Les étendues imaginaires de Slew Hua Yeo a reporté le Léopard d'or à Locarno en août dernier. Portrait de Singapour et de son arrière-cour (pas forcément reluisante), le film est une splendeur, à la fois surprenant et singulier.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



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Chien


France / 2018

14.03.2018
 



J’AI TOUJOURS RÊVÉ D’ÊTRE UN ÉPAGNEUL





«- Celui-là il a l’air gentil.
- Il est mort.
»

Comme toujours chez Samuel Benchetrit, on entre dans un monde parallèle, une quatrième dimension pas forcément avenante mais terriblement séduisante. Chien n’échappe pas à la règle. Vincent Macaigne est un homme tendre, naïf, rejeté par tous, absolument pas cynique. Il est traité comme un « chien ». Un enchaînement de circonstances va le conduire à adopter l’attitude d’un toutou, docile, obéissant, aimant.

Dans ce monde moderne (et laid) incapable d’affection (sauf pour un chien), le romancier-cinéaste insuffle un humour très belge, mélange de noirceur et de décalage, qui provoque les rires (qui surgissent là où on ne s’y attend pas). Mais progressivement, le rire est moins franc, plus amer. Il vire du noir au jaune. Après quelques séquences loufoques, presque cultes (le destin du premier chien, la poursuite dans les couloirs de l’hôtel digne d’un cartoon, le licenciement) il disparaît tout à fait : Chien devient plus sombre, plus triste. L’empathie éprouvée pour le personnage de Macaigne dès les premières scènes, ses mésaventures continuelles, sa marginalisation du monde humain, mue en une compassion à l’égard de ce pauvre homme maltraité.

Doggy blagues

Le rire s’évanouit à mesure que le personnage principal se métamorphose en chien, acceptant de laisser son humanité derrière lui pour devenir un animal de compagnie. L’acteur produit un travail formidable aussi bien dans l’attitude corporelle que dans le regard (cet air de chien battu…). C’est un clown triste, avec le nez (le museau) mouillé. Ce qui aurait pu être considéré comme de l’humiliation pour un humain s’avère une simple soumission pour un canin. On arrive à le plaindre.

Sa chienne de vie nous divertit tant les situations sont absurdes. Parce que les acteurs – Bouli Lanners est formidable en maître chien autoritaire - sont dans un jeu très premier degré, le décalage est d’autant plus réussi. Entre burlesque et tragique, progressant vers la violence et le drame, Chien démontre surtout qu’on a souvent davantage d’affection pour un animal que pour un Homme. Le plus barré n’est sans doute pas ce mari-papa abandonné qui se complait dans sa nouvelle vie d’animal de compagnie. La solitude des uns et des autres produit des ravages.

Il manque certainement des interactions avec les autres canidés pour que le plaisir soit complet. Mais cette « révolution » pacifiste contre le monde contemporain et cette résurrection improbable à la fin révèlent surtout un regard désenchanté sur la société et l’individu. Si Macaigne aka le chien ne se rebelle jamais, l’auteur a signé un film qui ouvre la voie à une résistance nécessaire. Car, finalement, à être soumis aux règles, aux conventions, aux protocoles, nous sommes tous des chiens.

Le film est parfois bancal par ses excès. Mais il ne manque pas de charme ni de style. Au moins, il propose une vision singulière du monde et une histoire originale séduisante. Ce n’est pas rien dans un environnement (artistique) de plus en plus uniformisé.
 
vincy

 
 
 
 

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