Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Traffic


USA / 2000

07.03.01
 



DE LA POUDRE AUX YEUX DE TOUS





"- Pas dedans. La poupée est la cocaïne."

Avec Erin Brockovich, Steven Soderbergh nous avait démontré combien sa virtuosité de réalisateur alliée à son excellente direction d'acteur pouvaient sublimer le récit d'un simple fait divers. Avec Traffic, il met les bouchées doubles et s'attaque à un sujet de société fleuve: la drogue et ses implications politico judiciaires. A première vue les ingrédients idéals pour une ouverture de soirée débats télévisuels. Le film est effectivement très documenté, les angles d'attaque du sujet diversifiés grâce à une division du récit en trois intrigues distinctes qui n'ont pas trop de deux heures et demi pour trouver leurs aboutissements respectifs. Traffic ne tourne pas pour autant à la démonstration au marqueur alourdie de détails fastidieux.
Soderbergh déploie toute son efficacité pour rendre l'histoire captivante. Une caméra nerveuse portée en général sur l'épaule parvient à capter l'essentiel et à rendre un grand naturel au multiples événement. Le réalisateur glisse sur les transitions de plans, pour ne conserver que les faits et gestes les plus expressifs de ses protagonistes adoptant ainsi un format très reportage. Le spectateur est baladé d'un lieu géographique à un autre mais jamais égaré. Les choix artistiques au niveau de la photo balisent chaque récit. Le plus remarquable étant le grain et les tons ocres des séquences mexicaines, littéralement en no man's land, apportant une dureté et une urgence à l'action sans toutefois tomber dans la caricature clipesque.

Le réalisateur sait aussi manier ses acteurs. L'interprétation de la plupart sonne juste. On accordera une mention spéciale à Benicio Del Toro et à son jeu rempli de nuances pour un personnage qui jongle avec les compromis. Catherine Zeta Jones toute en rondeurs dues à sa grossesse, appuie la vulnérabilité de la mère qu'elle incarne, épouse d'une figure politique corrompue, poussée à franchir la ligne de la légalité pour préserver sa famille. Aucun des protagonistes ne sera épargné par les éclaboussures diverses des affaires auxquelles ils sont liés, car il n'y a point de héros dans ce film, juste des êtres humains qui se heurtent dans leur naïveté au système implacable du libéralisme. Les utopies sont loin, chacun se résignera à l'humilité, l'échiquier est truqué, les coups sont programmés à l'avance, il ne reste plus qu'à cultiver son propre jardin (en évitant les végétaux prohibés naturellement) pour tenter de conserver une raison de (sur)vivre.
C'est par ce réalisme amer que Traffic est un film lucide, sans idéologies, mais sans désengagements pour autant. Loin de l'image de l'Amérique triomphante, garante de l'ordre mondial, Soderbergh à l'instar d'un Oliver Stone inspiré, explore les fêlures de la bannière étoilée et l'impunité sous laquelle agissent ses dirigeants. La drogue n'est pas qu'un fléau, échappatoire d'une population paumée en quête d'identité et de reconnaissance, elle est aussi un vecteur de réussite totalement lié aux lois du marché libéral. Solution providentielle de développement économique pour des pays situés dans l'ombre du géant capitaliste américain, promesse de stabilité de pouvoir et de pérennité pour d'autres, le marché des narcotiques est totalement greffé aux rapports de force qui régissent les pays. La drogue un business comme un autre avec sa cotation à la Bourse ? A partir du moment où c'est une affaire rentable...

Si Traffic n'a pas l'ambition de nous apporter son lot de révélations fracassantes sur le sujet, il nous permet en tout cas certainement de nous confronter à la logique du système qui est le notre. Loin de tout discours manichéen, par sa réalisation au rythme sans faille, par ses personnages touchants et en demi-teintes, Traffic s'impose comme un témoignage prenant de bout en bout, en totale connexion avec son époque
 
petsss

 
 
 
 

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