Glass clôt une trilogie commencée il y a 18 ans avec Incassable. Mélangé à Split, M. Night Shyamalan réussit son retour avec un film de genre, presque de série B, où le scénario et la mise en scène l'emportent sur les effets.



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Capri-Revolution
Colette
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Glass
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Le musée des au revoir
Le phallus et le néant
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Une jeunesse dorée



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Théo et Hugo dans le même bateau (Paris 05:59)


France / 2015

27.03.2016
 



AFTER HOURS





Cinq ans après Juste la fin du monde, un téléfilm adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, les réalisateurs Olivier Ducastel et Jacques Martineau reviennent avec Théo et Hugo dans le même bateau, un drame romantique hautement sensuel et sexuel.

Je bande monstrueusement

Théo et Hugo se rencontrent dans un sex-club. Passé le coït passionné, ils se baladent dans Paris, en pleine nuit et se confrontent à leur amour naissant. Voilà pour le pitch. Dès les premières minutes, Théo et Hugo dans le même bateau fait preuve d'une frontalité certaine et parfois dérangeante mais non moins intéressante. Parce que la première scène dure longtemps (23 minutes de partouze), le spectateur n'a d'autre choix que d'accepter le parti-pris des deux réalisateurs. Ils veulent tout montrer, représenter l'amour homosexuel, le désir charnel et la solitude du lieu. C'est chose faite. Et de manière remarquable, il faut bien l'avouer. Mais plus encore, c'est finalement avec cette volonté de ne pas de faire de la simple pornographie que les auteurs de Jeanne et le garçon formidable filment ici des scènes de sexe en plans (seulement) rapprochés.

Preuve qu'il est parfois bon de prendre des risques, Théo et Hugo s'offrent à nous dans des positions et dans des situations que l'on n'aurait pas forcément imaginées. Incarnés par les crédibles Geoffroy Couët (Theo) et François Nambot (Hugo), les deux personnages ne deviennent vraiment attachants qu'au sortir du sex-club, lorsque le film se permet enfin de respirer. Eh oui, le sexe est sans doute beau mais après la jouissance, il est toujours utile de reprendre son souffle et un rythme plus appréciable par tous.

Parce que "c'est quand même souvent comme ça que ça commence chez les gays" (dixit Olivier Ducastel), Théo et Hugo dans le même bateau est une œuvre ultra sexuée et sexuelle. Et cela se sent bien évidemment dans ses dialogues. S'il est évidemment question d'amour (et donc de sentiments) entre les deux jeunes hommes, le film n'oublie jamais que tout a commencé par du sexe. Voilà sans doute pourquoi le thème revient sans cesse. "Tes couilles aussi sont belles. Elles sont délicates dans mes mains. Pourtant elles pèsent" lance d'ailleurs Hugo. Moderne et contemporain à la fois, Théo et Hugo dans le même bateau évoque la sexualité sans détour mais sans faire dans le vulgaire ou l'inutilement cru.

Parce que l'histoire d'amour naissante entre les deux hommes est rapidement entachée par la séropositivité de l'un des deux, Théo et Hugo dans le même bateau pourrait être perçu comme un film gay. Ce serait une terrible erreur. Alors oui, le film traite de la relation de deux hommes homosexuels. Oui, toutes les scènes de sexe ou érotiques sont homosexuelles mais le film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau porte en lui un message qui va au-delà de la simple orientation sexuelle. Parce que "l'amour c'est universel" et "le sexe c'est universel" (dixit Jacques Martineau), ce drame romantique devrait parler à tous, même si on est bien conscient que le système (distribution, médias, a priori exclueront des spectateurs qui ne se sentent pas concernés). Ceci dit, on vous l'accorde, la scène d'ouverture pourrait en mettre certains mal à l'aise… mais c'était également, éventuelement le cas face à Love et La Vie d'Adèle.

Et après ?

Théo et Hugo dans le même bateau est une œuvre atypique et formidable. Il y a tout d'abord ce titre, pensé comme un clin d'œil aux Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette et Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda et qui donne très vite envie d'embarquer avec ces deux personnages pour un périple unique et commun à la fois. Filmé en temps réel, le film de Jacques Martineau et Olivier Ducastel laisse le temps d'apprécier le Paris nocturne. Celui qui ne s'offre le plus souvent qu'aux fêtards et aux insomniaques. Ce Paris désert et rempli de (jeux de) lumières qui nous fait aujourd'hui encore fantasmer et que l'on n'a pas fini d'aimer. Avec sa visite guidée du nord-est de la capitale, Théo et Hugo dans le même bateau propose ainsi des moments d'errance d'une rare beauté.

Et comme si les plans séquence, le montage de Pierre Deschamps et la photographie de Manuel Marmier ne suffisaient pas, Théo et Hugo dans le même bateau peut compter sur la musique de Karelle + Kuntur pour satisfaire son public. Electronique, électrique et énergique à la fois, chaque morceau a le mérite de rajouter de l'intérêt au propos du film. Petit bonus : le titre "The Jail That Sets You Free" d'Asaf Avidan est extraordinairement bien choisi. Pas étonnant dès lors que le film ait remporté le Prix du Public du Teddy Award lors de la dernière Berlinale tant le tout est beau et poétique. Si la scène d'ouverture contraste avec le reste du film, elle n'en demeure pas moins nécessaire, et rappelle le prologue de Happy Together de Wong Kar-wai, qui enlaçait ses deux héros pour ne plus avoir à revenir sur la nature de leur relation. Qu'ils filment leurs personnages de face comme de dos, Olivier Ducastel et Jacques Martineau livrent sans doute ici leur meilleur objet filmique.

Honnête du début à la fin et malgré quelques répliques sur-écrites, Théo et Hugo dans le même bateau est à ne pas éviter. Dur et léger, il ne manquera pas de vous faire rêver tout en vous forçant à sortir de votre zone de confort. Parce que l'amour et le sexe se produisent à des moments parfois inattendus, on ne saurait que trop vous le recommander.
 
wyzman

 
 
 
 

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