Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 24


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 22

 
Traffic


USA / 2000

07.03.01
 



DE LA POUDRE AUX YEUX DE TOUS





"- Pas dedans. La poupée est la cocaïne."

Avec Erin Brockovich, Steven Soderbergh nous avait démontré combien sa virtuosité de réalisateur alliée à son excellente direction d'acteur pouvaient sublimer le récit d'un simple fait divers. Avec Traffic, il met les bouchées doubles et s'attaque à un sujet de société fleuve: la drogue et ses implications politico judiciaires. A première vue les ingrédients idéals pour une ouverture de soirée débats télévisuels. Le film est effectivement très documenté, les angles d'attaque du sujet diversifiés grâce à une division du récit en trois intrigues distinctes qui n'ont pas trop de deux heures et demi pour trouver leurs aboutissements respectifs. Traffic ne tourne pas pour autant à la démonstration au marqueur alourdie de détails fastidieux.
Soderbergh déploie toute son efficacité pour rendre l'histoire captivante. Une caméra nerveuse portée en général sur l'épaule parvient à capter l'essentiel et à rendre un grand naturel au multiples événement. Le réalisateur glisse sur les transitions de plans, pour ne conserver que les faits et gestes les plus expressifs de ses protagonistes adoptant ainsi un format très reportage. Le spectateur est baladé d'un lieu géographique à un autre mais jamais égaré. Les choix artistiques au niveau de la photo balisent chaque récit. Le plus remarquable étant le grain et les tons ocres des séquences mexicaines, littéralement en no man's land, apportant une dureté et une urgence à l'action sans toutefois tomber dans la caricature clipesque.

Le réalisateur sait aussi manier ses acteurs. L'interprétation de la plupart sonne juste. On accordera une mention spéciale à Benicio Del Toro et à son jeu rempli de nuances pour un personnage qui jongle avec les compromis. Catherine Zeta Jones toute en rondeurs dues à sa grossesse, appuie la vulnérabilité de la mère qu'elle incarne, épouse d'une figure politique corrompue, poussée à franchir la ligne de la légalité pour préserver sa famille. Aucun des protagonistes ne sera épargné par les éclaboussures diverses des affaires auxquelles ils sont liés, car il n'y a point de héros dans ce film, juste des êtres humains qui se heurtent dans leur naïveté au système implacable du libéralisme. Les utopies sont loin, chacun se résignera à l'humilité, l'échiquier est truqué, les coups sont programmés à l'avance, il ne reste plus qu'à cultiver son propre jardin (en évitant les végétaux prohibés naturellement) pour tenter de conserver une raison de (sur)vivre.
C'est par ce réalisme amer que Traffic est un film lucide, sans idéologies, mais sans désengagements pour autant. Loin de l'image de l'Amérique triomphante, garante de l'ordre mondial, Soderbergh à l'instar d'un Oliver Stone inspiré, explore les fêlures de la bannière étoilée et l'impunité sous laquelle agissent ses dirigeants. La drogue n'est pas qu'un fléau, échappatoire d'une population paumée en quête d'identité et de reconnaissance, elle est aussi un vecteur de réussite totalement lié aux lois du marché libéral. Solution providentielle de développement économique pour des pays situés dans l'ombre du géant capitaliste américain, promesse de stabilité de pouvoir et de pérennité pour d'autres, le marché des narcotiques est totalement greffé aux rapports de force qui régissent les pays. La drogue un business comme un autre avec sa cotation à la Bourse ? A partir du moment où c'est une affaire rentable...

Si Traffic n'a pas l'ambition de nous apporter son lot de révélations fracassantes sur le sujet, il nous permet en tout cas certainement de nous confronter à la logique du système qui est le notre. Loin de tout discours manichéen, par sa réalisation au rythme sans faille, par ses personnages touchants et en demi-teintes, Traffic s'impose comme un témoignage prenant de bout en bout, en totale connexion avec son époque
 
petsss

 
 
 
 

haut