Grand prix Nespresso de la Semaine de la critique Diamantino est un film aussi absurde que déjanté sur une star du ballon rond dont la vie comme la libido vont être bouleversées. Farfelu et iconoclaste, ce délire est bien plus profond qu'on ne le croit, abordant tous les sujets de société qui fâchent.



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Place publique


France / 2017

18.08.2017
 



A LA DÉCOUVERTE DU STAR-SYSTEM





"Quelle merde cette coke, elle est nulle !"

Ecrit par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui mais uniquement réalisé par la seconde, Place publique ressemble fortement a un ersatz du Sens de la fête. Explications.

Tensions et oppositions

Autrefois star de la télé, Castro est aujourd'hui en plein déclin. Son chauffeur, Manu, le conduit jusqu'à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date Nathalie qui a emménagé dans une maison près de Paris. La sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, Hélène, est également de la partie. Quand ils étaient jeunes, Castro et elle partageaient les mêmes idéaux mais le succès a rendu Castro pragmatique (voire cynique) tandis qu'Hélène est restée fidèle à elle-même. Leur fille, Nina, est également là et a hâte de savoir ce qu'ils ont pensé de son second roman. Impuissant face à la chute de son audimat, Castro écoute Hélène lui proposer d'interviewer une réfugiée afghane dans son émission...

Véritable satire du milieu des médias, Place publique commence bien. Agnès Jaoui nous présente Castro et son chauffeur ainsi que leur complicité virile et pleine de respect. Mais très vite, les choses dégénèrent. Médusé, le spectateur assiste à ce bal sans fin d'invités supposément célèbres et de voisins souvent peu accueillants. Conscients du potentiel comique de ce choc des cultures, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui n'ont pas lésiné sur les divisions entre Parisiens et Provinciaux.

Car c'est là que se trouve le premier intérêt de Place publique : les tensions. Qu'il s'agissent des jeunes et des vieux, des nouveaux influenceurs et des anciens animateurs, des gens de la capitale ou de la province, des riches et des pauvres, des gens de droite et de gauche ou encore et des employeurs et des employés, le duo de scénaristes se permet tout - voire trop !

En misant tout sur l'intérêt que le spectateur pourrait porter au monde de la télévision, ils en oublient l'essentiel : les rapports entre les personnages. En animateur râleur, Jean-Pierre Bacri est bon. Mais il aurait certainement été meilleur si le personnage avait été plus abouti et pas simplement résumable en "vieux co**ard à postiche". Et Agnès Jaoui est précisément dans le même cas de figure. Le personnage d'Hélène est intéressant mais elle nous aurait sans doute plus séduit si le film avait dévoilé autre chose que son envie d'aider une réfugiée afghane et de retrouver les bras de Jean-Paul (Frédéric Pierrot).

Déjà vu

Bien que Place publique s'intéresse à la descente aux enfers d'un animateur radio, le film d'Agnès Jaoui n'est pas sans rappeler Le Sens de la fête d'Eric Toledano et Olivier Nakache. Dans le film sorti en octobre 2017, Jean-Pierre Bacri incarne un traiteur et organisateur de mariages peu souriant, en fin de carrière et entouré de seconds rôles plus atypiques les uns que les autres. Cela ne vous rappelle rien ? Moi si ! Surtout lorsque l'on sait que le talentueux et génial Kévin Azaïs figure dans les deux films. Dans Place publique, il endosse à merveille le rôle du chauffeur las de travailler pour un tyran et qui finit par tisser des liens avec la fille de celui-ci.

Plus encore, on décèle dans les deux films une même volonté : celle de mettre des personnages stéréotypés comme étant des Parisiens hors de leur Paris tant aimé. Le Sens de la fête s'intéressait à un mariage quand Place publique fait plus petit, une pendaison de crémaillère, mais l'idée est la même. Celle de mettre en scène un micro-événement qui n'a d'importance que pour ceux qui en sont. Pas étonnant dès lors que les références à la Porte de Champerret et de Saint-Cloud fusent et que tour à tour, les personnages vantent les bénéfices d'un espace (la maison de Nathalie) où il y a tant de verdure et si peu de bruit…

Nombrilisme assumé

Bien évidemment, il serait facile de critiquer les trop nombreux lieux communs de Place publique ainsi que ses personnages bourrés de certitudes. Mais n'est-ce pas finalement le même type de personnes que l'on croise au quotidien ? Des hommes qui estiment qu'un autre homme de 50 ans a tout à fait raison de sortir avec une femme dans la vingtaine parce que "la jeunesse c'est désirable" ? Des femmes qui se pensent heureuses parce qu'en couple avec quelqu'un dont le métier est respectable mais qui continuent de rêver de leur amant rencontré sur les bancs de l'université ? Et que dire de ces jeunes aujourd'hui persuadés qu'avoir 4 ou 10 millions d'abonnés sur un réseau social est synonyme d'une carrière assurée ?

Sans y aller avec des pincettes, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri parlent donc de ce qu'ils connaissent (la vieillesse, les bad buzz, les relations libres) tout en tentant de donner ses lettres de noblesse au nouveau modèle familial dominant, celui des divorcés. Car c'est finalement dans ce petit espace narratif que se cache le plus beau : la relation de ces parents dépassés avec leur enfant. Car en ayant une fille ensemble, Castro et Hélène ont simplement fait dans la reproduction des élites. Mais alors, quelle est la valeur de Nina ? Est-elle vraiment douée ou simplement lue pour son nom de famille ? Subtilement, Place publique questionne la valeur que chaque être a aux yeux de ceux qui l'entourent. Et c'est finalement ce dernier point que l'on gardera à l'esprit.

Parfois redondant, le cinquième long métrage, amer, d'Agnès Jaoui dispose néanmoins de qualités certaines : des dialogues cohérents, quelques personnages secondaires originaux et des acteurs remarquables. Léa Drucker est parfaite tandis que le duo Kévin Azaïs-Nina Meurisse fonctionne à merveille. Pour le reste, il faudra malheureusement repasser pour retrouver ce qui faisait le génie de leurs anciennes comédies: un mélange de regard tendre et cruel sur la société! Comme si eux-mêmes étaient un peu dépassés par l'époque. Ils avaient le sens de la fête mais ils constatent que cette fête est bien finie.
 
wyzman

 
 
 
 

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