Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



L'IMAX vu par ceux qui le font

LE RÉALISATEUR: Jean-Jacques Annaud

Le réalisateur français (La Guerre du feu, Le Nom de la Rose, L'Ours, L'Amant) travaille désormais aux USA. Son prochain film, Seven Years in Tibet avec Brad Pitt explore toujours la quête de ses personnages à travers la nature et la réflexion.

Il a surtout eu l'incroyable audace de devenir le premier réalisateur-vedette à tourner un film en IMAX 3D. Avec 12 millions de $ de recettes et après 76 semaines d'exploitation en salle, Les Ailes du Courage apparait comme un véritable hit cinématographique. Le premier long-métrage en 3D est aujourd'hui présenté en France (Futuroscope, Géode).

L'interview est parue dans Studio Magazine en Juin 96. C’est à Vancouver à l'initiative du patron de l’époque de la Columbia, Peter Guber, invitant Jean Jacques Annaud pour lui montrer le procédé révolutionnaire.

Inititation à l’Imax 3D





Je dois dire que (la première fois) j’ai été très surpris après avoir travaillé pendant tant d’années sur l’image , d’être aussi bluffé par le résultat. Le 3D révèle une approche de l’image totalement différente, et qui a aiguisé mon apétit. (...) A l’époque je travaillais sur un film consacré à Henri Guillaumet (pionnier de l’Aéropostale) et tout à coup j’ai réalisé que l’adéquation avec le 3D était parfaite.(...) Le cinéma traduit mal l’effroi que peut produire la sauvagerie de la nature, sa rugosité, sa rudesse. J’avais eu ce problême sur La Guerre du Feu et sur L’Ours. J’étais obligé de faire des zooms arrière, de montrer des détails. C’était un peu comme faire une fresque avec des timbres-postes! En ce sens le format 3D est une fabuleuse alternative. En revanche, compte tenu qu’il n’existait que deux salles équipées en IMAX 3D dans le monde et que le coût est faramineux, il fallait quand même être raisonnable. Ce que j’ai donc pu gagner en largeur et en profondeur, je l’ai perdu en longueur, puisque le film dure seulement 48 minutes. A l’époque les spécialistres prétendaient aussi que le procédé demandait une telle attention de la part du spectateur, qu’il ne pourrait pas tenir plus d’une heure. Apparemment ils se sont trompés car les gens en redemandent plus à chaque fois. Surtout les jeunes. Plus les publics sont habitués au cinéma, plus ils sont choqués par cette nouveauté.

Motivation pour la 3D

J’ai considéré cela comme une aventure de recherche. Je crois qu’un des problêmes du cinéma aujourd’hui c’est de ne pas assez innover . Quand on pense que l’on travaille sur le même matériel depuis 50 ans, c’est incroyable! Je me suis dit que si, moi, je ne prenais pas un risque comme celui là - le risque de me planter, de me ramasser, d’avoir l’air d’un con - qui le prendra? Je me suis donc lancé et c’est ainsi que j’ai passé deux ans de ma vie à découvrir une forme de cinéma nouvelle, avec ses contraintes et ses incroyables plaisirs...Entrer dans la troisième dimension...(...)

Le 3D sans filet

(Avant de me lancer) j’ai fait un test de huit minutes pour voir si c’était possible. On me disait par exemple qu’avec des caméras qui sont quand même de véritables monstres, on ne pouvait pas faire plus d’un plan par jour. Je suis arrivé à en tourner 5, et cela m’a un peu rassuré. En revanche ce qui a été une contrainte émorme, c’est qu’une fois ces tests faits, il a fallu que j’imagine ce que ça allait donner, car je ne pouvais pas voir mes rushes en 3D, bien sûr. Puisque le matériel n’existait pas! J’ai donc monté à plat, doublé à plat, mixé à plat et je n’ai découvert le film qu’une fois terminé.

Autres difficultés du 3D

Quand on travaille sur des prototypes, tout peut-être difficulté...(...)Dans une aventure comme cella-là, vous essuyez des baffes partout. par ailleurs hormis les difficultés liées à l’encombrement et à la fragilité du matériel, le 3D nécessite une approche totalement différente de la mise en scène: le fait que le champ soit extrêmement large (150º), qu’il faille beaucoup de lumière, etc....Je me suis aussi aperçu qu’il fallait rallonger la durée de chaque plan, car le spectateur a besoin de plus de temps pour ingurgiter toutes ces informations. Et aussi - les gens du studio ne me croyaient pas quand je leur disais ça - le fait que ce format prend toute sa valeur dans les scènes intimes et apparemment ordinaires. L’erreur aurait été de surcharger et d’accumuler les effets effrayants. C’est évidemment un format qui se prête fabuleusement aux films d’horreur mais je ne voulais pas tirer sur cette ficelle. J’ai voulu montrer que le 3D prenait toute sa dimension face à des choses ordinaires, comme des olives vertes (....) posées sur une table au moment de l’apéritif, et non pas des flêches qui vous viennent sur la gueule! C’est aussi ce qui est formidable en travaillant sur un nouveau format: on peut échapper à la surenchère d’effets, on peut revenir à des choses simples. Comme autrefois, lorsqu’il suffisait de faire entrer le train en gare de La Ciotat pour faire hurler de peur les spectateurs. Dans 5 ans ce sera différent, mais à l’heure qu’il est, le public est extrêmement sensible et en vient très vite à l’état de stupeur et d’émerveillement. Donc j’ai fais attention à ne pas conduire brusquement, à filmer pédale douce.(...)C’est un outil à la fois prodigieux et effrayant.

Un prochain projet en IMAX 3D ?

Je serais très malheureux que d'autres réalisateurs ne prennent pas la balle au bond. (...)Un art ne peut rester 50 ans sur la même technologie. Or, exceptée l’arrivée du son, de la couleur et du Scope, la technique du cinéma n’a pas changé. Je suis fier, disons le, d’avoir été parmi les pionniers sur le 3D. C’est un marché qui explose: 14 salles cette année, 40 en projets. IMAX ne peut plus fournir. Avec une seule salle à New York, Les Ailes du Courage a fait 300 000 entrées. Ce qui est à Paris, un succès normal.(...) J’ai hésité vraiment à faire mon prochain film en 3D mais les conditions - on va tourner à 3500 mètres d’altitude - sont trop difficiles, les caméras ne sont pas encore prêtes. Néanmoins j’ai en tête l'idée d'une trilogie en 3D: après Guillaumet dans la cordillère des Andes, j'ai envie de tourner une histoire avec Saint-Exupéry dans le désert, et une autre avec Mermoz au dessus de l’océan.


   Vincy Thomas