Grand prix Nespresso de la Semaine de la critique Diamantino est un film aussi absurde que déjanté sur une star du ballon rond dont la vie comme la libido vont être bouleversées. Farfelu et iconoclaste, ce délire est bien plus profond qu'on ne le croit, abordant tous les sujets de société qui fâchent.



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Les Frères Sisters (The Sisters Brothers)


France / 2018

19.09.2018
 



LA POURSUITE INFERNALE





«On a une saison de sang devant nous »

Jacques Audiard, c'était jusqu'ici le cinéaste français le plus cannois dans son ADN: après le Grand prix du jury pour Un prophète on l'imaginait déjà se tourner vers les Etats-Unis, le changement de cap se fit avec le mélodrame avec De rouille et d'os pour revenir vers le polar social avec Dheepan (et cette étrange Palme d'or).

Chez Audiard, il est souvent question de duo qui s'éprouve face aux autres, et c'est d'ailleurs encore un « couple » sur lequel repose son premier film en langue anglaise, Les frères Sisters, adaptation d’un roman canadien. Ce n'est en fait pas vraiment la première fois qu'un récit nord-américain infuse son cinéma : De battre mon cœur s'est arrêté est une adaptation d'un film de James Toback et De rouille et d'os celle d'un livre (canadien lui aussi) de Craig Davidson. Quand l'acteur John C. Reilly lui fait lire le roman The Sisters Brothers, de Patrick deWitt, il y a enfin cette envie de se frotter vraiment au cinéma américain avec ses acteurs (John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal...) et les mythes du western (mais pas seulement).

« Je traverse des endroits qui n’existaient pas il y a trois mois »

On plante le décor : dans les années 1850, d'Oregon à la Californie, en pleine ruée vers l'or, une maison est criblée de balles et une grange brûle. L’image est belle. Ainsi sont introduits les deux frères Sisters, dans les coups de feu et dans les flammes. Leur mission est de trouver et de tuer un prospecteur d'or : ils ont plusieurs journées de cheval à faire et ils vont autant se parler que faire parler leurs armes... Car c'est un film bavard, psychologique, parfois ponctué d'action ou de séquences brutales (jusqu'à une amputation pas très agréable, tout comme la séquence arachnide).

Il y traine une mélancolie surprenante, avec quatre personnages, tous frustrés, qui glissent vers la désillusion et même le désenchantement au fur et à mesure que leur idéal s'éloigne. La musique presque jazzy soutient parfaitement cette glissade vers une utopie qui plie sous le poids de la violence et de la cupidité qui dictent l’intrigue. Audiard a essayé d’en faire une thèse, assez ostentatoire, sur l’Amérique dont les racines du mal (et du mâle) ont été plantées par les graines de la violence ensanglantées et meurtrières et une pluie de dollars obsessionnels. Le cinéaste, avec ce récit, cherche à donner un autre destin à cette Amérique, vainement puisque le destin de ces quatre hommes et de leur rêve de société, sans flingues ni or, sera en grande partie fatal.

De flingues et d'or

The Sisters brothers est moins un western qu'un conte en forme de western. Audiard tisse un récit où il est question de formation et pas d’initiation, de construction même, à l’image de cet Ouest qui fabrique ses villes et ses Lois. Les deux frères sont comme de grands enfants qui s’amusent ensemble à jouer les « justiciers ». Mais l’un comme l’autre commencent à avoir leurs propres envies et désirs, le pouvoir pour le cadet (Joaquin Phoenix), l’amour pour l’ainé (John C. Reilly).

C’est là où le cinéaste réussit le mieux son film. La finesse des portraits psychologiques des quatre hommes, quatre solitaires, enrichit l’histoire et la singularise. Même s’il paraît long à certains moments – le rythme est même assez inégal entre verbiages et action – le scénario, qui ose un peu d’humour pour une fois chez Audiard, amène avec une certaine fluidité le rapprochement des adversaires et de leurs visions de l’avenir. Ainsi l’hostilité, y compris celle de la nature, qui règne dans les deux premiers tiers du film, se mue en paysages champêtres et paisibles et en tempéraments pacifiés et complices.

La Femme sacrifiée

Le réalisateur s’amuse à détruire les codes du genre avec des détails inattendus, souvent réalistes, et des personnages décalés. Hormis la place des femmes (une mère maquerelle masculine, des prostituées et la mère des frères, toutes réduites à quelques scènes), dont l’absence donne au film un aspect sans doute trop viril, Jacques Audiard réalise un film sensible où même les brutes deviennent « bons » au contact du « truand » (bien nommé Warm, comme chaleur).

Si ce film est imparfait, oscillant entre ennui et fascination, entre histoire de mecs un peu désuète et facile et tableau de la masculinité vulnérable et romanesque, il n’en reste pas moins qu’il parvient très bien à (dé)montrer que l’engrenage de la violence est sans fin et totalement vaine, comme la cupidité et la bêtise.

C’est donc presque un film désespéré auquel on assiste, qui décevra les fans d’aventure et réjouira les amateurs d’histoires fraternelles. La traque aurait pu être plus intense et l’évasion aurait du être plus appuyée. La formule alchimique n’est pas tout à fait au point. Il y a ce désir de romanesque et d’empathie et cette sensation de ne pas pouvoir aimer ce film jusqu’au bout, avec une fin à la fois classique, simpliste et fuyante. Les deux frères ont grandit, ils ont tué leurs « pères », mais le retour chez « maman » prouve bien qu’ils ne son pas prêts à assumer l’âge adulte. Cet Happy end longuet et sirupeux, noyé dans une lumière suave et chaleureuse, sonne comme une envie pour Audiard de ne pas s’embarrasser d’un épilogue à la hauteur et à l’image de son sujet.
 
kristofy, vincy

 
 
 
 

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