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L'Adieu de Lulu Wang est à la fois un portrait de famille et un portrait de la Chine contemporaine qui refuse de reconnaître ses faiblesses. Un voyage initiatique sensible et touchant, porté par une mise en scène qui oscille entre le burlesque et le documentaire.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Amanda


France / 2018

21.11.2018
 



LE SENTIMENT D’INSÉCURITÉ





« Il faut absolument que votre nièce ait un père. »

Derrière son apparente banalité, Amanda aborde un sujet jusque là un peu tabou dans le cinéma français : le traumatisme post-attentats (dans un pays qui a subit plusieurs vagues d’attaques ces quarante dernières années). En optant pour une histoire simple : un oncle et sa nièce doivent gérer le deuil de leur sœur / mère tuée lors d’un pique-nique dans le bois de Vincennes.

Le deuil n’est jamais complètement noir chez Mikhaël Hers. Il tient plutôt d’un état entre-deux. Une sorte de conte (d’été) flottant, rohmérien dans sa manière d’appréhender les sentiments et le réel, plus proche de Rivette quand il s’agit de filmer la ville et la société, comme une flânerie qui s’échappe justement du réel. Une ballade en vélo à travers Paris mène à la tragédie, qui nous cueille. Entre errances et promenades, voyages et trajets routiniers, Amanda est un film mobile, sans mobile pour les crimes qui le dévaste.

Ce réalisateur iconoclaste, même si sa filiation cinéphilique semble évidente, cherche en fait une manière de filmer comme Modiano a trouvé une manière d’écrire. L’évitement du drame et l’échappée belle des personnages prennent le dessus sur le drame (un attentat terroriste) pour choisir une voie plus sentimentale et romanesque. C’était déjà le cas dans son précédent film.

Comme s’il s’attachait à fuir le pathos, préférant capter l’indicible douleur intérieure, avec ses soubresauts, à l’image de cette séquence finale où la petite fille passe par toutes les émotions : de l’angoisse au bonheur, de la peur à l’espoir.

Mikhaël Hers signe ainsi une chronique parisienne pudique et indécise qui peut séduire grâce à sa justesse. Elle peut aussi laisser le spectateur à l’écart. Les dialogues semblent pauvres. Les scènes paraissent terriblement fades. S’il n’y avait pas les comédiens, on pourrait même croire à un récit bancal, qui s’achève là où il peut.

Ce n’est pas tant l’histoire et les personnages qui nous déçoivent. L’histoire suit son cours au fil des petits événements du quotidien et les protagonistes ont la profondeur nécessaire pour être crédibles. C’est davantage le traitement « modianesque » justement qui gène. Comme si le cinéaste avait voulu écrire un film sur le trauma parisien des attentats de 2015 dans l’urgence, sans savoir lui-même s’il avait passé le cap du deuil. En étant trop léger et trop distant, il s’empêche de regarder en face une réalité plus troublante et plus remuante, qui fait défaut ici. Il frôle ce sentiment d’insécurité permanent mais ne cherche jamais à s'en évader. Pourtant, on ressent bien à quel point tous sont sur le fil, prêts à basculer dans le vide. Tout est incertain, l’avenir comme l’affectif. Et comme le film. Ou comme ce final suspendu dans le temps, avec le goût de ces larmes salées-sucrées.

Cela ne suffit pas, malgré tout, à être convaincu, sans doute parce qu’il manque une réelle émotion cinématographique à cette œuvre touchante mais trop délicate pour nous happer. Peut-être aussi, parce que nous n’avons pas non plus, nous-mêmes, fait notre deuil, digérer l’horreur.
 
vincy

 
 
 
 

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