Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


Newmarket  

Production : Icon productions
Distribution : Quinta Communications
Réalisation : Mel Gibson
Scénario : Mel Gibson, Benedict Fitzgerald
Montage : John Wright
Photo : Caleb Deschanel
Musique : John Debney
Durée : 127 mn
 

James Caviezel : Jesus
Monica Bellucci : Marie Madeleine
Claudia Gerini : Claudia Procles
Maia Morgenstern : Marie
Sergio Rubini : Dismas
Mel Gibson : un romain
 

site officiel américain
site officiel français
 
 
The Passion of the Christ (La Passion du Christ)


USA / 2004

31.03.04
 

Définition




"Passion : Affection très vive éprouvée pour quelque chose. Amour ardent. Emotion violente et irrationnelle. La Passion : les souffrances du Christ sur le chemin de la Croix et son supplice."
Telle est la définition précise du dictionnaire. Les 4 nuances correspondent au film dont nous allons parler. Clairement ce film déchaîne les passions, de la très Catholique Pologne qui l'adore au très Catholique Mexique qui l'interdit aux mineurs, des juifs qui hurlent à l'antisémitisme au Cardinal Lustigier qui réfute cette imagerie gore et tendance. Cité dans Le monde, il explique que l'amour de Dieu "ne se mesure pas en litres d'hémoglobine et de sang versés". "Pour nous, le sang du Christ, il est dans le calice au moment de la liturgie." Il regrette ainsi les icônes byzantines, les films de Pasolini ou Kieslowski. Pourtant la France chrétienne, avec la femme du Président en grenouille de bénitier, n'a pas rompu avec ses origines cathos rigoristes. Télérama, hebdo tendance catho de gauche, a devancé l'appel en mettant le débat à sa Une la semaine précédent la sortie du film. KTO, chaîne ecclésiastique, va y consacrer une journée de programmation, ce qui ne devrait pas augmenter terriblement son audience (minime). Les églises extrémistes du type Saint-Nicolas du Chardonnet devraient envoyer leur bataillon de fidèles traditionnalistes. Quant à Marin Karmitz, patron de MK2, il refuse tout simplement de diffuser son film dans ses multiplexes : "Voir un homme torturé pendant deux heures avec un pot de pop corn à la main, est quelque chose qui me révulse", a-t-il déclaré. Il en rajoute une couche : "Pour moi et les gens qui travaillent avec moi, le cinéma ne peut pas être un instrument de propagande fasciste. Je ne souhaite pas me prêter à ce type de manipulation". Il justifie son propos en détaillant le fascisme, le révisionnisme et l'antisémitisme qu'il reproche au film.
Ca n'empêchera pas le film d'être distribué dans 600 salles le 31 mars 2004 en France. Ironie du sort, Bellucci, alias Marie-Madeleine, sera doublement à l'affiche avec Agents Secrets ce même jour. Le film a subit un chemin de croix pour être projeté en France. Il faut signaler que depuis l'incident d'un cinéma carbonisé à l'occasion de la sortie de La dernière Tentation du Christ (de Martin Scorsese), les exploitants et distributeurs sont un peu refroidis par ce genre de films polémistes. Peu de distributeurs ont été approchés; beaucoup ont refusé de s'y brûler les doigts. Il faut prendre en compte un double contexte : d'abord la France se réclame d'une laïcité très républicaine qui se méfie de l'Eglise surtout au coeur d'un débat lié à la place des religions dans l'espace public. Ensuite depuis deux ans, la France subit des attaques clairement antisémites (synagogues, cimetières juifs, ...) qui la place au ban de la communauté judaïque (en Israël comme aux Etats-Unis) poussant même certains Français de cette confession à s'expatrier. Cette Passion est donc franchement mal venue.
D'autant qu'elle est défendue par les ennemis du Judaïsme : un pape (et ses conseillers) plus proche de l'Opus Deï que de Vatican II (que Gibson rejette), Yasser Arafat, et le père de Mel Gibson, lui-même.

Polémique
Hutton Gibson a profité de la polémique autour du film de son fils pour relancer ses propres thèses révisionnistes et antisémites. Perle parmi d'autres : ">Ils soutiennent qu'avant la guerre il y avait 6.2 millions de Juifs en Pologne, et qu'au cours de l'Holocauste, 6 millions d'entre eux ont été exterminés. Seulement, les Allemands n'avaient pas assez de gaz pour incinérer autant de monde. Ces Juifs se sont tout simplement déplacés et ont occupé le Bronx, Brooklyn, Sydney, en Australie, et Los Angeles."
Parenthèse, La liste de Schindler sort en DVD ce mois-ci, nous vous le conseillons si vous avez encore un doute sur ce que les Nazis ont fait subir aux Juifs, mais aussi aux Gays, aux Tziganes, aux gitans et aux handicapés. Fermons l'aparté.
Du coup Mel Gibson est monté au front. Et il est temps pour nous de parler de l'auteur, l'initiateur, l'allumeur de service.
Star parmi les stars, Mad Max touche gros à chacun de ses films; aux alentours de 25 millions de $ sans le pourcentage annexe. Le réalisateur a commis deux oeuvres : L'homme sans visage en 1993 (intéressant mais assez chiant) et BraveHeart en 1995. Ce dernier a remporté l'Oscar du meilleur film et celui de meilleur réalisateur. On ne comprend toujours pas pourquoi. Hormis la violence extrême du film qui ne peut tenir lieu de mise en scène, BraveHeart n'a rien d'épique et glorifie l'homophobie, la misogynie et le martyr d'un rebelle qui se prend pour le Christ. Déjà. Le film est un succès. Et longtemps Gibson caresse l'espoir de réaliser un remake de Farenheit 451. C'est sans compter sur son illumination personnelle. Gibson, à l'instar de George W. Bush, est un "Born Again Christian". Un homme qui a touché le fond (crime, alcool, drogue ou toutes sortes de poisons de ce genre qui détruisent les vies) et qui s'en est sorti grâce à la religion (et non pas grâce aux Alcooliques anonymes, par exemple). De nombreux prisonniers, des esprits fragiles succombent à la force de Dieu et prennent ça pour de la foi. Souvent plus zélés que les plus croyants, ces B.A.C. (Chrétiens de nouveau) font leur résurrection à travers une vie pieuse et une vision très radicale de ce qui est bien et mal. Tout un pan de la chrétienté américaine a déjà été converti, se propageant désormais dans les chapelles des pays en voie de développement, notamment au Brésil. En France, la loi appellerait ça une secte. N'oublions pas d'où viennent les Américains : du Mayflower, qui rassemblait une centaine de pèlerins puritains chassés des Pays Bas pour s'être opposés à l'Eglise Anglicane. Les graines sont semées. Pour la star, Dieu lui aurait parlé directement un jour où il tentait de se suicider.
Gibson homophobe et antisémite? C'est évidemment plus complexe que cette caricature. Le bonhomme adore Certains l'aiment chaud et travaille quotidiennement avec des professionnels de la profession de toutes confessions. Il s'est clairement exprimé contre la Guerre en Irak et ne passe pas pour un fan de Bush. Derrière un calcul financier et une stratégie marketing très huilée, Gibson a clamé partout que ce film lui avait été dicté par Dieu en personne. Mais face à la polémique (merveilleuse publicité gratuite), il a du quand même faire quelques concessions. Trop bon, Gibson a usé du pardon. Il pardonne aux critiques qui ont attaqué son film (voilà, Petsss, tu es pardonné). Il pardonne même aux Juifs (qu'il aime) et prient pour eux. Il faudra faire un jour une étude sur l'impact du temps de prière des Américains sur la productivité nationale. Gibson touche juste en revanche quand il dit que la Bible n'est pas un livre pour les enfants. C'est même pire qu'un Stephen King lors de certains passages. Il a été contraint, malgré tout, à couper une scène de son film. La séquence, à la fin du procès, reprenait une citation de l'Evangile selon Mathieu ("Que son sang soit sur nous et nos enfants!"). Cette phrase a souvent été mal interprétée en rendant le peuple Juif coupable collectivement de la mort de Jésus.

Multiplication des dollars
Depuis sa sortie, le 25 février dernier, La Passion du Christ a dévasté le Box office. Le film a récolté plus de 300 millions de $ en un mois et devrait atteindre les 350-400 millions sans soucis. Les experts de Wall Street estiment que, tous droits confondus, Mel Gibson empochera à titre personnel 300 millions de $. Par ici la charité. Mieux qu'un télévangéliste! Même la bande annonce se vend comme des petits pains. Bref, l'acteur marche sur l'eau.
Reconnaissons que ce n'était pas gagné d'avance. La Fox, avec qui Icon, la société de Gibson, a un accord, a refusé de distribuer le film (maintenant ils se sont rattrapés avec la sortie DVD). Tous les studios se sont dégonflés. Une passion longtemps refroidie. Jusqu'au moment où le distributeur indépendant et à contre-courant, Newmarket (Memento, Donnie Darko, Monster), se lance dans l'aventure, persuadé de révolutionner le marketing en partant à la conquête des paroisses (les bande annonce du film concluaient les prêches). Et ça marche! Des fidèles s'arrachent les places en pré-commandes, certains en acquiert pour 50 000 $ afin de les donner à toute la communauté. Les exploitants américains l'exigent (3800 cinémas l'auront). Malgré son classement R (interdit aux mineurs), son doublage en anglais (le film parle latin et araméen) et une violence "sadique" (pour reprendre l'expression de Mgr Lustigier), le triomphe est immédiat.
Ce film a été tourné fin novembre 2002 pour 25 millions de $ (le cachet d'un film pour l'acteur, en clair), en Italie (dans les studios qui avaient accueilli Fellini), avec un casting cosmopolite qui devait se taper la messe avant la journée de travail. Dans le rêle de JC, un JC. James Cazaviel qui avait 33 ans quand on lui a annoncé qu'il serait le Christ. 33 ans c'est lâge que l'on donne à Jésus pour son acte de décès. A son niveau la relation fusionnelle avec son personnage est freudienne. Ultra-catho (il refuse de faire des scènes de cul au cinéma ou de se montrer à poil), cet homme marié et pieu a joué les têtes d'affiche dans des navets du type Pay It Forward, Angel Eyes et The Count of Monte Cristo.
Mais Gibson aussi a fait un transfert. Il s'invite dans la scène de crucifixion du film en clouant les mains du "fils de". "C'est moi qui les aies placées sur cette croix. C'était mes pêchés que je clouais." On reporte quelques cas particuliers : des spectateurs morts à la vue du film. On ne saura jamais si c'est l'imagerie ultra violente qui les a envoyés au ciel ou si leur coeur n'a pas supporté la vision de leur idole lapidée. Pendant que le public se focalise sur l'image, les critiques fourbissent leurs armes en relisant les journaux de Sainte Anne Catherine Emmerich ("La douloureuse Passion de notre Seigneur Jésus christ) et le livre de Sainte Marie d'Agreda ("La cité mystique de Dieu") qui ont complété les travaux d'écritures de Gibson, en plus des livres de Jean, Luc, Marc et Mathieu dans le Nouveau Testament. Sans compter les conseillers religieux qui épaulaient le réalisateur, complètement inspiré, imprégné de cette Passion (Le Saint-Esprit oeuvrait à travers moi pendant le tournage. Moi, je me contentais de gérer le trafic.")

Je vous salue...
Pour que la France puisse voir le film comme les autres, il a fallu un homme. Tarak Ben Ammar. Un mois avant sa sortie en France, le film n'avait pas de distributeur ni de date calée. Gibson était intransigeant sur la campagne promotionnelle, le prix de la copie, la manière de sortir le film. Ben Ammar, producteur de De Palma, Verneuil, Polanski, mais pas forcément de leurs meilleurs films, avait été le producteur d'une série TV des années 70 ("La Bible") et des films comme Jésus de Nazareth, Le Messie ou même certaines séquences de La Vie de Brian... La Passion du Christ lui permet de baptiser sa société de distribution, Quinta, avec un peu d'avance, décalant ainsi le prochain Alexandre Arcady, initialement prévu en avril. "J'ai cru que c'était mon devoir, en tant que musulman qui croit en Jésus, et parce que je respecte et j'ai été élevé dans les trois religions, de faire voir ce film aux Français, de leur donner la possibilité de juger par eux-mêmes," s'est justifié le producteur d'origine tunisienne.
Ca ne fera pas taire les critiques les plus acerbes qui accusent le film de donner du grain à moudre aux fondamentalistes. Les "Jesus Freaks" (50 millions d'adeptes aux States) ne sont-ils pas en train d'allumer un incendie de manière irresponsable? La croisa de ne fait que commencer en s'invitant dans les campagnes électorales et les grands débats de sociétés. Autant le lobby juif est un fantasme idéologique, autant on comprend qu'il existe bien un lobby fondamentaliste depuis la sortie de ce film. Jésus est un sujet dangereux pour le cinéma : on ne badine pas avec le Christ. Godard, Scorsese, Pasolini ou encore Arcand s'y sont brûlés les doigts. Et la récente annonce de Mel Gibson de réaliser un western sur la victoire des Maccabees contre le roi grec Antioche IV, à l'origine de la fête judaïque d'Hanukkah, risque de ne pas apaiser les passions à son encontre.

Alors comment voir cette Passion d'un autre oeil? Si vous ne croyez pas en Dieu, ce film ne raconte jamais que la condamnation à mort d'un sauvageon de l'époque. Que doit-on dire de la condamnation à l'empoisonnement d'un Socrate pour impiété (sic!)? Comme disait Einstein, tout est relatif. Il faudrait peut-être arrêter de mettre la religion au centre de notre pensée, ça nous éviterait quelques belles conneries pas franchement humanistes. Bien sûr ce n'est que mon avis.
 
vincy
 
 
 
 

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