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L'Adieu de Lulu Wang est à la fois un portrait de famille et un portrait de la Chine contemporaine qui refuse de reconnaître ses faiblesses. Un voyage initiatique sensible et touchant, porté par une mise en scène qui oscille entre le burlesque et le documentaire.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Could Talk)


USA / 2018

30.01.2019
 



CHASSÉS DE LA LUMIÈRE





« Ce pays n’aime vraiment pas les nègres. »

Avec Si Beale Street pouvait parler Barry Jenkins revient avec un nouveau détournement de la romance, ancré dans la culture afro-américaine. Après les lumières de San Francisco (Medicine for Melancholy) et de Miami (Moonlight), le réalisateur l’histoire s’installe dans le Harlem des années 1970.

Le sujet reste pourtant très contemporain, puisqu’on y parle de haine et de discrimination, de racisme et d’injustice. Adapté d’un roman de James Baldwin, le film raconte l’histoire d’un amour absolu déchiré par une erreur judiciaire basée sur la couleur de la peau. Poétique et politique, le film ne manque pas de couleurs d’ailleurs. Il expérimente aussi un alliage audacieux entre une histoire d’amour – portée par deux sublimes comédiens -, une vision de la condition des noirs américains (notamment avec ces photos en noir et blanc sorties des archives), un dialogue entre combattifs et résignés, et une épreuve pour rétablir la vérité, déculpabiliser un innocent, et finalement contempler l’horreur du système judiciaire.

In the mood for love

Chapitre par chapitre, Si Beale Street pouvait parler est une leçon de mise en scène, qui faiblit seulement dans les flash-backs les plus mièvres (même si la beauté des plans, qui rappellent l’esthétisme nostalgique d’un Wong Kar-wai les rendent fascinants). Que ce soit une fête familiale qui tourne mal ou une soirée entre amis qui sombrent en déprime, le cinéaste sait faire sortir du réel de la fiction, tout en offrant un beau reflet sur les relations humaines.

Cela tient aussi à la très belle écriture des personnages, et leur interprétation. On perçoit les tensions, les relations et les caractères, joués avec justesse, en quelques plans. Le scénario manie les nuances, du sourire aux larmes, même si, contrairement à Moonlight, Jenkins semble se freiner ans les excès et les émotions.

En montrant qu’il sait dépeindre minutieusement le portrait d’une « famille » de la classe moyenne américaine et raconter une fois de plus une chronique d’une Amérique communautariste, le cinéaste poursuit son ambition de filmer l’impossible émancipation des minorités. Il y a insère des scènes métaphoriques ou allégoriques, parfois furtives, qui, en une image, traduit la prison dans laquelle ils sont enfermés.

Free jazz

La Love Story est en effet dramatique. La liberté du début s’achève fatalement dans une impasse construite par un système où le noir est nécessairement coupable. Mais la force de ce mélo c’est la liberté de la mise en scène de Barry Jenkins. Plutôt que de refaire un triptyque hip-hop comme Moonlight, il adapte sa réalisation en composant une partition de jazz, en trois temps également, avec ses ruptures de rythme, ses contrepoints, ses élans libres. Multipliant les différentes tonalités, d’une bataille nerveuse entre garces à une longue conversation presque théâtrale, il passe du blues à la bluette, de l’amour à la haine, avec une certaine grâce, malgré quelques lenteurs.

Ce qui frappe aussi c’est évidemment l’écho au mouvement #MeToo. Autant Moonlight était un amour masculin, autant Si Beale Street... est une œuvre féminine. Cette sensibilité est palpable de bout en bout, du pire au meilleur. L’agression sexuelle dont le mec idéal est accusé ne repose sur rien mais va bousiller sa vie. En désignant les incohérences du système judiciaire, Barry Jenkins prend le risque de sortir d’une zone de confort binaire pour nous renvoyer à notre examen de conscience. Entre nos préjugés et ce personnage vite (et mal) jugé, il ose décrire une inégalité de la parole. Celle d’un noir, suspect idéal, vaut ainsi moins que celle d’une victime manipulée. Il invoque un principe de précaution et revendique le droit à se défendre équitablement.

The Hate U Give

Si la tragédie – thème magnifiquement écrit par James Baldwin - est adoucit sur la fin, l’amertume est persistante. La perte de l’innocence (celle des jeunes amoureux comme celle du faux coupable) plaide évidemment pour une forme de culpabilité à l’égard de ceux qui ont encore des certitudes, qui ont peur d’une menace illusoire ou qui invoquent toujours le principe de domination. Comme l’écrivain le disait si bien : « J’imagine qu’une des raisons pour lesquelles les gens s’accrochent à leurs haines avec tellement d’obstination, est qu’ils sentent qu’une fois la haine partie, ils devront affronter leurs souffrances. »

En s’offrant un récit sur l’exclusion, sur la mise au ban de la société, Barry Jenkins n’évite aucun de ces sentiments extrêmes, la haine comme la souffrance, mais il y ajoute un baume apaisant pour ne pas nous faire complètement désespérer. Ce baume, comme dans Moonlight, c’est l’amour. Sans condition.
 
vincy

 
 
 
 

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