Les étendues imaginaires de Slew Hua Yeo a reporté le Léopard d'or à Locarno en août dernier. Portrait de Singapour et de son arrière-cour (pas forcément reluisante), le film est une splendeur, à la fois surprenant et singulier.



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Manchester by the Sea


USA / 2016

14.12.2016
 



UN CŒUR EN HIVER





«- Personne ne peut mesurer ce que vous avez vécu.»

Par sa finesse d’écriture, le jeu subtil des comédiens, un scénario suffisamment habile pour révéler progressivement les dilemmes et enjeux de ses protagonistes, et une mise en scène qui ne recherche jamais la surdose d’émotions mais sait toucher juste avec un minimum d’effets, Manchester by the Sea est assurément un grand film.

Entre la hantise de la mort, ce deuil irréparable qui habite chacun des personnages, et la responsabilité de leurs actes et décisions, passés ou présents, le récit dessine avec profondeur une famille dévastée par le chagrin et devant affronter une réalité à laquelle elle n’était pas préparée. La notion de famille est d’ailleurs à prendre au sens large : l’oncle, l’ex-femme, la mère indigne et son nouveau mari, les amis, les deux copines, et donc au centre de tout cela , le neveu-fils-pote-amant. Lucas Hedges est une véritable révélation dans ce rôle pas évident du fils abandonné.

Ici le bonheur a pris le large. Ce beau film de Kenneth Lonergan ressemble à une douce marche funèbre regrettant les jours heureux à jamais révolus.

Pour incarner toutes ces traversées émotionnelles, ces eaux tourmentées, le cinéaste a écrit un personnage aussi mutique que souffrant intérieurement, pulsionnel que réservé, responsable et rejetant sa responsabilité. Un homme qui ne veut plus être en vie, parce qu’elle est décidément trop douloureuse. Interprété par Casey Affleck, parfait de bout en bout, portant toutes les scènes avec une maîtrise impressionnante de son personnage, Lee Chandler, col bleu un peu alcoolo, blessé à vif par une faute qu’il n’a jamais pu expier, devenu gardien à tout faire, efficace mais pas franchement aimable, asocial et solitaire, va devoir se confronter à son propre passé à la mort de son grand frère. La vie continuant, il va, aussi, devoir gérer le présent, et donc l’avenir, de son neveu. Cette fois-ci, il est l’homme blessé et l’homme piégé. Il ne peut plus fuir.

Rien ne peut réparer les morts

Avec quelques flash-backs, savamment bien distillés, on en apprend plus sur ce qui le hante. Mais le script de Kenneth Lonergan n’est pas qu’une litanie de regrets, loin de là. Il est profondément humain et s’intéresse davantage aux relations entre des personnages qui vivent la mort, l’après comme le maintenant, différemment. Ils regardent devant tout en nous expliquant ce qu’il s’est passé pour qu’une famille heureuse en arrive à ne plus communiquer. Ce drame d’un groupuscule d’américains moyens et ce drame crépusculaire où chacun va devoir se parler si les ténèbres ne veulent pas les avaler, est un message silencieux sur l’amour qu’on peut porter, par delà les tragédies, les erreurs et les malentendus. Manchester by the Sea aurait pu être un grand roman américain. Tout y est sobre et pudique, mélodieux et fluide. On s’attache immédiatement à ces personnages faillibles.

Est-ce la musique, la nature même du sujet, la qualité des acteurs ? Sans crier gare, le film tire quelques larmes. Il n’y a pourtant aucun pathos. La très belle relation entre l’oncle et le neveu, leur psychologie si précise dès l’écriture et jusqu’au jeu, rend l’histoire réaliste et captivante. Car ils se cognent l’un à l’autre. Leurs caractères sont opposés. Leur bienveillance les sauve de la détestation. Un amour enfoui qui ne cherche qu’à ressurgir, entre leurs dérapages et leurs oppositions.

La mort, cette faucheuse qui ne prévient jamais de ses méfaits, peut aussi être une catharsis. Un moment de vérité. L’instant où on remet les pendules à l’heure, où l’on pardonne, où l’on accepte de changer. Car si Casey Affleck semble handicapé des sentiments, cela ne l’empêche pas, loin de là, d’en éprouver. Manchester by the Sea est un drame sensible et sentimental qui panse des plaies béantes comme cette eau de mer, guérissant les cicatrices avec un sel qui les brûle. Ici, ni Dieu, ni justice ne peuvent rien faire face à la douleur intime et si universelle de la perte de l’un des siens.
 
vincy

 
 
 
 

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