Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Alita: Battle Angel


USA / 2019

13.02.2019
 



I, ROBOT





I don’t know who am I

Le titre Alita: Battle Angel est là pour vous indiquer ce qu’est Alita, c’est à la fois une sorte d’ange et une sorte de guerrière. La toute première scène du film montre d’ailleurs ce qu’elle est réellement : Alita est un morceau de cyborg dans une décharge trouvé par Ido, qui, justement, répare des robots… Les fans de manga en savent beaucoup plus pour avoir lu les aventures dessinées de Gunnm par Yukito Kishiro et avoir déjà vu leur adaptation en film d’animation. Alita: Battle Angel est justement la version cinéma annoncée et attendue depuis une dizaine d’années, préparée par James Cameron puis réalisée par Robert Rodriguez. Et c’est le gros blockbuster futuriste de ce début 2019 qui débarque au cinéma en version 2D, 3D, IMAX… pour nos grands yeux.

She is the last of her kind

Les mangas japonais en plusieurs volumes sont une mine d’or pour le grand écran : les cases dessinées sont déjà en soi un storyboard. Mais il faut juste la bon tour de magie pour mettre tout ça en mouvements. Les japonais ont toujours eu une longueur d’avance dans ce domaine avec les films d’animation de Akira de Katsuhiro Ôtomo (1988), Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (1995), Blood: The last vampire de Hiroyuki Kitakubo (2001), Appleseed de Shinji Aramaki (2004), Death note en série par Tetsurō Araki (2006)… Et aussi en prises de vues réelles avec des acteurs en chair en os : Shūsuke Kaneko réalise Death Note en 2 films, Shinsuke Satō tourne lui les adaptations de I Am a Hero et de Inuyashiki (d’ailleurs tout deux exceptionnels mais inédits en France), Bleach à venir…
Une mine d’or qui bien entendu intéresse à retardement les studios d’Hollywood, avec deux options : rester le plus possible fidèle à l’original en gardant ses spécificités asiatiques (et sa violence graphique) comme par exemple Blood: The last vampire par Chris Nahon (2009) mais avec un succès limité, ou viser un large grand public en gommant les aspérités (moins de dialogues introspectifs) quitte à travestir l’original comme en 2017 Ghost in the Shell avec Scarlett Johansson ou le Death Note de Adam Wingard (sur Netflix).
C’est aussi le cas donc du manga Gunnm. L’adaptation est laissée de côté un temps à cause de la production de son Avatar et de ses suites à venir, Cameron reste producteur et le scénario est repris par Robert Rodriguez pour le réaliser (en parallèle Neil Blomkamp s’inspire aussi de Gunnm pour son Elysium avec Matt Damon, et sa lutte des classes verticale). Le défi du duo Cameron/Rodriguez est donc de rester le plus possible fidèle à l’original et de viser un large grand public (dont les adolescents), un grand écart pas facile à maintenir. Le manga compte 9 volumes, la version animée transpose surtout les 2 premiers volumes, et ce film fait de même avec en plus des éléments des 2 volumes suivants incorporés dans un autre ordre pour ajouter plus de séquences d’action (les combats du motorball en particulier).

« You are someone very special, not just a teenage girl »

L’héroïne que l’on connaissait avec le prénom Gally a ici son prénom américain de Alita, et on retrouve avec un véritable émerveillement tout l’univers dessiné: les humains sont incarnés par des acteurs bien choisis, les divers robots sont perfectionnés, les décors sont vastes et remplis de détails. L’univers cyberpunk connoté asiatique est transposé dans un décorum un peu latino-mexicain : Alita devient amie avec un jeune garçon Hugo qui porte le bandana sur la tête comme un Robert Rodriguez junior, une grosse bagarre dans un bar malfamé nous rappelle le souvenir de son cultissime Une nuit en enfer. En fait presque tout de Gunnm est dans le film.
Le personnage de Alita en particulier, évidemment, va faire le succès du film : jamais cyborg n’a semblé aussi humain. Miracle du motion-capture, le visage de l’actrice Rosa Salazar s’efface pour prendre l’apparence de Alita avec des grands yeux (comme dans le dessin-animé), et le cyborg fait de métal s’éveille avec une apparence de femme-enfant. La dernière fois qu’on avait été irrésistiblement séduit par une sorte d’humanoïde découvrant la violence humaine c’était avec Le cinquième élément Leeloo de Luc Besson et ses yeux qui brillent, ses coups de pieds qui voltigent et une même innocence. Alita est prête à se battre furieusement pour aider ceux qu’elle aime.
Le morceau de cyborg trouvé dans la ville-décharge de Iron City est donc tombé de la luxuriante cité de Zalem en altitude dans les nuages : au 26ème siècle le monde des riches (dont on ne verra rien) est en haut, et les pauvres sont en bas avec impossibilité de monter, il y a des chasseurs de prime et du trafic de pièces de robot. On découvre tout cet univers futuriste en même temps que Alita. Ainsi tout le début du film est quasiment recopié sur la version animée, avec la ‘renaissance’ de Alita amnésique qui a oublié qui elle est et qui va se redécouvrir au fur et à mesure. La première heure du film prend ainsi le temps de faire évoluer Alita comme une presque-adolescente qui s’affranchit des règles imposées. Dans sa seconde heure, le film opère un virage beaucoup plus divertissant avec complots et combats, et aussi l’affirmation de soi.

I’m just an insignificant girl

Dans le film, Alita cherche seulement à retrouver la mémoire. Il n’y a aucun vrai questionnement introspectif sur la différence entre cyborg et humain. La grande qualité du film est aussi l’un de ses défauts : Alita semble beaucoup trop humaine (même super-humaine avec des formidables capacités de combat), au point d’en oublier presque qu’elle est un cyborg justement. Même le réalisateur s’y perd un peu avec deux grosses incohérences : il lui fait manger une orange et du chocolat, et parler à distance à quelqu’un qui téléphone…
Un autre écueil du film est d’avoir zappé la motivation du jeune Hugo à tout risquer pour essayer de monter en haut à Zalem (bien expliquée dans le dessin-animé qui évoque son frère). Dommage. D’autant plus que c’était la clé de la relation entre lui et Alita. L’histoire aurait gagnée en épaisseur si elle n’avait pas oublié l’importance du passé de Hugo, au lieu d’une séquence d’action inutile avec la cyborg Nyssiana (elle n’apparaît que juste 5 minutes mais elle est plus gros sur l’affiche que Hugo qui y est presque caché, une hérésie). Hugo était le second personnage principal (avec d’ailleurs la jolie scène du cœur), mais sa place dans le film est malheureusement diminuée. Un moment particulièrement iconique du récit est celui où Alita se met deux traces rouges de sang sur le visage ; celui-ci prend sens avec son attachement au chien, mais là aussi c’est rogné par le montage. On regrettera aussi le choix de Jennifer Connelly dont le jeu ne correspond pas au personnage de Chiren. C’est un peu regrettable que certaines relations humaines aient été négligées alors que tant de soins ont été apportés aux bagarres de robots. Le plaisir de voir des scènes d’action épatantes aurait dû aller de pair des personnages plus approfondis (comme le sont Ido et Alita). Alita est fascinante mais la guerrière du manga est avant tout, ici, une adolescente en pleine émancipation.

You are the most advanced weapon ever

Avec Alita: Battle Angel on est enfin devant un blockbuster beaucoup plus intéressant que les grosses machines Transformers-Avengers et compagnie, même si les fans de ce genre de spectacle y trouveront leur compte avec la bonne dose de scènes d’action sensationnelles. Cependan le duo improbable James Cameron/Robert Rodriguez propose un divertissement à la fois plus geek et plus adulte, un peu comme Steven Spielberg l’avait fait l’année dernière avec son Ready player one. De la même manière qu’Alita est un cyborg aux caractéristiques métissant robot et humain, ce film est une hybridation d’images réelles et d’effets spéciaux impressionnantes. L'histoire et l'univers de Gunnm que l'on fantasmait de voir en grand spectacle (et même en 3D) se trouve là généreusement restituée avec 2 heures d'euphorie. Le nouveau visage de cette Alita sera inoubliable, jusqu'à imaginer une suite ?
 
Kristofy

 
 
 
 

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