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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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El traje


Espagne / 2002

12.05.04
 



T’AS LE LOOK, COCO !







"– Joli costume ! S’ils te voient comme ça en Guinée, ils te jettent"



Ne vous fiez pas aux apparences, bien au contraire. Le Costard tient autant de la fable insipide que son héros du gentil bougre innocent. Ceux qui espéraient estampiller du sceau "dénonciation sociale et humaine" le second long métrage d’Alberto Rodriguez, ont probablement déchanté. Pas de trace non plus d’un quelconque pamphlet antiraciste niais et empreint de bons sentiments à la sauce latine. La couleur de peau de Patricio est finalement anecdotique. Qu’importe le noir, le jaune, le rouge ou le bleu lorsque le blanc apparaît de suite comme la couleur dominante. Voire officielle. Dans ce cas le paraître l’emporte haut la main et le costume flambant neuf de Patricio, porté comme une seconde peau, n’aura pas l’effet escompté au départ.

Patricio ressemble trait pour trait aux nombreux enfants d’Afrique, pauvres et exploités en Europe. Le jeune camerounais lui, choisit de parader avec son costume. Comme d’autres opteraient pour un semblant d’études. Moins périlleux qui sait. Plus efficace sans doute. Sur le court terme. Les badauds sourient, les portes des boutiques s’ouvrent et les jolies vendeuses, jusque-là inaccessibles, échangent des clins d'oeil complices. Mais chez Rodriguez, la descente sur terre est aussi cruelle que libératoire. Le regard porté par les locaux sur le véritable Patricio n’évoluera jamais. Alors l’immigré naïf et honnête cédera sa place à un Patricio plus froid et calculateur (très grand Eugenio José Roca). A vrai dire plus humain. Les arnaques et les mauvais coups organisés en duo avec "Pain et fromage", l’aveuglent petit à petit. Mais rien ne sert de résister au mal, quand on se sent enfin vivre. Quitte à perdre son âme, l’amour et le respect des autres.

On est tout près ici du Voyage de James à Jérusalem. Si le jeune pèlerin de Ra’anan Alexandrowicz ne contemplait de la Ville sainte que sa banlieue proche, Patricio lui déambule à travers tout Séville. Rodriguez jubile à briser l’image d’une Espagne dansante, chaleureuse et tolérante. Un circuit fermé tout au plus. En dépit des kilomètres parcourus, Patricio arpentera sans cesse les mêmes rues jalonnées des mêmes immeubles aux fenêtres impénétrables. Effrayée par ce surplace, la mise en scène de Rodriguez s’étouffe parfois. Sauvée par un humour malin et une poésie généreuse. Une poésie sans frontières lorgnant du côté d’une Afrique mythique. Celle réunie dans une tendre cérémonie finale qu’aucun costume distingué ne remplacera jamais.
 
jean-françois

 
 
 
 

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