Avec Etre vivant et le savoir, Alain Cavalier montre que l'art rend hommage à l'art, que le cinéma peut être un hommage grâce à l'image. Dialogue incessant entre le réel des vivants et les souvenirs d'une morte, le film est d'une poésie sublime.



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Cornelius, le meunier hurlant


France / 2018

02.05.2018
 



CHAGRIN GÉNÉRAL





«- C’est pas un étranger qui va faire la loi ici.»

Adapté d’un roman finlandais de l’écrivain Arto Paasilinna, Cornélius, le meunier hurlant peut être vu comme une fable. Du conte fantaisiste à la tragédie ultime, en passant par la comédie et l’onirisme, Yann Le Quellec essaie de parcourir différents styles avec plus ou moins d’aisance pour raconter cette histoire humaniste et désespérée.

Cornélius nait, tel Vénus, dans le sable au milieu des crabes. Le film s’annonce d’emblée décalé, jusque dans la chanson-hymne chantée par Iggy Pop (ce qui est classe).

Film profondément singulier, Cornélius est à l’image de son héros. Un peu fou, poétique, romantique et généreux. Son amour de la nature et sa naïveté à l’égard des humains vont lui couter cher, même au bout du monde, dans un village a priori paisible et peuplé de bonnes gens.

Cornélius a quelque chose du Christ, portant sa croix (du bout du monde) et encaissant les coups et les souffrances infligés par les citoyens ordinaires. Et d’ailleurs ce sera son destin. On croit que le chemin va être une fantaisie allégorique, ce sera finalement un calvaire dramatique. Il aura beau ressuscité après avoir été trahi; ce meunier qui hurle la douleur du monde (pour l’évacuer) sera l’étranger qu’il faut chasser, le « malade » qui dérange, l’autre qui apporte le malheur.

Le réfugié hurlant, enivré par le vent, se trouve dans un western choral, dont le cinéaste emploie les codes à la manière d’un Adieu Gary. Yann Le Quellec a sans doute abusé des influences, des références et des sens, jusqu’à dévié vers un onirisme digne d’un Weerastheakul un peu brinquebalant. Son épopée sauvage vers la fin est mal emboîtée avec le reste du récit et révèle ma maladresse d’un film a priori léger mais sans doute trop signifiant.

Avoir un grain

A trop jouer avec les métaphores (la graine du souci et la graine de la patience, l’homme-loup et la jeune fille au chaperon rouge), le film semble déséquilibrer entre le premier et les autres degrés de lecture.

La rédemption est ailleurs : dans ces personnages pittoresques, ces comportements psychotiques et les acteurs qui les incarnent, à commencer par Bonaventure Gacon, force de la nature. Tous donnent du grain à moudre à ce délire folklorique où les mélopées à la Philip Glass croise des transes épileptiques.

On ne crie pas au loup impunément. A trop crier comme un loup, l’homme en devient un pour l’homme. On comprend l’empathie de Le Quellec pour son meunier. Ode à la différence, le film est aussi un plaidoyer pour l’expression des sentiments (versus les humeurs régulées). Evidemment, les plus cinglés ne sont pas ceux qu’on croit. Les petitesses humaines et autres lâchetés conduisent à la catastrophe. Ce que l’on retient pourtant de ce film un peu foutraque, c’est la loufoquerie de certaines séquences, alors que le fil conducteur est une solitude collective et individuelle mal assumée.

Cependant, à trop mélanger les genres, du fantastique au baiser de Spider-Man, le réalisateur oublie de transcender son message sur la peur de l’autre et la frayeur de l’ailleurs. Bien sûr, il y a de belles idées, comme ces paysages dignes du Grand Ouest nord-américain qui dramatisent l’épopée d’un homme errant. Comme cet homme trop plein d’énergie dont la voix est brisée par le manque d’amour et le froid.

Entre magicien d’Oz et messianisme, folie mentale et violence physique, parabole déjantée enthousiasmante et drame romanesque mal ficelé, Cornélius, le meunier hurlant ne parvient pas à allier l’ivresse du grain au chagrin de la tristesse. Sans doute manque-t-il un peu de souffle dans les ailes du moulin…
 
vincy

 
 
 
 

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