Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



100 kilos d'étoiles
Folle nuit russe
Her Smell
L'œuvre sans auteur
Le coup du siècle
Le Roi Lion
Le voyage de Marta
Les beaux menteurs
Navajo Songline
Persona Non Grata
Roads
Te Ata
Wild Rose
Yuli



Tremblements
Drôles de cigognes
Les météorites
Petra
Douleur et Gloire
Tous les Dieux du ciel
Parasite
Etre vivant et le savoir
So long, My son
Toy Story 4



Avengers: Endgame
Rocketman
Sibyl
The Dead don't Die
Amazing Grace
Greta
Les Particules
Men in Black International
Zombi Child
X-Men: Dark Phoenix
Spider-Man: Far From Home
Yesterday
Anna
Les enfants de la mer
Uglydolls
Vita & Virginia
Yves
Ville neuve
The Mountain: une odyssée américaine
Contre ton cœur
Bunuel après l'âge d'or
Bixa Travesty
Noureev
Tolkien






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 13

 
La douleur


France / 2017

24.01.2018
 



UN BARRAGE CONTRE LA FOLIE





"Je ne renonce pas. C’est autre chose."

La douleur d’Emmanuel Finkiel est une adaptation en état de grâce du livre de Marguerite Duras, dans lequel elle raconte les jours ayant suivi l'arrestation de son époux Robert Antelme, à la fin de la guerre, pour faits de résistance. Mélanie Thierry, transfigurée, y devient une allégorie de l’attente, masque de douleur sur le visage, et force intérieure sur le point de se rompre.

Peut-être n’avait-on jamais aussi bien entendu la voix de l’écrivaine que dans les splendides voix-off introspectives qui livrent sans barrière la pensée et les sentiments de celle qui écrit. On est également bluffé par le travail réalisé par le chef opérateur Alexis Kavyrchine qui rend physiquement palpable l'état mental du personnage en jouant sans cesse sur des images fondues et des arrières-plans flous. L'héroïne se retrouve ainsi isolée au milieu de la foule, toute à sa douleur, hors d'un monde qui ne peut plus être le sien.

Reste alors cette voix intérieure qui nous guide dans une réalité fantomatique, traitée comme une succession de scènes presque irréelles : les rendez-vous avec l’agent de la Gestapo, les réunions avec la résistance, et les mille et une façons d’attendre, confinée dans un appartement aux airs de mausolée. La langue de Duras confine ici au sublime, autant par la précision des mots que par la force de sa réflexion sur la tragédie de la guerre, sur sa propre vie qu’elle abandonne aux événements, et sur l’injustice de l’après-guerre qui ne résout rien. Ce qui vibre dans ce texte, ce n’est pas seulement la douleur d’une femme qui attend son mari, mais l’universalité de toute une Humanité qui attend, craint et espère.

Emmanuel Finkiel réussit ainsi un film audacieux et habité, d’une radicalité saisissante, qui donne aux mots le dessus sur l’action ou l’intrigue sans jamais perdre de vue le cinéma. Il fait même de cette dichotomie entre l’image et le son une dimension capitale du récit, indice troublant de la confusion qui règne dans l’esprit de la narratrice comme dans une époque où chacun joue un rôle et dissimule en permanence. Mais sa plus grande réussite est d’avoir confié le rôle de Duras à une Mélanie Thierry incandescente qui trouve ici son plus grand rôle. Fiévreuse, volontaire, épuisée, elle se donne toute entière non pas pour interpréter, mais être cette femme sur le point de basculer, que seul un fil très mince relie encore à la vie. Son visage décomposé et son corps tout entier tendu vers le retour de celui qu’elle attend hanteront désormais les nuits blanches des cinéphiles aux côtés des plus grandes héroïnes tragiques.
 
MpM

 
 
 
 

haut