J'veux du soleil pointe ses caméras sur les rond-points, pour écouter les "gilets jaunes" ou plutôt la classe moyenne occidentale de plus en plus précarisée. Un instantané d'une époque pour lutter contre la misère.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Madame Hyde


France / 2017

28.03.2018
 



LA FILLE ÉLECTRIQUE





« Je ne crois au message de la nature. Je crois aux Lois de la nature. »

Ceci n’est pas une comédie. Au mieux, Madame Hyde a les allures d’une fantaisie légèrement débridée, souvent décalée. Serge Bozon tient à cette tonalité dissonante (jusqu’à abuser des « décadrages », des plans en perspectives et des hors-champs). Mais Madame Hyde est surtout un film qui cherche une voie (et une voix) singulière pour capter une époque qui semble échapper à une génération.

Plutôt que d’être nostalgique, le cinéaste préfère une investigation pour trouver une vérité (scientifique si possible). Paradoxalement, il s’attaque à un roman où l’irrationnel fait irruption avec le dédoublement de personnalité (un sale coup de foudre) pour pouvoir atteindre son but. Il ancre ainsi son récit dans une dialectique entre un professeur méthodique et intègre, inadaptée au monde moderne, et des élèves qui la chahutent et se soucient peu de l’apprentissage. Cet irrespect mutuel conduit à un dialogue de sourds, qui va trouver son harmonie en deux temps : dans une expérience technique (la cage de Faraday, qui isole) et dans un cours magistral (l’interaction comme dynamique propre).

On est bien en terrain philosophique malgré l’apparence d’une comédie fantastique. C’en est même assez didactique et théâtral. Le style de Bozon, moins alerte que dans Tip Top, trouve ses racines dans le théâtre de Claude Régy, dans les contes d’Eric Rohmer, dans les relations interpersonnelles de Jeanne Labrune ou encore dans la moralité d’André Téchiné. Il est toujours périlleux d’associer des phrases qui sonnent faux à une mise en scène qui est souvent juste.

Malédiction

Madame Hyde est un geste pour comprendre ce qui nous sépare et ce qui peut nous unir. Dans cette histoire, les femmes ont le pouvoir et les hommes sont faibles (au foyer, dépassés, glandeurs). Madame Géquil, la professeur, et Malik, l’élève, sont tout autant handicapés : l’une est incapable d’être aimée et d’aimer, l’autre a besoin d’un déambulateur. Dans cette dualité entre bourreau involontaire et victime, on traverse le calvaire de Géquil et l’enfer de Hyde sans jamais éprouver l’étrangeté des situations.

Car c’est là toute la limite du film. L’absence de fluidité l’empêche d’avoir du rythme, une grâce et même une certaine cohésion. Il y a de bonnes idées (comme ces deux élèves féminines en « jumelles » maléfiques, ce « vieux » stagiaire qui est resté petit garçon, ce proviseur vaniteux…). L’absurde est trop rare pour réveiller notre ennui. Et le spectateur se retrouve à la place des élèves, subissant un cours de sciences, ode à la connaissance, attendant le gong pour être sauvé.

Il manque cette alchimie qui rendrait le scénario moins déséquilibré, le montage plus liant, les scènes moins factices. Certes, Bozon porte un regard attendri et compatissant sur la jeunesse. Tout comme il parvient à faire partager cette angoisse commune à la professeur et à Malik, qui aspirent à une certaine « normalité». Ces deux « grands corps malades » sont attachants. Le reste est sans doute trop stéréotypé et trop écrit pour être authentique. Il faut attendre l’épilogue, quand Huppert vacille et quand Senani (Malik) sort de l’ombre pour enfin ressentir un peu d’humanité.

Car à trop appuyer son message, qui cherche l’équilibre entre déterminisme et fatalisme, Madame Hyde se complait dans une excentricité artificielle. Le film, cérébral et froid, "sursignifiant", ne relève que d’une équation (un peu simpliste).
« Pour résoudre un problème, il faut souvent faire un détour » entend-on. Encore faut-il que cela vaille le détour.
 
vincy

 
 
 
 

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