Les étendues imaginaires de Slew Hua Yeo a reporté le Léopard d'or à Locarno en août dernier. Portrait de Singapour et de son arrière-cour (pas forcément reluisante), le film est une splendeur, à la fois surprenant et singulier.



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La Belle et la Bête


France / 2014

12.02.2014
 



BICHE Ô MA BICHE





«- Souviens-toi, une vie pour une rose.»

Efficace sans aucun doute. La Belle et la bête est une de ces machines aseptisées où l’image dicte le cinéma. Ici, aucune poésie, à peine quelques sentiments palpables, rien de magique ou d’ensorcelant. Christophe Gans regarde ailleurs, transformant le conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en un film d’ « heroïc fantasy », s’influençant de Peter Jackson côté effets spéciaux, d’Hayao Miyazaki pour le rapport à la nature et aux esprits, des récents reboots qui métamorphoses Blanche Neige en amazone maniant l’épée, ou encore d’Hollywood (des adorables bestioles qui semblent cousines des Gremlins).

Ce mix déjà vu reste techniquement bien fait. C’est d’autant plus appréciable que ce film calibré pour les marchés internationaux rivalise avec les talents des effets visuels d’Amérique ou d’ailleurs. Il fallait mieux : ce livre d’images où les histoires d’amour finissent toujours bien se lance le défie de plonger la Belle dans un univers fantasmagorique ambitieux.

Cependant, la principale faille de cette épopée est bien l’absence d’originalité. L’histoire même, très librement interprétée, ne s’enrichit d’aucun regard contemporain ou d’aucune grâce particulière. Tout est fait pour nous épater. Il s’agit d’un film populaire, pour les enfants, qui cherche à séduire les fans de Burton, Disney, et autres sagas comme Le Hobbit.

A l’image de cette phrase-code qui permet de rejoindre la Bête (« Plus que tout au monde ») et nous rappelle à chaque fois le tube de Pascal Obispo, les dialogues ne sont ni drôles, ni captivants. Les personnages secondaires sont caricaturaux. Vincent Cassel est égal à lui-même, tel qu’on pouvait l’imaginer dans la peau d’un monstre aux allures de Lion bon pour le divan d’un psy. Seule Léa Seydoux se distingue avec un personnage singulier, émancipé, et un jeu classique et efficace, assez subtil compte-tenu de l’ampleur de cette épopée.

Artistiquement et techniquement, le film est réussi. On aurait juste préféré une variation plus profonde de cette histoire connue par cœur. Une si belle prisonnière, un monstre si affreux, cela méritait mieux qu’un rapport de force masculin/féminin. De même, doutons de cette construction narrative où l’on voyage chaotiquement de la lecture d’un conte à l’illustration réelle de ce conte, en passant par des rêves explicatifs. Le récit est souvent coupé au mauvais moment, empêchant toute émotion de prendre son élan.
A trop vouloir être dans l’adaptation du conte, Gans oublie parfois les sensations que pourraient procurer son film : ainsi quand il nous montre la transformation du château et du seigneur en Bête, il ajoute une voix off qui créé immédiatement de la distance entre l’image et le spectateur.
Pesant et impressionnant, le film souffre de l’absence d’alchimie entre les différents points de vue.

Cependant, La belle et la bête reste une histoire éternelle, où la peur des individus et la cupidité des hommes sont bien plus dangereuses qu’un homme monstrueux. De sortilèges en invraisemblances, de romance en action, de sang en larmes et potion magique, le film, au final très prévisible, ne nous raconte pas grand chose mais nous embarque dans une aventure tous publics.

Ironiquement, il séduit mais souffre d’un manque de caractère. Il n’est ni Belle ni Bête. Juste une vision baroque d’une histoire romantique, plus spectaculaire et moins enchanteresse que le dessin animé éponyme de Disney. Et loin de l’hallucinante et majestueuse version de Cocteau.
 
vincy

 
 
 
 

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