Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Inception


USA / 2010

21.07.2010
 



L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR NOLAN





«- L’inspiration ne se falsifie pas.»

Avec Inception, Christopher Nolan prouve une fois de plus qu’il est l’un des meilleurs cinéastes de ces dix dernières années. Bluffant avec son Dark Knight, il en retrouve ici le sens du spectaculaire et l’intensité dramatique, et même quelques ingrédients scénaristiques. Si l’ensemble paraît un peu plus vain, c’est-à-dire qu’il lui manque un discours substantiel politique, une vision subversive entre réalité et virtualité ou une quête initatique, cela ne gâche pas l’ambition du film : un divertissement complexe, impressionnant et tragique.
Captivant, Inception est un labyrinthe où l’on a peur d’être perdu lors de la mise en place. Le démarrage, à la limite du confus, difficultueux, enchevêtre explications de « science-fiction » et images très rapides. Mais Nolan s’avère, une fois de plus, un auteur hors-pair. Et cette imbrication de rêves et de réalité devient rapidement fluide, et limpide.

Il ajoute à son histoire d’espionnage « mental » et de braquage de « conscience » un trauma personnel, un deuil coupable, qui humanise ces univers très matériel. Car on reste surpris de l’imaginaire de Nolan concernant nos subconscients : les délires s’avèrent rationnels, cadrés, peu fantasmagoriques, et surtout il leur manque une dose de sensualité ou de sexualité. On aurait aimé qu’à l’instar d’un des personnages qui prend un fusil plus imposant que celui de son collègue, que Nolan suive son précepte : « N’aie pas peur de rêver plus gros ». Ici personne ne rêve de « plage » ou de filles/mecs à poil. Une invraisemblance lorsqu’on sait que nos rêves sont amoraux, déshinibés, sans tabous. Toute la limite réside dans cette froideur permanente, sauvée par un enchaînement d’actions époustouffantes et une émotion palpable, incarnée brillamment par DiCaprio (impeccable tourmenté), Cotillard (efficace femme fatale), Page (géniale intuitive), Murphy (idéal d’ambivalence) et Watanabe (tout en nuances).

Nolan flirte ainsi avec le cinéma classique de John Ford, ou de son héritier Michael Mann. Un cinéma clinique et viril, élégant, gracieux même, et référencé. En effet, de Matrix à James Bond en passant par Mission : Impossible, Inception puise ses séquences dans de nombreuses productions à effets spéciaux. Il réutilise aussi le symbole du Rosebud pour compléter le portrait psychologique de la cible. Et même la poursuite du trauma originel, soit le suicide d’une femme idéale dont le héros est le responsable, ressemble, y compris dans son illustration visuelle des méandres psychologiques, à Vertigo : on y retrouve les hallucinations (projections dans le langage du film) et les phobies du traumatisé.
Difficile de réinventer, surtout après The Dark Knight. Cependant, il élève le niveau, avec des films dans le film, où quatre rêves se superposent, tel un jeu de tête, entre puzzle et rubik’s cube. Le découpage parfait parvient même à dépasser quelques scènes de chasses ou de tirs un peu longues. Nolan utilise surtout un procédé dont il abuse rarement habituellement, mais avec lequel il semble s’être éclaté : le ralenti. Cela lui permet d’illustrer intelligement les distorsions de temps (chaque rêve ne défile pas à la même vitesse, en perception).

Prince des illusions, le cinéaste brouille le jeu à partir de son concept. Insuffler l’idée que l’inception est possible, tel un virus contagieux, dans l’esprit du spectateur. Son film est une forme d’inception, et non pas d’extraction. Ce parallèle entre le film en tant que sujet (l’idée de départ) et le film en tant que produit (l’effet qu’il cause) amène à penser que cette production impressionnante est une parabole (donc un hommage) du cinéma. Finalement le 7e art n’est qu’un mélange astucieux (ou pas) d’une idée originale (qui va s’insérer dans nos mémoires, dans notre subconscient), de fantasmes, d’images irréelles, de reflets à notre vécu. Ce qu’est exactement Inception. Un implant imaginaire qui peut s’amuser avec la gravité, la distorsion du temps, ou encore le passage d’un décor (tous somptueux) à l’autre sans cohérence.
Une fois de plus, ce délire paranoïaque et schizophrénique nous piège et nous emballe. Même sans la profondeur noire de Dark Knight, Inception s’impose comme un film hollywoodien bien supérieur aux productions consommées ces derniers temps. Sans doute parce qu’il stimule autre chose que les yeux ou nos nerfs.
 
vincy

 
 
 
 

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