Les étendues imaginaires de Slew Hua Yeo a reporté le Léopard d'or à Locarno en août dernier. Portrait de Singapour et de son arrière-cour (pas forcément reluisante), le film est une splendeur, à la fois surprenant et singulier.



Comprame un revolver
Dernier amour
Du miel plein la tête
Entre les roseaux
L'homme qui a surpris tout le monde
Le corps sauvage
Le rêve de Sam et autres courts
Leur souffle
M
Qui m'aime me suive
Résistantes
Sauvages
Social Business
Sunset
Walter



Roma
Les invisibles
Green Book: sur les routes du sud
Le château de Cagliostro
Un grand voyage vers la nuit
Sorry to Bother You
Tout ce qu'il me reste de la révolution
Une intime conviction
La Favorite
La chute de l'empire américain
Les funérailles des roses
Nice girls don't stay for breakfast
Les étendues imaginaires
Funan
We The Animals



Minuscule 2 - les mandibules du bout du monde
Dragons 3: Le monde caché
My Beautiful Boy
Nicki Larson et le parfum de Cupidon
Alita: Battle Angel
Deux fils
Les drapeaux de papier
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Le Chant du loup
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Les éternels
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Le garçon qui dompta le vent
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Ma vie avec John F. Donovan
Convoi exceptionnel
Aïlo : une odyssée en Laponie






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Un amour impossible


France / 2018

07.11.2018
 



MON PÈRE, CE FLÉAU





« - Mais ça va tu tiens le coup ?
- Faut bien.
»

On pourrait croire qu’Un amour impossible est un film de commande avec son casting dans l’air du temps pour une adaptation d’un roman populaire et primé. Après tout, le scénario ne fait pas beaucoup d’efforts. Il suit à la ligne la fiction autobiographique de Christine Angot. Il suit fidèlement l’écriture du livre. Il en remodèle les scènes, sans chercher à le trahir. ET puis il y a cette voix off, celle de la narratrice, la fille. Les mots d’Angot, à la ponctuation près parfois. Ces mots sont collés à des images, qui n’ont pas forcément un rapport évident. On parle de décharge de foutre et on voit une jeune femme au milieu de marguerites immaculées.

Tout cela créé une forme de distance durant tout le film : on suit la « belle » histoire, celle des trente glorieuses françaises, de cette Province où les barres de HLM semblaient un horizon idéal. On voit cette France évoluer, cette « carte postale » vintage parfaitement reconstituée. En fait, on ne voit pas grand chose d’important. La tragédie est cachée, ignorée, masquée. Aussi bien à l’écran que dans la relation entre la mère et la fille. Ce n’est pas un déni mais un aveuglement. On s’est laissé berné par ce bonheur de façade. Et même quand la « vérité » éclate, on se surprend à être à l’écart, à ne pas « capter » l’horreur des faits révélés.

« Mais pourquoi le Brésil ? »

Un amour impossible n’est pas un film commode. Catherine Corsini y trouve toute la matière qui lui plaît dans le cinéma : un portrait de femme et même un certain féminisme, la fracture sociale entre un monde « prolétaire » et un autre bourgeois, toujours un peu malade, l’histoire contemporaine du pays. Tout ce que l’on croise dans ses films, de plus en plus soignés, depuis une quinzaine d’années.

Le mépris de classe est évident. C’est même tout le fondement du film décrypté par la fille en une tirade littéraire sans appel : tout est une histoire de rejet et de honte, de domination sociale. L’inceste subit n’en est qu’un instrument.

Pourtant, si le film arrive à nous amener jusqu’à cet épilogue bouleversant où une mère et une fille s’expliquent enfin sur le drame qui les a séparées malgré elle, c’est bien parce que Corsini s’est laissée envoûtée par une autre facette du roman : la mère.

« Toutes les mamans ne vivent pas avec le papa, c’est comme ça. »

C’est là qu’Un amour impossible se détache de son matériau littéraire pour devenir un objet de cinéma, qui rend hommage au passage à Truffaut et Demy, deux réalisateurs magnifiant les femmes. La réalisatrice, finalement, s’intéresse peu à ce père absent, érudit, fascinant, monstrueux, ce beau pervers de bout en bout. La fille n’est qu’un prisme : elle grandit, elle devient Angot dans une forme de mimétisme un peu raté. Là aussi, la cinéaste n’en fait qu’une femme dont on comprend mal les évolutions ou les motivations.

Non, ce qui fait d’Un amour impossible un film possible c’est bien la mère, incarnée par une Virginie Efira bluffante de maîtrise. On assiste avec elle à la formidable émancipation d’une femme. Une modeste secrétaire de Châteauroux qui va devenir une cadre indépendante, curieuse et indépendante. Une femme libre, naturellement, et déterminée, farouchement. Face à un homme toxique, emprisonné dans ses carcans sociologiques et asphyxié par sa culture envahissante, elle suit sa vie en saisissant ses chances. Et c’est le moteur le plus fort du récit.

Mais ce que l’on voit, avant tout, c’est qu’elle encaisse la mère courage. Elle encaisse tout : les humiliations, la honte, les offenses, la vérité, les colères, l’âge, l’ingratitude… Sous le choc ou sans voix, mutique ou stupéfaite, dévastée ou résistante, la mère est plus passionnante que tous les autres. C’est son silence qui fait monter l’émotion. C’est son amour qui nous fait tenir dans les moments les plus creux ou qui renforcent les instants les plus tendus.

Car Un amour impossible c’est une lettre d’amour à une mère, femme seule et salie, et finalement réhabilitée. Un film sur une femme forte et fragile, dont le seul crime est d’avoir été amoureuse d’un salaud charismatique. Tout le reste n’est que littérature.
 
vincy

 
 
 
 

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