Laissez bronzer les cadavres est à la frontière du western, du polar et du giallo italien, avec geysers de sang, imagerie érotique, attente lourde et séquences solaires et moites. Et rien que pour ça, il faut aller le voir!



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L'Autre côté de l'espoir (Toivon tuolla puolen - The Other Side of Hope)


/ 2017

15.03.2017
 



LES INSOUMIS





«- Je voudrais demander l’asile en Finlande.
- Ce n’est pas un problème. Vous n’êtes pas le premier.
»

Dans le port d'Helsinki, un cargo livre du charbon, d'où sort un réfugié syrien, clandestin. Il est tout noir, mais il est Syrien. Cette même nuit, un VRP qui vend des chemises fait sa valise, pose son alliance et ses clefs devant sa femme, mégère coiffée de bigoudis, médusée par le geste, et s'en va. On se doute bien que leur itinéraire va un jour se croiser...

Evidemment, le style du cinéaste finlandais Aki Kaurismäki n'a pas bougé d'un iota. Cette introduction se fait sans un mot. Chaque image a du sens et se suffit à elle-même. L’écriture est, comme d’habitude, de la fine dentelle. Et quand les dialogues surgissent, l’humour décalé fait mouche. Tout comme les situations : a-t-on déjà vu un immigré clandestin demander le chemin du commissariat de police ? Il se permet de mixer le burlesque et le drame, le conte tragique et l’ironie cocasse, le désenchantement et l'espérance, le social et l'humain. Son film est d’ailleurs, comme toujours, un concentré d'humanisme brut où l'on rit, où l'on chante (du blues, comme on clame une incantation), où l'on a aussi des abrutis de racistes qui ne sont pas tendres. Le réalisateur n’est pas naïf, il sait que le monde tourne mal. Il ne cherche pas à filmer une simple fable optimiste.

Mais ce ne serait pas juste de résumer cette œuvre bienveillante et touchante à ces quelques qualificatifs. Car, comme pour Le Havre, le film est profondément engagé. Kaurismäki signe même son film le plus ouvertement politique. Il cherche à ouvrir les esprits en montrant, sans être démonstratif, qu'il ne faut pas être résigné face aux montées de nationalisme, de la xénophobie, du populisme et d’autres forme de repli sur soi.

L'autre coté de l'espoir est un acte de résistance par la solidarité. Des gens s'entraident malgré les pourris (suprémacistes bêtes et méchants, bureaucrates sourds et aveugles, patrons voyous, ...). Ils contournent les lois, ne demandent rien en échange, font leur petit business entre eux, à l'écart du chaos du monde et des règles absurdes. L'humain reprend le dessus, avec une simplicité désarmante. Il se débrouille. Les anti-héros de Kaurismäki sont des insoumis à leur manière, sans fracas ni slogans. Ils payent leurs impôts, cherchent à bien faire leur boulot, mais rechignent à devenir des salauds au service de puissants qui ont débranché leur cœur. Ils restent debout quand la société vacille si facilement au moindre coup de vent.

Les petites espérances

Avouons que ça fait un bien fou ! Le film est teinté d'une mélancolie tendre, empêchant peut-être pleinement l'émotion de nous étreindre. Mais on peut aussi admirer une fois de plus cette direction artistique oscillant entre nostalgie des fifties-sixties américaines (la vieille voiture en est l’illustration la plus symbolique) et réalisme coloré d'une époque sans joie. Le talent du réalisateur est de nous rendre ces "losers" attachants comme jamais. Il se moque de l'époque, s'amuse avec nos travers, nous fait rire avec des répliques gratinés, nous enchante avec son style à la Jacques Tati. Et pourtant il nous parle de la mondialisation, de la guerre en Syrie, de ces gens fuyant les guerres, traversant les frontières, seuls au monde, et surtout, avant tout, de la nécessité de rencontrer « l'autre », de l’écouter, de lui faire confiance, même si ce n’est pas gagné d’avance.

Alors oui, c'est une autre facette de l'espoir, celle des rêveurs. Et comme dans tous les rêves, le film se déroule selon un principe classique: le récit est attendu mais chaque séquence est inattendue. Aki Kaurismäki propose ainsi des scènes de la vie ordinaire qui ne se déroulent jamais comme le cinéma les imagine, comme le réel les construit. C’est une commerçante qui est fatiguée de sa vie et qui décide tout plaquer pour aller vivre à Mexico (pourquoi Mexico ?). C’est un restaurant miteux qui essaie de se reconvertir en restaurant japonais pour accueillir des touristes nippons (franchement la séquence la plus hilarante). Ce sont des sans abris qui foutent la frousse à des bons gros racistes. C’est un homme qui mise toute son épargne à une partie de poker contre des pros un peu maffieux (et ça ne se terminera pas comme on le croyait). Non, chez lui, rien ne se passe vraiment comme prévu. C'est le plus malin qui domine le plus fort. C'est le plus fragile qui s'en sort. C'est toujours la bonté qui l'emporte sur l'égoïsme. C'est l'âme et les actes qui remplacent la morale et les lois.

Si on aime indiscutablement les mises en scène du réalisateur, on reconnaît qu'on succombe indéniablement à ses propos. Il y a quelque chose de Robin des bois dans son cinéma. Il pend les riches pour sauver les pauvres... L’autre côté de l’espoir c’est la face cachée d’un monde obscur, où en souterrain, la transition se fait entre les anciens et les nouveaux, entre ceux qui arrivent et ceux qui accueillent. C’est une grande œuvre et du bel ouvrage. Un film en apparence simple mais infiniment précis et délicat, sensible et subtil. Il ne force rien, ni larmes ni rires. Il est juste. Juste du bon côté, là où on sait que « vivre sans espoir, c’est cesser de vivre », pour citer Dostoïevski.
 
vincy

 
 
 
 

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