Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Suspiria


Italie / 2018

14.11.2018
 



DANSE DES TENEBRES





C'est le film iconique d'un maestro du 'giallo': Suspiria de Dario Argento, sorti en 1977, peut-il faire l'objet d'un remake ?
Il y a eu une vague de remakes des classiques du cinéma fantastique des années 70: des films mal vieillis devenaient parfois plus efficaces en étant refaits par Wes Craven et Alexandre Aja, tandis que des chefs d'œuvre étaient inutilement caricaturés comme Carrie de Brian de Palma par Kimberly Peirc). Alors, qu'allait-il en être d'un nouveau Suspiria ?

C'est resté une mauvaise idée pendant plusieurs années puis finalement une commande au scénariste David Kajganich et au réalisateur Luca Guadagnino, auréolé entre-temps du succès de son adaptation de Call me by your name. Au générique on y voit les actrices Dakota Johnson, Chloë Grace Moretz, Mia Goth, la grande Tilda Swinton, mais aussi Jessica Harper (la vedette du Suspiria originel), et Thom Yorke (du groupe Radiohead) qui signe là sa première musique de film. Avec une telle réunion de talents ce remake est devenu forcément très attendu…

Cette bâtisse cache bien plus qu'on ne peut voir !

Le début du film originel de 1977 voit l'héroïne arriver sous la pluie à une prestigieuse école de danse de Fribourg au moment où une pensionnaire s'enfuit perturbée (personne ne la reverra jamais...). Dans ce nouveau film, l'histoire se déroule toujours en 1977 et l'académie de danse est à Berlin, une pensionnaire perturbée s'en va sous la pluie, mais elle va parler à quelqu'un et elle (nous) explique ce qui l'inquiète dans cette école. L'héroïne principale arrive plus tard. C'est la première bonne surprise de ce nouveau film : il est assez différent de celui de Dario Argento, il raconte plus de choses durant une (trop) longue durée de 2h32.

Les amateurs de frayeur viscérale continueront de préférer l'original de Dario Argento qui terrifie davantage (malgré la peinture rouge grossière pour imiter le sang. Cette peur était provoquée par ses diverses mises à mort (les coups de poignard, l'attaque du chien, le piège de barbelés, les hurlements) et par la combinaison des éclairages contrastés (les lumières rouge, vert, jaune, et les ombres), et la musique composée de bruitages stridents. Et c'est seulement au cours de film que l'on découvre la sorcellerie : «Que font les sorcières ? leur seul but c’est de faire souffrir c’est tout en faisant appel au monde de l’occulte elles peuvent obtenir le pouvoir leur permettant d’influer sur la réalité d’agir sur des personnes dans le sens maléfique du concept».

Ténèbres, larmes, et soupirs.

Ce nouveau Suspiria préfère jouer avec une angoisse plus étrange et diffuse qui devient au fur et à mesure oppressante. La tonalité des décors est d'ailleurs plutôt neutre ou sépia, et ce n'est qu'au moment du climax final que la couleur rouge-sang arrive. Dès le tout début du film, l'hypothèse de la possibilité de sorcières est déjà exprimée ; le spectateur ne cherche pas vraiment quoi mais découvre comment. Dans le pensionnat de Dario Argento il n'y avait qu'une seule séquence d'échauffement de danse (insuffisante), cette fois il s'agit bel et bien d'une école de danse : on y voit une séquence d'audition, des séances d'exercices et de répétition, et même un spectacle dansé devant un public. Blood Swan plus que Black swan.
Chez Argento, les phénomènes surnaturels perturbaient surtout l'esprit de l'héroïne et d'une amie. Chez Guadagnino, les mauvais sorts s'acharnent surtout sur les danseuses et leurs corps torturés, tordus, cassés et désarticulés. Là où Argento était efficace en concentrant l'histoire dans un quasi huis-clos (l'école), ce nouveau Suspiria met en scène une autre perspective avec d'autres points de vue extérieurs à l'école (un vieux médecin, une femme catatonique), Guadagnino affaiblit son récit en létirant avec diverses allusions historiques.

Ce remake glam trop travaillé se rapproche finalement du cinéma glaçant et froid de Fassbinder, en étant plus dramatique et esthétique, mais aussi moins drôle que l'original.

C'est en fait tout la structure de ce nouveau Suspiria qui est très différente : le générique d'introduction indique qu'il y aura un découpage en six actes et un épilogue, et le récit en 2h30 va prendre une ampleur inédite. Moins effrayant, plus esthétique, plus chic, moins choc : peu importe votre souvenir du précédent film, celui-ci saura cependant vous surprendre. Prêt à retenir votre souffle pour un sabbat sanglant ?
 
Kristofy

 
 
 
 

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