Laissez bronzer les cadavres est à la frontière du western, du polar et du giallo italien, avec geysers de sang, imagerie érotique, attente lourde et séquences solaires et moites. Et rien que pour ça, il faut aller le voir!



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Bang Gang (Une histoire d'amour moderne)


France / 2015

13.01.2016
 









"Ce sera un peu comme Action et Vérité sauf que y a que de l'action."

Dans une ville aisée de la Côte basque, George, une ado de 16 ans, tombe amoureuse d'Alex. Éconduite, elle décide d'organiser de grandes orgies pour passer le temps et oublier sa peine de cœur. Clair, simple et osé. Pour son premier long-métrage, Eva Husson ne fait donc pas dans la dentelle et trouve l'inspiration dans des œuvres de la pop culture et finit par livrer un film franchement dérangeant. Explications.

Sans intérêt

Si Bang Gang met en scène les chassé-croisé amoureux de cinq amis (George, Alex, Laetitia, Gabriel, Nikita), le film n'a qu'une seule héroïne, George. Jeune fille un peu paumée malgré des parents présents et aimants, celle-ci a tendance à se mettre dans de sacrés pétrins. En atteste son attirance pour Alex, jeune racaille dont les parents ont divorcé et l'ont laissé seul pendant des mois dans sa résidence secondaire. Comme prévu, le cadre est trop beau pour ne pas en profiter. Très vite, cette maison avec jardin et piscine finit par abriter des scènes dignes d'un mauvais teen movie.

Le premier reproche que l'on puisse faire à ce gang bang inversé se trouve au niveau de ses personnages principaux et de leur interprète. Rebelle dans l'âme mais affreusement seul, Alex (Finnegan Oldfield) ressemble très vite au mâle alpha délirant de la série anglaise Skinsweirdo accro à la musique. Enfin, comme il faut toujours un, Nikita (Fred Hotier) est le meilleur pote d'Alex, pas forcément beau mais incroyablement charmant. Ensemble, ils forment une curieuse bande de potes où l'on échange des fluides corporels plus vite que des briquets. Pour ce qui est des acteurs, leur blancheur ne manque pas de remiser au placard les filles de Virgin Suicides... Pour le côté réalisme et éclectisme du film générationnel, c'est raté.

Second reproche, cette narration trop linéaire et classique. George rencontre Alex. George tombe amoureuse d'Alex. George couche avec Alex. Alex repousse George. Alex couche avec Laetitia. George décide de se venger. Force est de reconnaître que niveau rebondissements, on a vu mieux même dans les sitcoms d'AB productions ! Qui plus est, nombreuses sont les interactions et les intrigues secondaires qui laissent de marbre. Pour l'exemple, c'est parce qu'elle se montre rapidement intéressée par Gabriel, qu'il est évident que Laetitia ne finira pas avec lui. De plus, l'intérêt d'un parent handicapé et donneur de leçon ("Y a des gamins qui font la révolution et vous, vous vous battez pour avoir le droit de baiser") dans un film sur le sexe est discutable. A l'instar de ces multiples narrateurs qui induisent en erreur et remettent en question la place de personnage principal de George.

Enfin, troisième reproche et pas des moindres, l'absence de vrai propos politique, de prise de recul sur le fait divers adapté ici. Qu'il parle d'une simple histoire d'amour ou de la sexualité des adolescents, nous aurions tendance à attendre de Bang Gang qu'il soit porteur d'un message - positif si possible. Peu importe lequel. Sauf qu'ici, il n'en est rien. La réalisatrice et scénariste enchaîne les dialogues creux sans vraiment aller jusqu'au bout. Les adolescents couchent entre eux, parfois pour la première fois, souvent sans protection. Et la réalité ne les rattrape qu'à la toute fin, lorsqu'il est question de grossesses et d'IST. Avec un cynique "Une piqûre plus de blennorragie, une pilule plus de grossesse, le conte de fées moderne", Eva Husson prouve à ceux qui en doutaient qu'elle n'a rien compris des adolescents de notre époque. Elle en dessine juste une caricature qui contentera des adultes dépassés et leur permettra de se conforter dans leurs préjugés.

Chaleur bonheur et fin de route

Cela étant, impossible de reprocher aux films des qualités esthétiques certaines. Certains plans se suivent avec une poésie parfois déconcertante. Les nuances et les tons choisis fond chaud au cœur. Le générique de fin est atypique et couillu. La musique de Morgan Kibby (alias White Sea pour les férus de musique électronique) est un régale. Mais la partie de plaisir s'arrête là. Car si la bande annonce de Bang Gang avait ce petit quelque chose d'alléchant et de singulier, le film fait dans la resucée. En effet, le destin des personnages est aussi joyeux que celui de ceux Nos 18 ans. Gabriel est aussi joyeux que le héros du Monde de Charlie. La petite bande fait autant rêver que la clique de LOL (Laughing Out Loud). Les sentiments amoureux sont aussi bien traités que dans J'aime regarder les filles. Et les héros se regardent faire l'amour avec autant d'enthousiasme que dans Yves Saint Laurent ou la série UnREAL. Bref, rien de palpitant.

Petite éclaircie au tableau : un double standard évoqué. Car si à l'origine les orgies de Bang Gang sont privées, l'arrivée de la technologie et la prise de photos et de vidéos complique le tout. Voilà comment George, adore fière et indisciplinée devient "la fille qui offre sa tournée à tous les mecs" et dont la mère a honte. Mais en expatriant son héroïne, Eva Husson enterre toute idée d'espoir. Après avoir été visitée face caméra par une dizaine de jeunes garçons, George peut dire au revoir à sa réputation et à toute forme de respect. Sous-entendu, parce qu'elle est une fille, on ne la félicitera jamais pour cet acte fou mais rebelle. Parce qu'elle est une fille, son corps ne sera jamais un objet dont il faut être fier mais un simple "réceptacle" pour les "gode-michets" des garçons. Enfin, parce qu'elle est une fille, elle devra toujours vivre avec l'idée qu'une sexualité débridée ne lui est pas permise. Voilà malheureusement ce que Bang Gang laisse entendre.

Pendant 98 minutes, c'est donc à une avalanche de chair et de seins auquel le spectateur assiste perplexe. Avec son titre stylisé façon Gossip Girl, Bang Gang ne raconte pas vraiment une histoire d'amour ou la découverte du sexe mais plutôt l'expérimentation de ses dérives. Parce qu'il n'est pas en mesure d'expliquer clairement ce qui se passe dans l'esprit de ces ados abonnés à la cocaïne le matin et qui s'empalent l'après-midi, le nouveau film d'Eva Husson est un beau raté. Beau parce que le film se regarde avec un certain plaisir. Raté parce que l'on a vite fait de l'oublier ! N'est pas Larry Clark qui veut.
 
wyzman

 
 
 
 

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