Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Rebelle (Brave)


USA / 2012

01.08.2012
 



LA GRANDE (ET LA PETITE) OURSE





"Les légendes sont des leçons. En elles résonnent la vérité."

Orgueil et préjudices. Pour sa première princesse, Pixar a imaginé une jeune fille garçon manqué, émancipée, pas vraiment prudente ni délicate. Alors que son égoïsme et son entêtement vont la précipiter dans le chaos, la détermination et le courage de la Princesse seront ses armes face à la malédiction qu'elle va devoir déjouer. Rebelle à la chevelure cuivrée , épaisse et sauvage, au caractère bien trempé, cette princesse écossaise indomptable est un étrange mix entre les fables de Miyazaki (la mutation ensorcelée) et les histoires de Disney. Si artistiquement, la patte Pixar est indéniable, si le scénario est toujours mieux travaillé que chez ses concurrents hollywoodiens, si la mise en scène fourmille de jolies idées, on est loin de la subversion des précédents films du studio. En se confrontant pour la première fois à un monde humain sociable et à une morale convenue, le studio de John Lasseter (et Steve Jobs auquel il est rendu hommage à la fin du film), il perd de son innocence, de sa singularité, de sa personnalité. Même si le divertissement a encore toute sa place, si l'esthétique est sublime et si l'histoire est plaisante, rythmée par de l'action, de l'humour (pour tous âges) et de l'émotion.

On pourrait presque pousser la métaphore : Rebelle incarne Pixar tandis que Disney est la mère. L'une est frondeuse et veut vivre sa vie à sa façon, tandis que l'autre respecte les règles, les traditions, s'enferme dans un carcan trop serré, s'étouffe d'une sagesse trop convenue. La rébellion est aussi à ce niveau. Un affrontement entre deux styles, deux manières de voir le monde animé. Ce conte de fée se veut être original et moderne. Le tir à l'arc, idée mal exploitée sur la longueur, est filmé de telle manière que Robin des Bois est ringardisé et renvoyé au rayon des anciennes gloires du sport. Ici pas de beau prince galopant à vive allure sur un cheval blanc, mais plutôt des mâles vêtus de peau de bête et pas très séduisants. Aucune jeune princesse innocente à sauver (elle n'est déjà pas facile à marier), ni d'animaux chantants ou d'objets humanisés. Pixar préfère l'onirisme à l'infantilisation.

Il y a du Mulan avec cette jeune Celte. Mérida la Rebelle s'adapte à son époque et prône l'indépendance. Mérida reflète autant psychologiquement que physiquement le titre du film. Pour le physique, on est loin de la belle au bois dormant et son brushing parfait ou de Raiponce et sa longue natte faite de fleurs. Pour la première fois on ne voit pas une princesse aux cheveux lisses et soyeux : elle porte une tignasse, qui plus est rousse, mèche rebelle inclue. Véritable symbole de la femme revêche et caractérielle dans le cinéma hollywoodien. Il faut remonter à La petite sirène pour en avoir une dans le panthéon de Disney.

Disney avait pour habitude de nous faire croire au grand amour, avec le classique "...et ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants". Certes on ne sacrifie pas le "happy ending"à kleenex mais à condition d'y insuffler du réalisme. Les princes charmants n'existent pas (surtout pas dans l'Ecosse médiévale, à la limite de la consanguinité), non il n'y a pas une marraine, une étoile ou des nains qui veillent sur elle. Il y a une sorcière fantasque (cousine de celles de Miyazaki) et pas très bonne dans le service client (séquence hilarante du répondeur), des feux follets qui la mènent vers son destin (à travers des étapes périlleuses parfois) et trois petits frères tous droits sortis des Razmokets, véritables canailles.

Ça nous change des contes de fées et autres histoires cul-cul la praline du type Twilight, mensonges sans vergogne et on se prend à rêver : à quand la princesse en surpoids (pas forcément en ogresse verte), en mère célibataire ou rencontrant un prince homosexuel?

Car on voit bien qu'avec Rebelle, on amorce un virage sur la vision des sexes dans le dessin animé : les hommes sont dominés par les femmes. Au mieux, ils sont sympathiques, frimeurs et drôles, au pire, une bande de brutes rancunières. Histoire de femmes par conséquent. Grâce à une écriture qui va crescendo (tant dans le délire que dans la manière de piéger les personnages vers le final dramatique), cette histoire de rivalité mère/fille devient surtout intéressante lorsque les conflits sont intérieurs : le combat entre la raison et l'aspiration pour l'une, le déchirement entre la protection maternelle et l'instinct animal pour l'autre. Plus important que l'amour, il y a donc la famille. Véritable valeur talon de Pixar, de Toy Story à Monstres & Cie, de Là-haut à Cars, du Monde de Némo aux Indestructibles, en passant par Ratatouille. La famille sous toutes ses formes, celle qu'on choisit, pas celle forcément qu'on subit.

Et c'est bien en cela que Rebelle se distingue des autres productions Pixar, et devient plus Disney. La famille, ici, est subie. Par héritage même. De la même manière qu'il n'y a que des humains, qu'il n'y a aucune échappée solitaire et misanthrope, le film d'animation n'a pas de filiation directe avec les autres oeuvres du studio. A l'opposé de son meilleur film, Wall-E (subversif, audacieux, apocalytique, amoureux), Rebelle est traditionnel, classique, romanesque et familial. Il porte finalement très mal son titre : le personnage est certes rebelle, le film est, en revanche, terriblement consensuel.
 
cynthia, vincy

 
 
 
 

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