Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Omaha, trou perdu au milieu des plaines américaines, capitale de l'assurance, faubourg infini... et lieu de naissance de Fred Astaire, Marlon Brando, Montgomery Clift et d'Alexander Payne, de son vrai nom Papadopoulos. Omaha, patrie du cinéma? La ville inspire en tout cas le cinéaste de Monsieur Schmidt. Son quatrième long métrage a reçu le Golden Globe du meilleur scénario et permet à Nicholson de recevoir sa douzième nomination aux Oscars. De bons scripts, des stars qui se l'arrachent... Payne ne se sent pas forcément "hollywoodien". Son regard lucide sur l'environnement lui permet une causticité un peu mordante. Ce n'est pas un faiseur de hits. Mais Citizen Ruth, Election et celui-ci sont déjà dans les "bons films" qu'on aime voir et revoir. Monsieur Schmidt fut un de nos coup de coeurs au festival de Cannes 2002.
Ecran Noir: Quelle a été la génèse de "Monsieur Schmidt"?





Alexander Payne: Le producteur Harry Gittes m'avait fait parvenir le roman du même titre écrit par Louis Begley. Je l'ai lu et accepté de travailler sur une adaptation cinématographique. De plus, j'avais moi-même écrit un scénario dix ans auparavant sur le même thème. J'ai donc réutilisé mon scénario en y intégrant des idées tirées du roman.

EN: Connaissez-vous bien cette Amérique moyenne que vous pointez du doigt dans le film?

AP: J'ai grandi à Omaha où j'ai cotoyé ce genre de personnes tout au long de mon enfance. J'en ai rencontré pleins des Randall Hertzel avec leur moustache et leur queue de cheval! D'ailleurs, ils sont partout, même à Los Angeles. Promenez-vous dans le Petco (magasin pour animaux) du coin et dirigez-vous vers le rayon des iguanes et je suis pratiquement certain que vous tomberez vous aussi sur un Randall. Ce type de mec aime généralement les serpents, sent le tabac et s'habille mal. Facile à repérer, non?

EN: Peut-on dénoter un certain cynisme dans votre galerie de portraits?

AP: Non, pas du tout. J'essaie simplement de raconter une histoire à travers des personnages. Il ne faut pas oublier que mes films sont avant tout des comédies. Et une comédie ne fonctionne que grâce à des personnages légèrement typés en faisant attention de ne pas tomber dans la caricature. C'est ensuite au public d'extraire l'humour des situations qui donne lieu au rire.

EN: Il est tout de même difficile de classer vos films dans la case comédie classique américaine...

AP: Oui, c'est vrai mais ce n'est pas une volonté de ma part de m'isoler dans un genre à part. J'écris sur ce qui me semble drôle. Je m'assois généralement à une table avec mon co-scénariste Jim Taylor et on essaie tout simplement de se faire rire en créant des personnages de toute pièce.

EN: Prenons en exemple la première scène: Monsieur Schmidt assis dans son bureau vide en attendant sa dernière heure. Comment avez-vous trouvé cette brillante idée d'ouverture?

AP: Cette scène était dans mon scénario original. Je me suis juste demandé ce que ferait un homme à la veille de son départ à la retraite. Il regarde les dernières minutes et secondes s'écouler sur la pendule pour mettre un terme à sa vie professionnelle. En bon employé modèle, il est censé rester jusqu'à 5 heures et il reste jusqu'à la dernière minute. Cinématographiquement parlant, cette scène est une merveille car elle pose d'emblée le décor du film.

EN: Critiquez-vous la société américaine dans vos films?

AP: Honnêtement je ne sais pas et je vous assure que je ne vous donne pas une réponse bateau et évasive d'un réalisateur. C'est au public de décider si c'est une critique de la société ou pas. Disons que je m'intéresse de près à la nature humaine et à ses travers.

EN: En parlant à l'ensemble de votre cast, vous semblez faire l'unanimité; ils sont impatients de retravailler avec vous. Cela vous angoisse t-il?

AP: Non, au contraire, c'est très flatteur de leur part et je serais ravi de les retrouver sur un autre projet. Depuis "Election", il m'arrive parfois de recevoir des coups de téléphone de comédiens me demandant de les engager. Ce genre de situation me met pourtant souvent mal à l'aise car je ne suis pas forcément un fan de leur travail. Je ne sais plus quoi faire alors: avoir une attitude arrogante en les envoyant sur les roses ou vais-je aux rendez-vous et perds trois heures de ma journée pour rencontrer des comédiens avec qui je sais partinement cela ne marchera pas. C'est le genre de truc qui m'angoisse. J'aime néanmoins profondément les acteurs et j'admire leur travail. De plus, j'ai besoin d'eux pour m'aider à pré-financer mes films!

EN: Si vous aviez le choix, quel serait votre couple idéal à l'écran?

AP: Un acteur argentin, Federico Luppi que j'aime beaucoup et Cate Blanchett pour les dames. C'est une vraie star. Elle possède un visage sur lequel vous pouvez projeter vos propres émotions. C'est rare... J'aimerais aussi un jour tourner un western avec Harrison Ford. Je ne plaisante pas!

EN: Aviez-vous Jack Nicholson en tête pour le rôle de "Monsieur Schmidt"?

AP: Pas en écrivant le scénario mais bien plus tard. Je savais qu'il serait un des premiers acteurs à recevoir le scénario final pour ce rôle en particulier. Mais nous ne l'avons jamais écrit en pensant à Jack car il aurait pu facilement refuser le projet.

EN : Comment avez-vous réussi à le convaincre?

AP: Grâce au scénario essentiellement. Harry Gittes, un des producteurs du film est un ami proche de Jack Nicholson. Je savais donc que le scénario allait lui être passé avant tout autre comédien. J'ai eu la chance de le séduire par mon histoire.

EN: Comment s'est déroulé votre collaboration avec Jack Nicholson?

AP: Il peut tout faire. Le problème n'était pas de travailler avec une star ou un acteur bourré d'expérience. Il fallait que je sois très précis dans mes demandes car Jack fait exactement ce qu'on lui demande. C'est un professionnel qui sait donner vie à une idée. Il m'a facilité la tâche plutôt qu'autre chose.

EN: Vous sentez-vous à l'aise à Hollywood?

AP: Il faudrait définir le concept d'Hollywood pour répondre à cette question. C'est vrai que mes films ne sont pas des produits blockbusters. Je me sens plus proche des films qui étaient produits par Hollywood dans les années 70. Ces films étaient à la fois ambigus et réalistes. Les personnages pouvaient avoir des défauts et une happy end n'était pas forcément obligatoire. Les réalisateurs pouvaient explorer le langage cinématographique avec plus de liberté. Je suis très fier de cette époque d'Hollywood.

EN: Quel genre de films vous attire dans les salles?

AP: J'aime tous les films iraniens, Martin Scorsese, Zhang Yimou, Woody Allen. J'admire le travail intelligent de Steven Soderbergh. "Festen" m'a ébloui comme m'avait ébloui "A bout de souffle" à l'époque. Ce cinéma n'a juste besoin que d'une caméra. Pas de réunions de producteurs, juste une histoire et une caméra. Le rêve...

EN: Quel est votre prochain projet?

AP: Une adaptation d'un roman non publié intitulé "Sideways". L'histoire de deux hommes dans le milieu du vin près de Santa Barbara une semaine avant que l'un deux ne se marie. Pathétique, je vous rassure.

Propos recueillis par Karine mars 2003.


   Karine