Damien Chazelle retrouve Ryan Gosling pour un biopic bipolaire: First Man est à la fois un drame intime et un ballet spatial. Immersif dans les étoiles et intériorisé sur terre, le film démontre une ambition cinématographique à l'écart du formatage hollywoodien.



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Nos étoiles contraires (The Fault in Our Stars)


USA / 2014

20.08.2014
 



RUNNING UP THAT ILL





« Tes efforts pour me repousser échouent ».

On peut rester perplexe devant le succès rencontré par le film Nos étoiles contraires. Ce Love Story pour ados, est adapté d’un roman qui connaît depuis deux ans un énorme succès auprès des lecteurs de moins de 20 ans (son auteur, John Green est désormais l’un des écrivains les plus riches du monde anglo-saxon et ses autres ouvrages s’arrachent à Hollywood).

Le résultat cinématographique est pourtant très décevant. Sans doute parce qu’il ne tient pas sa promesse de départ, quand l’héroïne nous assure que c’est l’anti-comédie romantique, qui ne finira pas avec un happy end et une chanson de Peter Gabriel. Sur ces deux derniers points, c’est juste. Sur l’aspect « comédie romantique », on n’est moins sûr : le romantisme, il y en a en surdose. La comédie, de temps en temps, est une tentative de diversion louable dans cette histoire de maladie terminale et de jeunes gens fauchés par la mort. Mais là aussi elle est mal exploitée (notamment le personnage de l’écrivain misanthrope et cynique, paroxysme d’un stéréotype, avec des dialogues maladroits).
Mais la promesse n’est surtout pas tenue parce que le film devait aussi nous montrer « la réalité », « la vérité » : le cancer, l’appréhension de la mort, la difficulté à vivre normalement.

Or, tout, du début à la fin, a des airs de conte de fée, de la rencontre amoureuse au voyage à Amsterdam, avec champagne au restaurant. La chronique mélodramatique est certes très bien interprétée et Shailene Woodley, davantage que ses comparses, prouve tout le bien qu’on pense d’elle. Talentueuse, elle sait une fois de plus ajuster sa voix, ses gestes, son regard comme il le faut. La finesse incarnée.

Hélas la mise en scène est plate et ne nous fait jamais palpiter. Il manque dans ce film soit la légèreté d’un humour un peu noir soit la sincérité d’un amour condamné. Le découpage tente de créer un rythme (un plan dure rarement plus de 5 secondes). Mais l’ennui nous gagne rapidement tant le scénario se déroule de manière classique, oubliant sans doute de créer la surprise. S’ajoute la voix off, paresse de scénariste. Ou la métaphore avec Anne Frank, insupportable de comparaison.

Ici, évidemment aucun Docteur House à l’horizon. La maladie l’emportera. Pourtant, autre erreur singulière de l’œuvre, le spectateur ressort avec l’espoir que l’un des personnages pourra s’en sortir. Ce mensonge est comme une supercherie pour sauver de manière hollywoodienne l’un des héros. Typique de notre civilisation qui veut bien affronter la mort de certains mais ne veut pas voir celle des autres. Au delà de ça, il reste admirable qu’un film avec une cancéreuse, un unijambiste et un aveugle aient séduit autant de spectateurs. On peut comprendre que les jeunes filles rêvent d’un prince charmant, fut-il avec une jambe en moins, qui clame « Ce serait un privilège que tu me brises le cœur ».

Mais de clichés qui se succèdent en intensité évaporée, de séquences didactiques en scènes un peu grotesques, la mélancolie nous fait sombrer dans la lassitude. Des ados qui rêvent d’une vie qui ressemble à des films et nous qui voyons un film qui ne cherche pas à ressembler à la vie. Les étoiles sont en effet contraires. On capitule face à tant de sirop (« Tu m’as donné une éternité quand nos jours étaient comptés »). Jamais bouleversés, anéantis par tant de lieux communs, nous voici « intouchables » et nous devrions culpabiliser de l’être. Face à la douleur, la souffrance, comment pouvons-nous rester insensible ? D’autant que Shailene est toujours belle, comme dans les romans à l’eau de rose, même au crépuscule de sa vie.

La réponse est simple : on peut avoir une histoire en or, des acteurs brillants, un sujet idéal, il suffit que la réalisation soit « plans-plans » pour que le spectateur soit laissé en plan.
 
vincy

 
 
 
 

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