Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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La taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy)


Royaume Uni / 2011

08.02.2012
 



SOUPÇONS





«- Ce que le Cirque prend pour de l’or ne vaut rien.»

John le Carré est un romancier difficile à adapter : ses histoires pleines de méandres, complexifiées par des rapports humains obscurs et des enjeux géostratégiques rarement simples à décrire forment un défi pour n’importe quel scénariste. Les premières adaptations – L’espion qui venait du froid, The Deadly Affair, La petite fille au tambour, La miason Russie – étaient plutôt inégales, malgré une atmosphère souvent fidèlement restituée. Dans les années 2000, John Boorman avec Le tailleur de Panama mais surtout Fernando Meirelles avec The Constant Gardner ont transformé les romans de Le Carré en des œuvres plus personnelles, mais, néanmoins, efficaces et passionnantes. Tomas Alfredson continue sur cette même lancée avec La Taupe. Un suspens stylisé, dotée d’une direction artistique soignée et envoûtante, autour d’un scénario labyrinthique. Gary Oldman y joue un Thésée mutique cherchant le chemin vers le Minotaure, un agent double au sein même des services secrets britanniques.

L’œuvre, dans son ensemble, est proprement emballante. La tension est installée dès le début. La narration s’autorisera alors des allers et retours pour mieux nous perde dans ce cirque, où une brebis galeuse menace l’équilibre de chacun. Les années 70, de béton, de textiles marrons et de cieux grisâtres, nous invitent dans un voyage dans le temps, à la fois atemporel et daté. Un anti James Bond se dessine devant nos yeux. Une série de personnages dépressifs ou déprimants se donnent en spectacle, persuadés que leur tour sera meilleur que celui du voisin.

La taupe ne concède rien : ni glamour, ni romantisme. Les histoires d’amour sont des histoires de peines perdues. La plus belle étant celle qui sera sacrifiée au final. Evidemment, il y a ce casting. Oldman, méconnaissable et fabuleux, Firth, Hurt Hinds, Hardy (aux jeans moulants très allumeurs) … Tous portent une douleur sur leurs épaules abattues, mais aussi l’élégance d’une dignité qui semble avoir été égarée depuis ces années là.
Il y a deux taupes dans ce film entre gris clair et gris foncé. La véritable, celle que l’on recherche parmi ce « gang » d’agents. Et il y a l’enquêteur, qui pourrait être le traître, incarné par Oldman (qui porte mal son nom de Smiley), qui a besoin de nouvelles lunettes pour mieux y voir. On le sait : les taupes sont myopes.
Il y a aussi une vedette cachée dans ce film : le siège du MI:6. Un dédale où la lumière du jour est presque absente. Une sorte de souterrain. Se singularisant des productions actuelles, Alfredson se sert à merveille de ses décors pour mieux nous embarquer dans son histoire de suspicions. Derrière ça, il dépeint un déclin de la puissance britannique (déjà), des tensions politiques entre les partisans d’une alliance avec les services américains, et se sort avec maestria d’une intrigue à tiroirs (comme une commode gigogne). Il nous fait voyager dans des villes fluviales comme Istanbul, Londres et Budapest. Il calibre tout son film sur des symboles, mais, mieux, preuve de son talent indéniable, il les manipule avec des séquences en parallèle, des flash backs, des digressions jamais inutiles et des sous entendus qui seront, au contraire, très utiles.

Entre sens du devoir et grosses crises de doutes, les personnages subissent une pression psychologique qui donne une dimension avant tout humaine à ce puzzle. Un piège à cons, où les britanniques sont un maillon faible de la Guerre froide. Le jeu des apparences, les secrets enfouis, pour ne pas dire refoulés, conduisent tous les personnage sà une solitude extrême, rendant le film presque frigide.
Et pourtant, on y prend un plaisir immense. Avec la rare impression qu’on nous a livré un divertissement intelligent, cérébral même. Certes les sensations éphémères des blockbusters d’actions sont absentes. Mais le spectateur en sort épaté par tant de jouissance cinématographique.
 
vincy

 
 
 
 

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