Damien Chazelle retrouve Ryan Gosling pour un biopic bipolaire: First Man est à la fois un drame intime et un ballet spatial. Immersif dans les étoiles et intériorisé sur terre, le film démontre une ambition cinématographique à l'écart du formatage hollywoodien.



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My Lady (The Children Act)


Royaume Uni / 2017

01.08.2018
 



FEMME D’HONNEUR





« Sa vie sera plus importante que sa dignité. »

Si en anglais, le film porte le titre du roman de Ian McEwan dont il est inspiré, The Children Act, en français, il est sobrement intitulé My Lady, titre du poste de cette juge chargée d’affaires délicates touchant à la religion, la société, la politique et l’éthique. Une fois n’est pas coutume, le titre français est plus juste tant le film se focalise sur ce personnage incarné par Emma Thompson, tant le film est celui d’Emma Thompson.

Rares sont les comédiens/comédiennes qui vampirisent à tel point une œuvre au point de ne voir qu’eux et d’en oublier la mise en scène et même le scénario. C’est d’autant plus remarquable ici que la réalisation de Richard Eyre est élégante et sobre et le scénario de Ian McEwan sans anicroches. Sans oublier les autres acteurs - Stanley Tucci en mari délaissé, Jason Watkins en greffier dévoué et Fionn Whitehead en adolescent troublant et troublé – qui réussissent à exister face à elle avec brio.

Mais on ne retient que Dame Emma. Elle est cette femme dévorée par son travail, déterminée à le faire le mieux possible contre vents et marées, déchirée par l’adultère de son époux, désirée par ce jeune homme qu’elle a sauvé d’une mort certaine grâce au fameux Children Act, contre la volonté de ses parents et de leur religion (ils sont témoins de Jéhovah).

Si My Lady pose de vraies questions sur la justice, la foi, l’humain, bref ce fameux conflit entre religion et science, entre fatalité et humanité, entre vie et mort, entre morale et loi, le tout dans un ordre bien construit, il oppose surtout l’obscurantisme d’êtres faibles à la lumière éclairante d’une femme forte. Le film déroule son argumentaire dialectique sans didactisme.

Même si on comprend bien le parti pris initial – grâce à un cours mené par Tucci – que la religion a enfermé l’esprit occidental, le scénario fait bien comprendre que rien n’est si simple, arbitraire. Le débat rhétorique et judiciaire est une chose : la vie, les émotions, l’humain en est une autre.

Ainsi, la juge, autorité suprême qui a droit de vie ou de mort sur des cas de conscience épouvantables, se voit répliquer par un jeune mourant, qui, par sa foi, ne doit pas être transfusé quitte à en mourir, ne doit pas se masturber ou ne doit pas être homosexuel : « vous ne savez pas ce que c’est que de se soumettre à une autorité supérieure ».

La Lady vs Dieu. Tout un débat. La critique de la secte est explicite. Tel un thriller, le film va s’attacher à montrer que tout est plus compliqué à vivre : le manque d’affection peut-être un virus terrible qui mène aux frontières de l’immoralité ou de l’injustice. On se laisse ainsi emporter dans les tourments de cette Juge, qui ne culpabilise jamais en apparence, mais qui se responsabilise toujours, inflexible et vulnérable à fois. Fiona, surnommée Fi (comme Phi, soit la sagesse en grec), apparaît moins raisonnable qu’elle n’en a l’air. Emma Thompson joue la moindre nuance de son tempérament, de ses sentiments, de ses contradictions. C’est d’ailleurs grâce à elle et à un final qui la laisse désemparée que l’émotion nous gagne si facilement dans l’épilogue.

La vie n’est pas un procès. Elle ne repose pas sur une Loi écrite, froide et tranchante. Elle n’est pas une interprétation de cette Loi au gré des circonstances ou des croyances. Toute Lady qu’elle soit, elle voit bien qu’il y a cette zone floue où l’incertain, l’irrationnel, et l’indécision prennent le dessus. Emma Thompson en est l’incarnation majestueuse en guidant cette histoire qui nous laisse trouver notre propre réponse à toutes ces questions.
 
vincy

 
 
 
 

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