catholique tête couronnée qui finira décapitée. Hélas, cette vision souffre d’infractions multiples. A commencer par la manipulation de faits qui renvoie le film à une fiction romanesque plus qu’une œuvre historique. Le tempérament et les actes des personnages sont faussés par le scénario, omettant des traits de caractère et des liens complexes qui auraient changer notre perception sur l’époque et ses intrigants.

Le scénario est aussi coupable de vouloir installer un duel à distance entre la britannique et protestante Elisabeth et sa cousine écossaise. Ce n’est pas tant la rivalité qui est remise en cause – d’autant que l’une ordonnera la condamnation de l’autre – mais la mise en place d’un duel qui finalement n’a jamais lieu. Et quand bien même, le film inventerait une rencontre entre les deux Reines, celle-ci n’a jamais eu lieu. Cependant, ce combat n’existe finalement jamais malgré la forte personnalité des deux chefs d’Etat (et l’incarnation par Saoirse Ronan, qui étrangement ressemble à Cate Blanchett au début du film, et Margot Robbie). La faute à l’écriture même du récit qui a tendance à déclasser la reine d’Angleterre, tantôt alitée par la maladie, tantôt distraite par ses passions ou obsessions.

L'étude du genre sauve l'ensemble

Si bien qu’il ne reste qu’à suivre l’ambition, l’(ascension, la destitution et la désillusion de Marie. Soit. Saoirse Ronan a les épaules. Elle est entourée d’une bonne galerie de personnages. Les années 1560 sont riches en trahisons et manigances. Mais on se désintéresse vite des événements. Josie Rourke a voulu donner une tonalité moderne – avec un colporteur de fake news, une servante asiatique, un ambassadeur noir, des gays et un roi bisexuel, etc… - cela sonne étonnement toc. Au contraire, ces anachronismes enlèvent à ce scénario qui déforme l’Histoire toute authenticité.

A vouloir mêler portrait intime d’une Reine qui va déchoir et stratagèmes politiques pour savoir qui aura le trône, on ne se focalise ni sur l’un ni sur l’autre. Au mieux, on s’amuse de l’ironie de cette ligne royale où Elisabeth gagne le match jusqu’à sa mort, succédée par le fils de sa rivale. Bizarrement, Marie devient assez vite inintéressante, et le film ne semble pas lui rendre un vibrant hommage tant elle est dépeinte comme impitoyable, paranoïaque, inconstante et pas forcément brillante.

« Vos dons sont votre perte »

Cependant, tout n’est pas à jeter par les meurtrières. Marie Stuart, Reine d’Ecosse explore le genre et le féminin. C’est avant tout un film dans l’air du temps, avec deux femmes puissantes dans un monde de mâles castrés et revanchards. Elisabeth se définit d’ailleurs comme un homme, sans enfant et sans époux. Marie, par ailleurs gay-friendly, s’affirme en chef de meute et n’utilise son époux que comme étalon reproducteur. Finalement, la sexualité des unes et des autres s’avère l’aspect e plus intéressant, retournant les stéréotypes des films du genre. La haine des femmes (et des homos- qui transparaît chez certains – cocus, hypocrites, misogynes et sexistes – révèle bien l’intention de la cinéaste : faire une œuvre anti Tudors (le roi comme la série). Le summum est atteint quand Marie confie à Elisabeth vouloir que son « enfant ait deux mères ». C’est évidemment osé, mais c’est ce qui donne du relief à cette reconstitution au montage effroyable.

Pour le reste la dramaturgie, la musique et la mise en scène ne réussissent jamais à nous amener vers une émotion particulière. Les mœurs sanglantes et les esprits noirs sont déjà vus. Seule la sororité royale était prometteuse. La vierge et la putain, pourrait-on résumer en écoutant les colporteurs de rumeurs de l’époque. Il faut plutôt y voir une Reine qui manie l’art de ne rien faire, de lasser faire, sûre de sa puissance, à une autre qui se débat, qui veut tout contrôler, et qui s’enlise dans les sables mouvants de ses gesticulations immatures. Le film finalement lui ressemble, malheureusement.

Finalement, on peut toujours (re)voir la Marie Stuart de John Ford (Katharine Hepburn) ou de Charles Jarrrott (Vanessa Redgrave).
 
vincy

 
 
 
 

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