Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

Best LawyersNewyork Lawyers




Canción Sin Nombre
De Gaulle
Eté 85
L'envolée
La bonne épouse
La communion
Le capital au XXIe siècle
Lucky Strike
Radioactive
The Climb
Tiempo después
Une sirène à Paris
Yakari, le film



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 8

 
Amanda


France / 2018

21.11.2018
 



LE SENTIMENT D’INSÉCURITÉ





« Il faut absolument que votre nièce ait un père. »

Derrière son apparente banalité, Amanda aborde un sujet jusque là un peu tabou dans le cinéma français : le traumatisme post-attentats (dans un pays qui a subit plusieurs vagues d’attaques ces quarante dernières années). En optant pour une histoire simple : un oncle et sa nièce doivent gérer le deuil de leur sœur / mère tuée lors d’un pique-nique dans le bois de Vincennes.

Le deuil n’est jamais complètement noir chez Mikhaël Hers. Il tient plutôt d’un état entre-deux. Une sorte de conte (d’été) flottant, rohmérien dans sa manière d’appréhender les sentiments et le réel, plus proche de Rivette quand il s’agit de filmer la ville et la société, comme une flânerie qui s’échappe justement du réel. Une ballade en vélo à travers Paris mène à la tragédie, qui nous cueille. Entre errances et promenades, voyages et trajets routiniers, Amanda est un film mobile, sans mobile pour les crimes qui le dévaste.

Ce réalisateur iconoclaste, même si sa filiation cinéphilique semble évidente, cherche en fait une manière de filmer comme Modiano a trouvé une manière d’écrire. L’évitement du drame et l’échappée belle des personnages prennent le dessus sur le drame (un attentat terroriste) pour choisir une voie plus sentimentale et romanesque. C’était déjà le cas dans son précédent film.

Comme s’il s’attachait à fuir le pathos, préférant capter l’indicible douleur intérieure, avec ses soubresauts, à l’image de cette séquence finale où la petite fille passe par toutes les émotions : de l’angoisse au bonheur, de la peur à l’espoir.

Mikhaël Hers signe ainsi une chronique parisienne pudique et indécise qui peut séduire grâce à sa justesse. Elle peut aussi laisser le spectateur à l’écart. Les dialogues semblent pauvres. Les scènes paraissent terriblement fades. S’il n’y avait pas les comédiens, on pourrait même croire à un récit bancal, qui s’achève là où il peut.

Ce n’est pas tant l’histoire et les personnages qui nous déçoivent. L’histoire suit son cours au fil des petits événements du quotidien et les protagonistes ont la profondeur nécessaire pour être crédibles. C’est davantage le traitement « modianesque » justement qui gène. Comme si le cinéaste avait voulu écrire un film sur le trauma parisien des attentats de 2015 dans l’urgence, sans savoir lui-même s’il avait passé le cap du deuil. En étant trop léger et trop distant, il s’empêche de regarder en face une réalité plus troublante et plus remuante, qui fait défaut ici. Il frôle ce sentiment d’insécurité permanent mais ne cherche jamais à s'en évader. Pourtant, on ressent bien à quel point tous sont sur le fil, prêts à basculer dans le vide. Tout est incertain, l’avenir comme l’affectif. Et comme le film. Ou comme ce final suspendu dans le temps, avec le goût de ces larmes salées-sucrées.

Cela ne suffit pas, malgré tout, à être convaincu, sans doute parce qu’il manque une réelle émotion cinématographique à cette œuvre touchante mais trop délicate pour nous happer. Peut-être aussi, parce que nous n’avons pas non plus, nous-mêmes, fait notre deuil, digérer l’horreur.
 
vincy

 
 
 
 

haut