Premier film "américain" de Mélanie Laurent, Galveston est un mélo noir, où l'humanité l'emporte sur la violence, où la nature est dominante et où la justice est défaillante. Mérite le détour.



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Les marches du pouvoir (The Ides of March)


USA / 2011

26.10.2011
 



LES HOMMES DU FUTUR PRÉSIDENT





«- Est-ce que les démocrates ont jamais élu un athée ?
- Ils ont déjà élu un crétin.
»

Les primaires américaines n’ont rien à voir avec les primaires organisées en France. C’est une campagne électorale parallèle, avec u déploiement de moyens et une intensité politique qui révèle ou détruit un candidat. George Clooney, comme il l’avait fait avec la télévision ou le sport, s’attaque donc à ce mouvement de masse, à la fois médiatique et manipulateur.

Et comme dans ses précédents films, Clooney joue les désenchanteurs. Même si la bombe sexuelle Ryan Gosling a tout du candide, avec son lot d’idéalisme et de rigueur intellectuelle, le cynisme s’invite rapidement dans la machine, qui va, progressivement, se gripper avec des grains de sables, se relancer avec des concessions broyant toute utopie. Lucide et désabusé, il faudra, pour grimper les marches, devenir aussi monstrueux que ses mentors. C’est un croyant qui perd la foi au côté d’un athée qui galvanise par ses prêches hypocrites. Le prédicateur-candidat Clooney semble trop parfait pour être honnête. Evidemment, les rouages vont s’abimer au contact de certaines vérités.

Ironiquement, Clooney démarre son film avec une séquence qui en dit long. Gosling joue les doublures de son patron, gouverneur présidentiable. Il énonce un discours auquel il ne croit pas. Et conclut par un « Ne votez pas pour moi ». Tout est déjà dit. Même si le sens était différent, la phrase claque.

Les marches du pouvoir est une fiction. Si le cadre électoral semble réaliste (y compris dans le positionnement politique des deux adversaires, l’un très progressiste l’autre plus conservateur, ou même la carte électorale qu’ils se partagent) , le réalisateur ne réinvente rien : Primary Colors ne montrait déjà pas autre chose que ce qui nous est dévoilé (équipes, pression, chasse aux voix).

Le film mélange alors trois forces et une faiblesse pour se détacher des autres fictions de ce genre. Commençons avec la faiblesse : la dramaturgie. Trop simple, trop évidente, trop facile. On le saura qu’il ne faut pas niquer une stagiaire (alors qu’on peut envoyer au massacredes centaines d’hommes). Le scénario, en intégrant un enjeu dramatique et intime, échoue à nous captiver sur sa partie la plus romanesque. Même si elle influe fortement sur le comportement des deux personnages principaux, si elle fait glisser le film vers une noirceur froide, on aurait sans doute souhaité plus d’inventivité dans le prétexte.

Mais grâce à ce duo Gosling/Clooney, autant charmeur que subtil, florentin qu’ambitieux, Les marches du pouvoir séduit là où il aurait pu agacer. On retrouve ici un écho au couple conflictuel Burt Lancaster / Tony Curtis dans Tempête à Washington. Les seconds rôles donnent aussi du caractère à l’ensemble, tous admirablement campés avec ce qu’il faut de brutalité et d’usure. Ils ont tous de bons dialogues à se mettre sous la dentes. L’humour est plutôt sarcastique et parfois jaune mais il allège l’atmosphère pessimiste qui déteint au fil des scènes. Il en faut tant n’importe quel fervent citoyen pourrait douter du système après avoir vu ce pamphlet (certes un peu convenu)/ Clooney en profite tout de même pour distiller quelques unes de ses idées : laïcité, pro-IVG, anti peine de mort, pro mariage gay…

Mais en étant davantage dans les coulisses que sous les feux des flashs et des projecteurs, cette campagne a un goût de critique acide sur la démocratie en Amérique. Le plus beau plan est sans doute celui où Gosling est à l’arrière d’une scène, dans l’ombre, avec le drapeau américain à l’envers. Une image et tout est dit. Une élection se joue en contre-jour. Jeux de pouvoir à coup de téléphones mobiles, sondages, calculs mathématiques, influences et nuisances, liaisons dangereuses, licenciements abusifs. Il y a de quoi faire tout dérailler, y compris son propre équilibre. « A la moindre erreur, tu n’as plus le droit de jouer ». Cela pourrait s’appliquer au show-biz. « La politique rend apathique, cynique. » Ce sont des parties de billards, des duels entre le bon et le truand pour virer la brute (dans une cuisine, car ce n’est finalement que de la cuisine).

Coups de putes, coups de bluff, coups bas… il est assez logique que tout cela finisse de manière assez morbide, glaçante. En enterrant un des protagonistes, chef d’orchestre des primaires, on met sous terre les grandes causes, et la démocratie en est une. Le film finit désincarné.

Une parabole de notre système. Les marches du pouvoir mènent peut-être vers le haut de la pyramide, mais le film nous fait descendre dans une zone marécageuse où le dégoût n’est pas loin et le brouillard assez opaque.
 
vincy

 
 
 
 

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