C'est le blockbuster aoutien. Mission:Impossible - Fallout reçoit louanges d'une presse chauvine et admiration des médias les plus intellos. Mais Tom Cruise réussit une fois de plus à captiver l'audience avec ses cascades à la Bébel. Du spectacle, de l'action, et Paris font le reste.



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Mission: Impossible - Fallout (M:I 6 - Mission: Impossible VI)


USA / 2019

01.08.2018
 



LA SOUMISSION DU MISSIONNAIRE





« On dit que c’est terminé quand c’est terminé. »

Tom Cruise is back. Ou plutôt Ethan Hunt. 22 ans après le premier film adapté de la série TV Mission:Impossible, l’acteur est toujours le héros de cette franchise profitable. Il y a cette double impression admirative de Cruise/Hunt ne pas vieillir et tenir un personnage aussi longtemps dans la durée (seul Harrison Ford a fait mieux jusqu’à présent).

Au fil des épisodes, M:I s’est « jamesbondisé », plutôt que de flirter avec le film d’espionnage à la Jason Bourne. Au cours de ces 20 ans, l’ADN de la série a évolué. Moins de masques (c’en est même une vanne), moins de gadgets et de missions abracadabrantesques. Le plus frappant dans ce Fallout est qu’Ethan Hunt subit de plus en plus les plans machiavéliques de ses ennemis. Il n’est plus le maître du jeu : il réagit plutôt qu’il n’agit, à de rares exceptions. Cela le transforme en héros physique dans des cascades invraisemblables ou en smart guy dans des situations menaçantes.

Tom Cruise, c’est comme Bébel dans les années 1970-1980. Il a joué pour les plus grands cinéastes (de Scorsese à Spielberg, de Coppola à Mann, de Paul Thomas Anderson à Oliver Stone), il a eu des personnages marquants pour la cinéphilie d’une génération, et, la cinquantaine bien tassée (la course dans Londres est l’un des rares moments où son âge transpire), il préfère s’amuser avec des hélicos, des motos et autres périlleux sauts. L’authenticité de ses exploits physiques est un atout marketing. Jusqu’à quand ?

Série systémique

En tout cas, ça fonctionne encore avec Fallout, 6e M:I du nom. On pardonnera quelques trous dans le scénario, la facilité du final, qui aurait pu être plus prenant. Certes, on note aussi que l’intrigue reste assez calquée sur les précédents épisodes : il y a toujours une taupe à l’intérieur qui menace Hunt et son équipe d’être des parias alors qu’ils veulent sauver le monde. Les double-jeux sont devenus une marque de fabrique dans ce monde où la méfiance règne. Avec deux méchants assumés, deux femmes aimées, deux chefs piégés, M:I 6 multiplie tout pour essayer de se complexifier tout en offrant un rab de spectacle.

Le plus intéressant est pourtant bien dans cette mécanique où Cruise/Hunt ne contrôle pas l’enchaînement des événements. Mais aussi dans la répétition : Comme dans le 3e opus (celui réalisé par J.J. Abrams, et de loin le moins populaire de la série, étrangement), cela commence avec une mission qui échoue à Berlin. Autre lien avec ce 3e M:I, le bal des hélicoptères ou encore Benji (Simon Pegg, toujours un régal) qui téléguide Hunt dans une course à pieds (Shanghai il y a 12 ans, Londres aujourd’hui). Le plus frappant ce sont aussi les rapports aux autres films. Au Mission:Impossible originel, celui de De Palma (qui reste le meilleur en terme de fidélité à la série) par exemple avec ce personnage, sous-utilisé tant il est le plus fascinant, de la White Widow, dont on apprend qu’elle est la fille de Max (qui était alors incarnée par Vanessa Redgrave). Au précédent, Rogue Nation, puisque les scénaristes ont préféré reprendre la même équipe, jusqu’à faire revenir Rebecca Ferguson et approfondir son personnage d’alter ego de Hunt.

Malgré quelques faiblesses (Henry Cavill aka Superman n’est pas assez ambiguë, on sait d’avance que le monde ne finira pas et Angela Bassett hérite d’un rôle trop peu écrit), l’histoire déroule ses moments d’explication en alternance avec ses séquences à sensation. Les amateurs de films d’action apprécieront la séquence à la Gravity du parachutage à haut risque, la traversée de Paris (dans n’importe quel ordre, peu importe) qui occupe un bon quart du film (efficace mais déjà vue), le vertige de la traque imaginative en hélico au dessus de l’Himalaya (aka la Norvège en réel), qui permet à Cruise de nous refaire une petite leçon de varape, et la beauté de la scène au Grand Palais (entre brutalité dans les toilettes, avec clins d'oeil homoérotiques, et séduction dans la salle privée, avec un zest de sado-masochisme). Mention spéciale à la poursuite londonnienne (ville déjà visitée dans le premier film) où l’humour et le second degré font mouche, comme s’il y avait une volonté de parodier ce genre de figure imposée.

Et quand l’un des vilains lui balance « Tu vas crever, oui ? » on se dit que ce serait quand même dommage. Car la petite famille de Ethan Hunt devient de plus en plus intéressante, formant finalement une sorte de A-Team (L’agence tous risques en vf) où chacun se préoccupe de l’autre face à des forcenés égoïstes psychopathes qui rêvent d’apocalypse nucléaire. Sans être original, l’IMF continue d’assurer son contrat de film de super-héros de l’espionnage quand 007 n’est pas présent sur les écrans.
 
vincy

 
 
 
 

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