Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Rohena Gera







 (c) Ecran Noir 96 - 20



Xavier d'Arthuys est un personnage polymorphe : il remplit son agenda d'activités aussi diverses que dialoguer en diplomate avec les grands de ce monde, visionner des films et les sélectionner pour le Festival des cultures latino-américaines de Biarritz, voyager à travers l'Amérique Latine, qu'il connait par coeur, pour chercher le bout de pellicule miraculeux ou encore lire le scénario-pépite de demain. Il est LE spécialiste du cinéma sud et central américain. A côté du siège de La Cita, en plein quartier piétonnier parisien, entre un thé et un morceau de gâteau, XDA nous enseigne le cinéma de Cuba.
Ecran Noir : Où en est le cinéma cubain ?





Xavier d'Arthuys : Il est en panne, pour des raisons économiques. Il y a un paradoxe à souligner. L'affection du monde entier , y compris des USA, fait que les regards et les chéquiers sont tournés vers là bas. On constate une augmentation des co-productions. On prend même la nationalité des producteurs plutôt que la nationalité du réalisateur. Il y a donc un peu de cinéma. Grâce, à ce phénomène " regard de Chiméne ", il existe une importante production audiovisuelle : en vidéo, en cinéma expérimental, il y a aussi une importante école, celle de San Antonio de los Banos (EICTV) ; elle accueille des professeurs de la Fémis, de Bruxelles, de Berkeley, qui viennent gratuitement. Surtout, il y a de vrais scénaristes, grâce à la culture de l'écriture. Je connais 4 ou 5 scénarii qui font rêver producteurs et réalisateurs.



EN : Quelles sont les particularités du cinéma cubain ?

X d'A : Avant ou aprés Castros ? Avant 59, on trouve un énorme marché et une énorme présence du cinéma américain et latino-américain, principalement dominé par le Mexique. Les cubains voient des mélos, des comédies musicales... Certains grands cinéastes cubains connus aujourd'hui travaillent déjà avant 59 : Humberto Solas, Santiago Alvarez, Tomas Gutiérrez Alea (celui qui a réalisé Fraise et Chocolat). A partir de 59, ces maîtres participent à une formation intensive du cinéma pour la population cubaine. Il y a un phénomène extraordinaire qu'on appelle le Ciné mobile soit des caravanes ambulantes qui participent à cette formation cinématographique. On y voit beaucoup de films français . Entre 63 et 65, on remarque la venue de cinéastes français ; Varda filme "Cuba Si". Il y a une espèce de bouillon de culture, des rencontres. On le retrouve aujourd'hui ; au dernier Festival du Film de La Havane, on y a vu Coppola, Tom Waits, Spike Lee... On voit de nouveau cet espèce de creuset culturel. Il y a une école du documentaire qui conduit à une internationalisation du cinéma cubain. Santiago Alvarez tourne " Hano• mardi 13 " ('67) et " Now " ('65). C'est un cinéma trés engagé ; Alvarez, le fondateur de l'ICAIC, traitera du racisme en Amérique, de l'homosexualité... Dans une " Leçon de cinéma " de Godard, on compare deux images de la Guerre du Vietnam. Avec un peu de provocation à la Godard, l'une est extraite de Full Metal Jacket, l'autre de Now. Godard clame alors : " la première ce n'est pas du cinéma, la seconde c'en est ! " Donc on remarque qu'il y a une internationalisation de la production cubaine, la formation du cinéma par des caravanes ambulantes et une forte industrie du documentaire. Et puis une autre chose qui est particulière : tous les pays du continent sud américain qui se sont sentis menacés par une dictature ont envoyé leurs films à Cuba, de peur qu'ils ne soient brulés. La cinémathèque de La Havane est à ce titre l'une des plus riches du monde. Enfin, last but not least, la nouvelle génération de cinéastes de l'époque sont devenus de grands maîtres. L'ICAIC (Institut Cubain des Arts et de l'Industrie Cinématographique) est à l'époque présidé par Espinoza, compagnon de Fidel. Aujourd'hui, c'est Alfredo Guevarra - rien à voir avec le Che - autre compagnon de Castro, qui la préside, en même temps qu'il dirige le Festival du Film de La Havane. Cet institut n'est pas une maison de production politique. Les fictions sont nombreuses et comportent en toile de fond des problèmes sociaux, humains, politiques. A Cuba, sont nées de grandes fresques cinématographiques : Lucia, La ultime cena, totalement pompé sur Viridiana de Bunuel, La primera carga al machete, Portrait de Thérèse et bien sûr Fraise et Chocolat...

EN : Le cinéma cubain souffre-t'il de censure ? Il traite de sujets très audacieux...

X d'A : C'est un des paradoxes de Cuba : " Tout dans la Révolution, rien à l'extérieur de la Ravolution. " disait Castro. Avec une petite dose de militantisme, tu peux tout dire. 2 exemples de censure : " P.M. " (Police Militaire) est interdit ; un très mauvais film par ailleurs . Ca montrait les bars louches, les bordels et ce un an après la Révolution, qui avait clamé que tous ces endroits sordides étaient " nettoyés ". " Alice au pays des merveilles " est une sorte d'Underground de Kusturica, avec deux mondes à part, l'un au dessus, l'autre sous terre. Il a enclenché une polémique gigantesque. Aujourd'hui on peut le voir, sauf à Cuba. Hypocrisie et Répression. " Fraise et Chocolat " a été présenté en avant-première au Festival du Film de La Havane. Le film a reçu un accueil délirant. Il y eut une gigantesque fête lors de la soirée de présentation puis le film a disparu de l'île. Il ne fut plus jamais projeté (NDR : c'est un des films étrangers les plus populaires aux USA, après La Vita é bella). Parmi les thémes on retrouve la bureaucratie : dans Mort d'un bureaucrate, évidemment, et dans Liste d'Attente. le réalisateur, Tabio, avait été le co-scénariste de Fraise et Chocolat. On ne verra jamais son film à Cuba : trop sarcastique, trop fin. Il est juste protégé par ses coproducteurs internationaux. Le cinéma cubain subit les mouvements d'humeur du pouvoir. D'autant que Castro est un bouffeur de pellicule. Pour l'homosexualité, c'est un théme récurrent et apparent à Cuba. Ne pas voir de films sur l'homosexualité serait inquiétant, et là une preuve flagrante de censure. C'est la double morale du comportement cubain : tout le monde est homo et ne l'est pas, tout le monde est castriste et ne l'est pas, tout le monde est anti-américain et ne l'est pas...

EN : Liste d'Attente, vous en avez pensé quoi en le voyant à Cannes ?

X d'A : Tabio (le cinéaste) était le complice de Titon (surnom de Gutierrez Alea). On le savait bon scénariste. Il est en plus un excellent directeur d'acteur. Par exemple, l'acteur Jorge Perugorria est aussi bon que dans Fraise et Chocolat. Il avait deux autres films à Cannes : le chilien (Tierra del Fuego) où il était nul et le brésilien (Estorvo) où il prouve qu'il a un talent fou. J'ai donc bien aimé le film ; c'est un peu longuet, mal monté. C'est une allégorie , comme tout conte de fée pour enfants ou film issu d'un pays politiquement difficile. Anyway, buying the louboutin schuhe online. High quality louboutin schuhe for girls. Je vais prendre une scène au hasard. Ils attendent donc dans cette station de bus, où le bus ne vient jamais. Ils veulent faire une fête et décident de manger des langoustes. Normalement, c'est un plat réservé aux touristes et passible de prison pour les Cubains. C'est une scène typique qui provoque la bureaucratie locale, et si vous ne le savez pas, la scène passe quand même très bien. C'est un film frais, très plaisant, attachant. Tu passes un très bon moment...

EN : Une nouvelle génération émerge-t-elle ?

X d'A : Il y a des scénarii (dont celui de Cremata) lorgnés par les français et les espagnols. Sotto Diaz fait un cinéma intéressant : un christ qui veut devenir dictateur, là encore une jolie allégorie. Ou encore son " Amor vertical ", qui permet à un couple de baiser parce que l'ascenseur tombe toujours en panne... Garcia Marquez aide une école (Fondation du Nouveau cinéma latino-américain) en y mettant une grande partie de sa fortune. Il y a Andy Garcia aussi... Le Festival de La Havane reste LE carrefour de rencontres de l'Amérique latine ; sans argent de Cuba, les financements viennent du Canada et de l'Union Européenne. Le paradoxe fait que nombreux cinéastes indépendants américains y viennent. D'ailleurs on observe le même phénomène qu'avec la création d'un Festival du cinéma indépendant à Buenos Aires, présidé par Coppola. Il y a une filialisation par Sundance, évidemment non officielle. La Havane et Buenos Aires sont comme des terrains d'entrainement pour Sundance...

EN : Et Biarritz 2000 ?

X d'A : Liste d'Attente sera hors-compétition. Je n'ai qu'un film venant de Cuba, et donc pas beaucoup de choix : Les Nuits de Constantinople de Fernando Rojas. Il y a bien un magnifique scénario qui traîne... c'est celui d'Humberto Solas ; mais malgré l'appui de Moreau, puis l'engagement de Deneuve, Carré et Perrin, il n'arrive toujours pas à le monter.

Propos recueillis par Vincy (09/06/00)


   Vincy Thomas