M, primé à Locarno, Namur et séville, est le documentaire choc du moment. Yolande Zauberman réussit à allier bienveillance et effroi, scandale pédosexuel chez les juifs ultra-orthodoxes et parcours d'hommes fragiles et touchants.



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Mario


Suisse / 2017

01.08.2018
 



SOIS VIRIL ET TAIS-TOI





"Je veux savoir avec qui je me douche."

Pour son nouveau film, le réalisateur suisse Marcel Gisler s'est penché sur un sujet particulièrement tabou : l'homosexualité dans le milieu du football. Avec Thomas Hess, ils signent une œuvre réaliste et malheureusement historique. C'est en effet la première fois qu'un film de fiction traite frontalement d'une histoire homosexuelle entre deux joueurs masculin de football.

Un amour impossible

Pour la première fois de sa vie, Mario, jeune footballeur suisse rêvant de passer pro et évoluant dans une équipe de moins de 21 ans, tombe amoureux. Léon, nouvel attaquant venu d'Allemagne, lui fait beaucoup d'effet. Entre la nécessité de cohabiter ensemble pour le bien de leur carrière respective et le désir ressenti pour l'autre, ils vont devoir choisir.

Bien que l'on ait encore souvent tendance à reprocher au cinéma de ne pas savoir gérer la diversité, force est de reconnaître que depuis quelques années, les films centrés sur des personnages gays se sont multipliés :Love, Simon, Call Me by Your Name Moonlight, Pride, Au premier regard, L'Inconnu du lac, etc. Plus encore, les histoire d'amour impossibles sont désormais légion. Mais la particularité de Mario repose bien évidemment sur le cadre dans lequel cette histoire d'amour naît.

On le sait, le football est loin d'être un milieu tolérant. Pour trouver des joueurs de football ouvertement gays, il faut avoir le cœur bien accroché et beaucoup de patience. Contrairement à d'autres disciplines, les enjeux sont ici plus importants. Et c'est sans doute ce que Mario raconte à la perfection. Sport numéro un en Europe, le football fonctionne sur un système très simple : les joueurs n'ont de valeur que s'ils sont transposables dans n'importe quel club. Mais pour cela, leur image doit être intacte et respecter certains critères. En d'autres termes, un joueur n'a d'intérêt pour un club que s'il n'écorne pas l'image de celui-ci, lui-même régi par les désirs des annonceurs et des sponsors. Et bien que les contacts physiques soient nombreux sur un terrain de foot, la virilité est reine. Notamment parce que l'image que les sponsors tentent d'envoyer aux supporteurs est celles d'athlètes forts et virils. Mais pour la quasi-totalité des sponsors, l'homosexualité est aujourd'hui encore perçue comme une forme de faiblesse, un défaut de fabrication qui peut détruire le joueur, son club et ses sponsors.

Pendant près de deux heures, Marcel Gisler s'attaque donc à un sujet très épineux. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'en sort haut la main. Avec un style proche du documentaire et un attachement particulier à de la lumière naturelle, celui qui avait déjà fait un carton avec Electroboy parvient à naviguer entre les séances d'entraînement, les apparitions publiques des joueurs et l'intimité de ce couple qui n'a rien de banal.

Une histoire bien réelle

Conscient qu'une romance entre deux joueurs professionnels aurait nécessité de plus grandes infrastructures et davantage de moyens, Marcel Gisler a fait le choix judicieux de s'intéresser à deux joueurs particulièrement jeunes, dont l'un se sait homosexuel depuis un moment. On ne peut d'ailleurs que sourire lorsque Mario demande "C'est quoi Grindr ?"

Pour rendre son film crédible, le réalisateur a pu compter sur le soutien des clubs Young Boys de Berne (Suisse) et Sankt Pauli de Hambourg (Allemagne). Les vrais joueurs étant en plein championnat, ce sont donc des joueurs semi-professionnels qui incarnent à l'écran les coéquipiers de Max Hubacher (Mario) et Aaron Altaras (Leon). Pour parfaire son récit, le cinéaste a également s'est vu offrir l'aide de Marcus Urban, l'un des première joueurs à avoir arrêté sa carrière pour faire son coming-out. Grâce à lui, il a pu mettre en scène avec sérieux la double pression que connaissent tous les joueurs homosexuels : garder de la valeur pour les patrons de clubs et les sponsors et cacher ce qu'ils sont.

Bien qu'aucun média ne soit actuellement en mesure de dire précisément quels joueurs ont inspiré cette histoire, il convient de noter que nombreux sont les athlètes qui ont recours aux services de proches ou de professionnelles pour dissimuler leur orientation sexuelle. Le cas de Jenny, la meilleure amie de Mario, est donc loin d'être original. Presque plus vrai que nature, Mario est donc un superbe aperçu de l'enfer que sponsors, clubs et managers font vivre aux joueurs pour continuer à gagner de l'argent sur leur image et non sur qui ils sont.

Sacrifice et rêve

Marion et Leon forment un duo solide. Dès leur première rencontre, une connexion se fait et semble bien partie pour durer. Les regards sont là ainsi que les sourires gênés, notamment lorsque Leon pense que Mario sort avec Jenny. De fil en aiguille, ce couple qui, on le sait, va devoir affronter de multiples obstacles nous prend aux tripes. A tel point que lorsqu'il est temps de se dire adieu, le spectateur ne sait plus quoi penser. Doit-on être soulagé d'avoir eu raison ou faut-il être triste qu'une solution alternative n'existe pas ?

Car Mario ne fait pas dans l'alternatif. Ici, il n'est pas question de proposer un happy end qui ravira les spectateurs dans le besoin mais bien de montrer la réalité des faits. Une fois qu'une rumeur est lancée, il est souvent difficile de l'enterrer. Et cela, en particulier quand les deux personnes concernées ne sont pas sur la même longueur d'ondes. Avec une subtilité presque déconcertante, Marcel Gisler met en scène une idylle chaotique. Mario n'a qu'un rêve, être joueur professionnel tandis que Leon joue au football car il pense ne rien savoir faire d'autre.

Si cette amour peut être transposée dans d'autres secteurs (finance, cinéma, musique, mannequinat, sports de combat), le choix du football est on ne peut plus pertinent. Plus pragmatique que défaitiste, Marcel Gisler explique : "Être au plus haut niveau et gay n'est pas possible dans le foot. Il faut être viril pour réussir." Un sacrifice que tout le monde n'est pas prêt à faire. C'est finalement avec son épilogue que Mario décolle vraiment pour rejoindre le panthéon des films gays. Durant ces deux heures, Marcel Gisler aura donc subtilement posé une question simple au spectateur : jusqu'où serais-tu prêt à aller pour réaliser ton rêve ?

Didactique et subtil à la fois, Mario est un de ces films qui marquent les esprits dès le premier visionnage. Sans jamais être trash, violent ou indécent, il montre avec sérieux et humilité l'enfer que vivent les footballeurs homosexuels. Par chance, de la rencontre entre Mario et Leon résulte une histoire d'amour puissante et poignante comme on en voit rarement au cinéma, toutes sexualités des personnages confondues.
 
wyzman

 
 
 
 

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