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Berlin 2016
18 films en compétition pour le jury de Meryl Streep. Le grand chelem des festivals est lancé pour la saison 2016, avec, au programme Denis Côté, Jeff Nichols, André Téchiné et Mia Hansen-Love.


- Oscars 2018

- Césars 2018

- Oscars 2017

- Césars 2017








 (c) Ecran Noir 96 - 20






- Palmarès:
Ralliés de Adila Bennedjaï-Zou et Joseph Confavreux (France, 2002) a reçu le Prix du Documentaire historique. Le film croise 4 témoignages d'anciens ralliés (déserteurs) de la Guerre d'Indochine et d'un Colonel. Du Maroc à la France, nous apprenons pourquoi ces soldats ont préféré se battre du côté des Indochinois colonisés plutôt que pour la France. "Pour l’originalité de son sujet, le courage de son travail d’enquête, la ténacité de ses auteurs, la qualité de sa construction documentaire."

- Pessac en 2004 :
Les complots, la science et la ville auraient pu être retenus. Finalement, à une époque où l'image représente un enjeu historique (entre propagande et communication), le thème élu sera "Médias et Démocratie, les ruses de la vérité."



Fan(atiques)





Le cinéma n'a pas seulement la vocation de divertir. Depuis quelques mois, se pose de nouveau la question d'un cinéma engagé politiquement. Face à l'intérêt croissant du public pour les documentaires, et dans le déluge d'images "du présent", le cinéma a un rôle à jouer pour transmettre une mémoire et de comprendre notre monde.
Cette année, le Festival du Film d'Histoire - qui se tient à Pessac (près de Bordeaux) - se penche sur "Les Fanatiques". De Casablanca à Istanbul, de Moscou à Abdijan, la folie des Hommes se répand à travers de multiples coups ou des actes de guerillas. L'actualité ne manque pas de fanatismes guerriers, politiques, religieux ; le Festival va tenter de mettre en perspective ce thème à travers une cinquantaine de films, des débats et des ateliers pour les jeunes.
En pleine recrudescence de l'antisémitisme en France, tandis que de nombreux jeunes musulmans sont tentés par les discours charismatiques d'un Tariq Ramadan, et surtout que le danger du fascisme (via Le Pen) et de la dictature (via l'extrême gauche) demeurent présents à chaque élection en France, il nous apparaît essentiel de soutenir une telle manifestation. Il semblerait que les vieux démons ne soient pas morts malgré la paix, la démocratie et une relative croissance économique depuis 50 ans.

Deleau, chef de cuisine
Pierre-Henri Deleau, ancien chef d'orchestre de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, est en charge de cette programmation de 50 longs métrages.
Parmi eux, des films remarqués dans les sélections cannoises, comme Osama et S 21 La machine de mort Khmere Rouge. Les avant-premières nous feront voyager dans les tourments de l'Afghanistan, du Cambodge, de l'époque Kennedy, de l'Algérie ou d'Israël.
Mais le Festival a surtout le mérite de diffuser des films anciens en relation avec le thème annuel. Des hits américains (Gattaca, Bowling for Columbine, Edward aux mains d'argent) comme des grands classiques (de Preminger, Kubrick, Chaplin, Laughton, Ford, Huston, Scorsese, Kazan), des films art et essai méconnus venus du monde entier (Kadosh, My son the Fanatic, Le Destin, Le cerf-volant bleu, Vivre) comme des films français déjà vus (de Mocky, Chéreau; de Broca, Laloux, Malle, Annaud). Cette sélection prolifique et très variée permet d'appréhender le fanatisme sous toutes ses formes, qu'il soit politique ou communautaire, au niveau d'un pays ou opressant un individu.


Débats et docus
Au delà des 11 documentaires en compétition (un jury présidé par l'ancien directeur du Festival d'Avignon, Bernard Faivre d'Arcier déterminera le Prix du documentaire historique), le Festival organise de nombreux débats complémataires aux projections.
De quoi devenir intelligent en se divertissant, que demandez de mieux?
Parmi ces débats : Science et fantaisme (avec Gattaca), Tuer au nom de Dieu, le quarantième anniversaire de l'assassinat de JFK (avec The fog of the war), les sources du fanatisme politique (de la Terreur à Pol Pot), les terroristes et lurs médias, le cas de l'islam, la Saint-Barthelemy ou encore les Fanatiques contre l'Art (avec le sulfureux Salo ou les 120 journées de Sadome).

Rochefort en Médoc
Pessac mettra un peu de glamour dans tout ce sérieux. Analysant aussi la tyrannie du Star Système, certains personnages médiatiques feront le déplacement : Jean Rochefort, Catherine Breillat, Catherine Millet, Gérard Corbiau, Francis Girod, ...

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Antidote aux fanatismes

Le Festival du Film d'Histoire de Pessac va rassurer ceux qui s'inquiètent du désintérêt des citoyens pour l'Histoire et la politique. Avec une programmation cohérente, où chaque film fait écho à un autre, où chaque oeuvre semble le prologue ou la suite d'une autre, le Festival donne souvent une perspective large à un sujet de débat. Ainsi Ralliés, documentaire français sur les "déserteurs" de la Guerre d'Indochine, prévenait du discours de McNamara, Secrétaire d'Etat à la Défense pendant les premières années de la Guerre du Vietnam, en vedette de The Fog of War. Tout comme Saint Germain ou la négociation, téléfilm qui se déroule deux ans avant la Saint Barthelemy, anticipe La Reine Margot, qui commence lors du massacre.

L'Histoire est évidemment abordée au sens large. Cependant, le Festival de Pessac, ville de gauche dans une région de gauche, sait qu'elle ne peut pas trop s'aventurer hors de son périmètre. La très bonne fréquentation cette année (même les débats font salles combles) sur un sujet porteur et d'actualité (Les Fanatiques) indique que les thèmes moins activistes (comme l'an dernier avec L'Homme et la mer) sont moins recherchés. Le public cherche des réponses, pose des questions et trouve là de quoi satisfaire sa curiosité, tout en ouvrant des pistes.

H Story
De Kennedy (dont on célèbre le quarantième anniversaire de son assassinat) aux Khmeres rouges, la programmation tant dans les salles de cinéma que sous le chapiteau des débats comblent la soif de savoir à travers le prisme d'un film. Par exemple, l'histoire du star système, de la glorification des années 20 à la banalisation des années 90, nous est racontée avec Valentino, belle mise en scène de la construction d'une légende du cinéma muet, et sera débattue dans la foulée, pour mettre en parallèle les deux époques jusqu'à la destruction même de la valeur extraordinaire qu'on donnait aux vedettes. Leur banalisation évidente redéfinit la notion de mythe, d'icône, et par conséquent le fanatisme qui s'y rattache.

Il est intéressant de constater que ce fanatisme - véhiculé par les fans mais aussi les fous, par les transes mais aussi les fantasmes - conduit à ce sacrifice du mythe. La légende se confond alors avec le simulacre. Et Kennedy comme Valentino n'y échappent pas. Leurs actions sont contestées, leur impact est controversé et parfois, même, leur fascination est oubliée. Ce Festival a, entre autre, le devoir de tisser des liens, de transmettre la mémoire. "Chercher à comprendre c'est déjà déserter" nous annonce un rallié de la première heure pour justifier la trahison à sa patrie, mais aussi le refus de la guerre. Chercher à comprendre... tout est là, entre fictions et docus, paroles et images, téléfilms et cinéma.

De guerres lasses
Les fanatiques ont toujours existé, depuis l'Antiquité avec le spectacle (les Olympiades et les gladiateurs) et à travers toute les civilisations avec des massacres et des génocides. Entre traumatisme éternel (par exemple la Shoah) et amnésie grandissante (que représente Kennedy aujourd'hui?), les impacts ont eu des effets inégaux. Le cinéma s'en est emparé de manière différente. En voyant les difficultés pour Ralliés d'être diffusé à la télévision française, il est évident qu'une forme de censure ou de détournement de regard a lieu. En se souvenant du surnombre et de la vision caricaturale des oeuvres hollywoodiennes sur le Vietnam, nous sommes proches du révisionnisme, et de toute façon, d'une vérité déformée.

Du témoignage d'Albert qui refuse la politique colonisatrice de son pays à McNamara qui essaie de nous convaincre des motifs idéologiques de ses chefs, on sent que le cinéma et l'histoire ont un dialogue à perpétuer pour nous ouvrir grand les yeux sur notre époque.
Car le pire reste à venir. Il est étonnant de voir comment la Saint Barthélémy ou la Guerre du Vietnam trouvent un écho dans notre début de millénaire chaotique.